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De
luttes en luttes...
La première
de couverture, construite en symétrie, est explicite : «
les mauvaises gens » se tiennent entre l’église
et l’usine. Les mauvaises gens vivent dans la région
des Mauges, un coin de campagne entre Angers et Cholet, à
l’écart des voies de passage, où les notables
locaux font la loi et pratiquent un catholicisme fervent et très
fermé.
Etienne Davodeau est né et a grandi dans cette région
farouche, dont le nom, les Mauges, viendrait d’une contraction
de l’expression « mauvaises gens ». C’est
l’histoire de ses parents que Davodeau raconte ici et, à
travers eux, la manière dont ont évolué les
mentalités et le pays. Marie-Jo et Maurice sont nés
dans deux villages voisins, dans des familles modestes et catholiques
: leurs deux pères étaient pour le premier ouvrier
agricole et le second garde champêtre, les enfants fréquentent
l’école catholique jusqu’à leur certificat
d’études, école majoritaire dans la région,
qui joue son rôle pleinement en assénant l’idée
que la place de chacun est délimitée une fois pour
toutes et que l’on ne peut en changer. Une fois les courtes
études terminées, si l’on n’est pas détecté
par les enseignants, on va travailler dans les usines que possèdent
les petits seigneurs du coin, qui gèrent leurs fabriques
d’une poigne paternaliste. C’est ainsi que, ne dérogeant
pas à la règle, les parents d’Etienne Davodeau
entrent très vite dans le monde du travail.
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Pour
ces adolescents privés de loisirs, la seule échappatoire
peut être la J.O.C. (Jeunesse Ouvrière Chrétienne),
où se rencontrent Marie-Jo et Maurice. La J.O.C., c’est
aussi un lieu de réflexion où les jeunes gens
partagent avec quelques camarades l’idée que
les travailleurs pourraient prendre leurs vies en main. C’est
à cette époque que les premières sections
syndicales voient le jour dans les ateliers. Marie-Jo, jeune
fille pourtant timide, fait partie des premiers militants
syndicalistes et elle n’en mène pas large quand
il faut affronter les patrons. Mais elle le fait et elle apprend.
L’engagement syndical ne les éloigne pas néanmoins
de l’Eglise, dont ils découvrent, par le biais
de l’A.C.O. (Action Catholique Ouvrière), une
autre conception de la pratique religieuse. |
Ils y trouvent
une Eglise moins coupée des réalités sociales
des gens, plus en phase avec le monde ouvrier. Dans le pays, cela
dérange et les autorités traditionnelles voient leur
pouvoir vaciller. Au fil des années, les époux Davodeau
s’engagent davantage dans les luttes qui secouent le pays
bien pensant et leurs activités ne manquent pas, entre les
débrayages à mener pour améliorer les conditions
de travail, les réseaux locaux à organiser, les centres
de loisirs à développer ou la construction d’un
lycée public à réclamer auprès des autorités
sourdes. C’est ainsi que de luttes en luttes, la région
évolue comme les mentalités et que, un soir de mai
1981, la famille, les amis sont réunis devant la télévision
pour suivre le résultat de l’élection présidentielle…
A travers l’itinéraire
singulier et exemplaire de ses parents, Etienne Davodeau raconte
en fait l’histoire de toute une génération née
entre 1940 et 1950, qui a dû batailler ferme contre un déterminisme
social et une classe dirigeante accrochée à ses privilèges.
Pour reconstituer cette histoire, Davodeau utilise au mieux les
ressources qu’offre le roman graphique et il sollicite le
souvenir et les gens qui le détiennent et qui veulent bien
raconter. Il se met en scène avec ses parents, les amis de
ceux-ci, les vieux militants, qu’il écoute et qu’il
dessine. Surgissent des images, des ambiances, des scènes
tendres ou dramatiques, racontées avec pudeur et justesse.
Cette histoire, c’est aussi la sienne, qui l'a accompagné
durant son enfance et son adolescence et dont il est porteur presque
malgré lui.
Catherine
Gentile
(janvier 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle chronique aussi littérature de jeunesse
et bande dessinée dans la revue Inter CDI.

http://www.editions-delcourt.fr/
http://www.etiennedavodeau.com/
Lire aussi Le
Japon vu par 17 auteurs
(Casterman, Ecritures, 2005)
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