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Le
pouvoir et l’art
Un roi, bête
et méchant, décide de devenir peintre et se heurte
à la difficulté de ce que ni l’argent ni le
pouvoir ne peuvent acheter, le talent. On assiste à la montée
de son délire : achats d’œuvres célèbres
de tous les temps, volonté de les corriger selon sa conception
de l’art (ainsi on ajoute une oreille à van Gogh, on
réorganise un Picasso de façon réaliste, on
brûle Bosch…) et enfin emprisonnement d’un peintre
chargé de peindre pour lui : Kandinsky. La fin réédite
la leçon du Wang Fo de Marguerite Yourcenar : la peinture
libère et se joue de l’oppression. Mais on peut y voir
une nuance de plus : ici, c’est la libération de la
peinture, son échappée vers l’abstraction, qui
lui éviterait d’être au service des tyrans (ce
qui reste à confirmer).
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Si
la peinture de ce dictateur borné ne manque pas de
sel, on peut mettre toutefois un bémol à cette
histoire édifiante sur les pouvoirs de l’art
: c’est en étant enchaîné et menacé
que Kandinsky invente une nouvelle forme d’art : l’art
ne s’inventerait-il bien que sous les dictatures?
Autre gêne : si cette fable s’achève par
la précision “ Attatruc n’a jamais
existé, Kandinsky, si ”, ce qui permet au
lecteur débutant de comprendre qu’il se trouve
face à deux niveaux de représentation ; Ataturc,
fondateur de la démocratie laïque turque, a bien
existé, et on voit que Dedieu (privilège de
l’artiste) se permet de jouer avec les noms sans craindre
de brouiller les pistes ni de créer des incidents diplomatiques.
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Dernière
question : Attatruc devient fou parce qu’il ne comprend pas
le tableau de Kandinsky ; cela signifie-t-il que ceux qui n’ont
pas accès à l’art moderne sont des “ attatrucs
” ?
Autant dire que cet album mérite d’être accompagné
si l’on veut que le sens se dégage de façon
intéressante.Mais le plaisir visuel est entier : la mise
en images de cette fable discutable est magnifique par ses couleurs
et sa stylisation, bien dans le style de Dedieu. Elle parle d’oppression
et de censure d’une part, et de liberté et de dignité
d’autre part et enfin des pouvoirs de l’art, ce qui
est un grand mérite.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(décembre 2006)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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Les métiers de quand tu seras
grand
- Seuil Jeunesse, 2006
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