|
Tromper
pour du blé ?
Comment faire
la critique d’un livre soi-disant autobiographique lorsque
l’on apprend qu’il n’en est rien ? Que cette histoire
n’est que supercherie, tromperie et mythomanie. Que dis je…
mythomanie ? Mais la mythomanie est une maladie et si l’auteur
en était vraiment atteinte, elle croirait dur comme fer à
son histoire, elle n’aurait jamais avoué avoir tout
inventé !
Je vais vous raconter une histoire, une vraie cette fois ; succinctement,
car ce serait trop d’honneur à l'auteur que de s’étaler
trop longuement non pas sur ce roman autobiographique mais sur ce
« document », écrit noir sur blanc sur la couverture
: « Ce témoignage hors du commun, un parcours de
vie d’une incroyable force. » Et cette histoire
c’est la mienne.
Touchée,
émue par les quelques lignes écrites au dos du livre,
il me semblait plus qu’intéressant de se pencher sur
l’épopée de cette petite fille juive de sept
ans élevée par une meute de loups, traversant l’Europe
afin d’échapper d’abord à la gestapo puis
à l’horreur nazie pendant la seconde guerre mondiale.
Et puis, en commençant ce livre, voici que Misha Defonseca
annonce par voie de presse, avoue et présente ses excuses
pour avoir fait ce livre en omettant de dire qu'il n’était
que fiction. Cependant, avant ces révélations, son
bouquin est devenu un best-seller mondial. Pourquoi avoir tant attendu
pour se dédouaner ? Que l’argent tombe abondamment
sur son compte en banque ?
Comble du comble, en lisant des articles par-ci par-là, j’apprends,
comme tant d’autres, que le coscénariste du film, Gérard
Mordillat, film au titre éponyme de ce roman qui a rencontré
un succès populaire énorme, n’a jamais cru un
mot de cette histoire : « Je n’ai jamais pensé
que ce livre racontait une histoire authentique. » (1)
 |
Choquée,
oui je le suis ; je lis quand même quelques pages,
histoire de voir si cet ouvrage a au moins une quelconque
valeur littéraire. Objectivement, j’affirme
que non. Je n’en puis plus, j’arrête ma
lecture. Et j’accuse. J’accuse l’auteur
d’avoir manipulé des millions de gens, j’accuse
les scénaristes du film de s’être tus
et de se faire un maximum d’argent sur la crédulité
de pauvres spectateurs. Ah c’est sûr…
ils allaient gagner le gros lot ; une histoire pareille
ça fait pleurer dans les chaumières !
Ce « document » est indécent. Misha Defonseca
a probablement vécu un lourd traumatisme pendant
la guerre mais cela n’excuse en rien ce genre de procédé
; une bonne thérapie aurait été suffisante.
Elle n’avait pas le droit de se servir de cette période
pour faire croire tout et n’importe quoi. Je pense
surtout à tous ces lecteurs bafoués et à
ceux qui ont vécu la guerre. Si je ressens cela à
mon âge, je n’ai que 33 ans, que pensent mes
aînés ?
|
Apoline
Saybec
(mai 2008)
Apoline
Saybec est historienne de formation.
Elle a été rédactrice en chef d’un mensuel
économique puis généraliste. Journaliste en
presse écrite, elle est passionnée par l’être
humain ; elle aime autant l’histoire que l’actualité,
la littérature que le cinéma, la sociologie que la
psychologie... Tout ce qui permet de comprendre le monde qui l’entoure,
de transmettre ce qu’elle apprend ou ce qu’elle a vécu
est le terreau de son existence. S’évader, rêver,
imaginer au travers des livres… le voyage, dans tous les sens
du terme, est son moteur.
Derniers
articles
(1) http://bibliobs.nouvelobs.com
en date du 29 février 2008.
|