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Le temps de l’innocence
Outre-Rhin, Dea Loher est considérée comme l’une
sinon la plus importante dramaturge de sa génération.
Elle a connu le succès dès sa première pièce
en 1990 avec L’espace d’Olga,
réflexion sur les rapports victime/bourreau. Lauréate
en 1992 du Prix de la meilleure pièce contemporaine d'un
jeune auteur du Goethe Institut et du Playwrights Award du Royal
Court Theater pour Tatouage, elle en a
depuis écrit une dizaine.
Innocence,
qui paraît aux éditions de l’Arche — traduit
par Laurent Muhleisen — a été créée
en octobre 2003 au théâtre Thalia de Hambourg où
elle est en résidence depuis 1999.
« Sans doute son meilleur texte, le plus dense, le plus
privé mais aussi le plus universel.», a pu-t-on
lire sous la plume de la critique Christine Dössel dans le
Süddeutsche Zeitung.
«Passion
théâtrale polyphonique sur l’état du monde
», «mise en scène de la folie quotidienne»,
«histoire sur la tristesse de notre temps », Innocence
évoque une société chaotique où l’existence
a perdu sa valeur, à l’image de cette femme, au début
de la pièce, qui plie soigneusement ses habits sur la plage
avant d’aller se noyer à la vue de tous. Les suicidés
sont monnaie courante, ils font partie du quotidien, de la violence
ordinaire, aussi insignifiants que les sans papiers qui errent dans
les rues — fantômes noirs en transit, hantant la nuit
des tours bourrées d’amiante. Tous viennent grossir
la rubrique fait-divers avec les tueurs en série et les hold-up
!
«
La vie, rien d’autre que l’attente de la mort. Et
moi, j’ai fait de cette attente mon métier. Un beau
métier. » déclare Franz — qui collectionne
les urnes funéraires d’inconnus rapportées de
la morgue — à sa jeune femme Rosa, en mal d’amour.
Comment vivre avec le passé — « Je veux que
ça ait disparu Tout ce qui me fait mal d’avant doit
avoir disparu » —, la mémoire, les remords,
la nostalgie ?
Comment trouver un sens à sa vie ? Autre question fondamentale
à laquelle chacun des neuf personnages essaie de répondre,
dont Ella, la « philosophe vieillissante »,
qui « ne croit plus qu’à la contingence.
Les hasards, les erreurs, les impondérables (…) »
après des années passées à élaborer
des théories.
Pourtant, il ne faudrait pas se méprendre sur les propos
de Dea Loher, qui prône, finalement, un retour vers «
l’innocence » : une simple rencontre dans la rue, une
parole échangée avec un inconnu, un amour naissant,
le désir qui s’éveille… La solution serait
en chacun de nous, à condition de se défaire des idées
reçues (Histoire, religion, argent, politique) et de recommencer
à croire en l’humain, à son instinct, d’accepter
nos limites intellectuelles, notre ignorance, telle Absolue, la
call-girl que tous désirent, dont les parents ont fait analyser
les gènes pour s’assurer qu’elle serait aveugle
comme eux, parce qu’ils pensent vivre ainsi dans un monde
« parfait ».
En attendant que la pièce soit montée en France, laissez-vous
habiter par ces dix-neuf scènes courtes construites en résonance
où les voix s’élèvent, lyriques et excessives,
jusqu’à atteindre une véritable beauté
formelle : « Forger des ornements. Une occupation parfaitement
vide de sens, et peut-être la seule indispensable : embellir
le monde. ».
Maïa
Brami
(avril 2006)
Née
en 1976, Maïa Brami
est écrivain — pour petits, moyens et grands! —
et journaliste. En parallèle aux ateliers d'écriture
dans les écoles et lycées, elle anime une chronique
hebdomadaire sur la littérature Jeunesse dans l'émission
Au fil des pages, diffusée sur les ondes de RCF.
Après un premier roman, Vis ta vie Nina (Grasset
Jeunesse, Prix Chronos 2002) elle a reçu en juin 2005 le
Prix Matti Chiva de l'Institut Danone pour un album, Goûte
au moins! (éditions Circonflexe).
Derniers titres paru : Mon arbre ami illustré par
Ingrid Monchy (Les albums Duculot, Casterman, 2005) et un roman,
Norma (Folies d'Encre, 2006)

du même
auteur
Les relations de Claire - L'Arche 2003
Barbe-bleue,
espoir des femmes / Manhattan Medea L'Arche,
2001
http://www.arche-editeur.com
Pages
en allemand
http://www.theater-schauspiel-oper.de/loher.html
http://www.theaterheute.de/galerie/03-01/foyer.html
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