Histoire et faux-semblants
Didier Daeninckx

Verdier, 2007

 

 

Le jeu des apparences

Avant lecture, on est intrigué par un détail du titre, bien mince de prime abord : « Histoire » est au singulier. Après lecture, on se dit que, s’il y a bien quatre « histoires » dans le livre – quatre nouvelles maniant avec la dextérité qui caractérise l’auteur le mystère et la surprise – chacune d’entre elles est ancrée dans l’Histoire, celle d’aujourd’hui et celle du passé récent, individuelle et collective.

Le ton est donné par « Matin de canicule », dont le personnage va vivre au présent et malgré lui des souvenirs de jeunesse : « J’avais toujours fait en sorte de vivre l’instant, d’effacer les traces. Pourtant, j’étais là, embusqué dans un coin de ma mémoire ». « Mères glorieuses, mères angoissées… » fait d’abord croire à une commune enquête policière sur laquelle pèse la main pétrifiante de l’occupant allemand (on est en 1941), avant de faire intervenir là encore le poids du passé. Dans « Sandrine Spice », retour au présent, avec le jeu tragique des illusions de l’adolescence et les tours de passe-passe dont est capable la technologie contemporaine. «Un petit air mutin » ramène au passé, celui de la grande boucherie de 14-18, et fait découvrir des ramifications qui élargissent d’une manière inattendue l’horizon de ses méfaits.

L’unité du volume, outre celle que lui confère le style toujours captivant de Didier Daeninckx, correspond précisément, tout compte fait, à ce qu’annonce le titre. Les hommes sont là, avec leur destinée, celles des personnages mais aussi celle des lecteurs, jouant en commun et sans le savoir au jeu des apparences – et à l’ultime instant tombant dans un réel qui était là, tapi au fond des mémoires. On se laisse prendre au piège de la fiction, et les surprises de l’Histoire nous sautent salutairement à la gorge.

Jean-Pierre Longre
(mars 2007)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes (Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean Prévost aux avant-postes (Collectif, avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

 

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