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une
création du Théâtre du Point du Jour,
Lyon
16 - 28 octobre 2003
Mise en scène: Michel Raskine
Avec Philippe Crubézy, Simon Delétang, Jean-Louis
Delorme, Thierry Gibault, Marief Guittier, Harry Holtzman,
Odja Llorca, Claire Semet.
Théâtre
du Point du Jour
7 rue des Aqueducs, Lyon
04 78 150 180
autres
dates
à paris au théâtre de la ville
: 5 - 22 nov 03
à lille au Théâtre du Nord: 27 nov -
3 déc 03
à mulhouse à la Filature : 6 - 7 déc
03
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Chacun
cherche sa vie
La pièce
aurait tout simplement pu s’intituler "Claire",
si les autres personnages qui gravitent autour de la protagoniste
éponyme ne prenaient pas autant de place à mesure
qu’avance l’intrigue, envahissant son espace : sa sœur
Irène et son beau-frère Gottfried, des petits-bourgeois
qui reprochent à Claire sa marginalité, son amoureux
Tomas, brocanteur, la maîtresse de ce dernier, Elisabeth,
professeure en préretraite – à son grand désespoir
– et Georg, un médecin que Claire rencontre à
l’hôpital.
Claire, une jeune trentenaire, vient de faire un grand pas sur le
chemin de sa quête existentielle : elle vient de quitter un
travail ingrat – rédactrice de modes d’emploi
pour appareils électroménager ! – pour mieux
trouver un sens à sa vie ; ou plutôt, elle s’est
fait renvoyer, mais exprès, et vient voir sa sœur Irène
pour lui demander de l’argent : « Claire a toujours
pensé à l’envers, dormir le jour et se lever
la nuit comme si elle vivait sur l’autre moitié de
la planète. », déclare Irène, qui
se complaît dans une existence superficielle, tandis que son
mari, Gottfried, condamne de plus en plus ce vide – il travaille
dans une banque… - . Tomas, lui, explique qu’on «
l’appelle le vide-poubelles. Je fais le commerce d’objets
puants, démodés, cassés, disloqués.
(…) je vis des ordures des autres. (…) Je sonde les
entrailles des biographies humaines. » Il est vrai que
les vies étriquées d’Irène et de Gottfried
réveillent la franche désapprobation de Claire, qui
dit à sa sœur, en parlant de leur frère mort
d’une overdose : «Oui, mais il ne l’a pas
fait par désespoir, mais parce qu’il était heureux
d’exister, parce qu’il savourait cette ivresse, oui
il était accro à l’extase, ce que tu ne peux
pas comprendre, il n’avait pas peur de la vie, lui, pas comme
toi, qui avant chaque orgasme avale un tranquillisant.»
Dans le même temps, on apprend que Tomas a une aventure secrète
avec Elisabeth qui, comme Claire, ne cesse de remettre sa vie en
question. Les relations de Claire avec
les autres, on l’aura compris, ne sont pas simples, de la
même façon que les relations de Claire avec elle-même
manquent de clarté, tandis qu’elle se pose les questions
que nous sommes tous susceptibles de nous poser : « Et
je me demande où est ma place, à l’intérieur
de cette problématique d’ensemble, de ce système
global, où tout est plus ou moins interdépendant.
Et donc moi aussi j’en dépends. Où est ma place
et quelle est ma contribution à la résolution des
problèmes qui vont nous occuper, disons, dans le millénaire
à venir. »
Elle franchit un nouveau pas dès lors qu’elle décide
de se rendre utile et de passer à l’acte en offrant
son corps en bonne santé à la science, inventant ainsi
une nouvelle forme de prostitution (« pharmapute
»), une proposition qui laisse le médecin, Georg, légèrement
sceptique.
C’est une vision bien sombre de l’humain que l’auteure
allemande propose ici ; dans le même temps, Les
relations de Claire est une fable de l’engagement,
quel qu’il soit, amoureux, professionnel ou bien humanitaire
; la version pervertie d’un existentialisme qui ne peut se
vivre que dans la mort, geste ultime de Claire pour enfin pouvoir
se rendre utile, pour qu’enfin son existence ait un but. Chaque
personnage se cherche, certains se trouvent, d’autres non
et la pièce est une série sans fin, semble-t-il, de
prévarications, d’hésitations, de questionnements,
une suite de variations sur la vacuité et la futilité
de l’existence – qui pousse ainsi chaque être
à se mieux définir : une réussite en terme
d’écriture, Les relations de Claire
pousse le lecteur dans ses retranchements en lui montrant combien
l’absurdité de la condition humaine (évoquée
dans les passages avec le « chinois », un personnage
qui pousse les situations vers l’absurde) ne peut se transcender
que dans la mort ou le pessimisme. La drôlerie de certaines
situations est en réalité feinte, piégée
et même si le regard de la dramaturge se fait acéré
et sans pitié pour ses personnages, Dea Loher fait certainement
passer son message, même s’il faut pour cela faire preuve
de cruauté.
Blandine
Longre
(octobre 2003)

du
même auteur
Innocence - L'Arche 2006
Barbe-bleue,
espoir des femmes / Manhattan Medea L'Arche, 2001
http://www.arche-editeur.com/Catalogue/L/loher2.htm
http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/loher/pdgdl.htm
Pages
en allemand
http://www.theater-schauspiel-oper.de/loher.html
http://www.theaterheute.de/galerie/03-01/foyer.html
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