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Le
jeu des apparences
Avant lecture, on est
intrigué par un détail du titre, bien mince de prime
abord : « Histoire » est au singulier. Après
lecture, on se dit que, s’il y a bien quatre « histoires
» dans le livre – quatre nouvelles maniant avec la dextérité
qui caractérise l’auteur le mystère et la surprise
– chacune d’entre elles est ancrée dans l’Histoire,
celle d’aujourd’hui et celle du passé récent,
individuelle et collective.
Le ton est donné
par « Matin de canicule », dont le personnage
va vivre au présent et malgré lui des souvenirs de
jeunesse : « J’avais toujours fait en sorte de vivre
l’instant, d’effacer les traces. Pourtant, j’étais
là, embusqué dans un coin de ma mémoire ».
« Mères glorieuses, mères angoissées…
» fait d’abord croire à une commune enquête
policière sur laquelle pèse la main pétrifiante
de l’occupant allemand (on est en 1941), avant de faire intervenir
là encore le poids du passé. Dans « Sandrine
Spice », retour au présent, avec le jeu tragique
des illusions de l’adolescence et les tours de passe-passe
dont est capable la technologie contemporaine. «Un petit
air mutin » ramène au passé, celui de la
grande boucherie de 14-18, et fait découvrir des ramifications
qui élargissent d’une manière inattendue l’horizon
de ses méfaits.
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L’unité
du volume, outre celle que lui confère le style toujours
captivant de Didier Daeninckx, correspond précisément,
tout compte fait, à ce qu’annonce le titre. Les
hommes sont là, avec leur destinée, celles des
personnages mais aussi celle des lecteurs, jouant en commun
et sans le savoir au jeu des apparences – et à
l’ultime instant tombant dans un réel qui était
là, tapi au fond des mémoires. On se laisse
prendre au piège de la fiction, et les surprises de
l’Histoire nous sautent salutairement à la gorge.
Jean-Pierre
Longre
(mars 2007)
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Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

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