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Épicure
en Guerlain
Grand reporter,
globe-trotter impénitent, traducteur, auteur sulfureux mondialement
salué de son temps, véritable pionnier du cosmopolitisme
en littérature, Maurice Dekobra compta parmi les figures
majeures du renouveau du roman français dans les années
1920-30, avant de sombrer dans l’oubli. Hommage est enfin
rendu à son talent de prosateur avec la réédition
chez Zulma de son succès, La Madone des Sleepings
(1925).
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Mais
qui est-elle, cette Lady Diana Wyndham, veuve joyeuse qui
se veut de tous les galas, de tous les cocktails, de toutes
les unes de magazines mondains ? Cette superbe flambeuse,
sûre de son irrésistible pouvoir de séduction
sur la gent masculine, s’avère impossible à
cataloguer. Qu’importe, car comme le note Dekobra :
« Pourquoi devrions-nous classer toutes les femmes
d’après quelques modèles courants exposés
au bazar de la Destinée ? La Femme Fatale, la Femme
Froide, la Femme Honnête, la Femme Légère
? Quel naturaliste orgueilleux oserait affirmer les caractères
spécifiques d’une femme froide qui, demain, sera
légère sans transition, ou d’une femme
fatale qui, un jour, brûlera ses armes sur le seuil
de l’honnêteté ? ». |
Hélas,
l’inconstance étant pourvue du même système
nerveux que la guerre, dès l’instant où l’argent
vient à manquer et où notre fantasque héroïne
est au bord de la ruine, son existence bascule. Il s’agit
de trouver des rentrées, d’où qu’elles
proviennent, et le scandale de s’exhiber nue, en danseuse
lascive, sur une scène dont le public est le Tout-Londres
médusé ne suffit pas à renflouer les caisses.
Lady Wyndham sort alors sa botte secrète, quand elle se rappelle
que son héritage inclut une lointaine propriété,
riche en pétrole, perdue aux confins de la Géorgie,
dont elle revendique l’usufruit. Seul os, mais de taille :
cette mine d’or noir, négociée à l’époque
glorieuse de Tsars, est désormais sous la coupe des Bolcheviks,
dont on sait qu’ils sont tous assoiffés de sang et
qu’ils vivent un couteau entre les dents…
Qu’à
cela ne tienne : pour régler l’affaire, Lady Wyndham
dépêche son fidèle Gérard, «secrétaire
par plaisir » avec qui elle entretient une amitié
franche, relevée ici où là d’une pincée
de sensualité. Un dévouement aveugle amènera
l’homme de confiance à connaître de folles aventures,
de Berlin à Batoum, et surtout à en découdre
avec l’impitoyable Irina Mouravieff, qui lui fera subir une
terrible descente aux enfers dans les geôles de la Tcheka.
On l’aura
compris, ce roman oscille entre Tintin au Pays des Soviets
et L’Europe galante de Paul Morand. Il faudra donc faire fi
de son manichéisme politique outrancier pour goûter
pleinement à son style pétillant, parfaitement filé.
Un bonheur où, sous les strass, se mêlent traits d’esprit
perfides, anglicismes fraîchement empruntés et sous-entendus
grivois. Une leçon d’épicurisme snob, au parfum
délicieusement suranné.
Frédéric
Saenen
(novembre 2006)
Frédéric
Saenen, licencié
en philologie romane, professeur de français-langue étrangère,
auteur et poète, collabore à de nombreuses revues
de poésie ou de critique littéraire, en Belgique et
en France et participe régulièrement à des
lectures publiques. Depuis mai 2003, avec Frédéric
Dufoing, il anime Jibrile,
revue de critique littéraire et politique.

http://www.zulma.fr/
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