chronique
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Charlie
Haden & Gonzalo Rubalcaba
Nocturne
- Boleros from Cuba and Mexico
Charlie Haden, contrebasse
Gonzalo Rubalcaba, piano
Ignacio Berroa, batterie et percussion
David Sanchez, saxophone
Frederico Britos Ruiz, violon

Charlie
Haden - photo : Caroll Friedman
"Ce projet résulte d'une alchimie et d'une
énergie commune, qui nous permettent de jouer
de beaux morceaux empreints d'un certain lyrisme. Charlie
souhaitait obtenir quelques informations concernant
la musique cubaine. Je pensais à ce moment-là
aux boléros et aux ballades cubaines. Et comme
il était disposé à enregistrer
ce disque, le moment opportun s'est présenté
pour le réaliser. J'avais extrait de ma discothèque
les musiques des années 1930, 1940 et 1950. Je
lui en ai fait parvenir une sélection afin qu'il
arrête un choix pour le CD."
Gonzalo Rubalcaba
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Dave
Holland Quintet
Not
For Nothin'
Dave
Holland, contrebasse
Robin Eubanks, trombone
Chris Potter, saxophones
Steve Nelson, vibraphone et marimba
Billy Kilson, batterie
Musicien avec lequel il faut compter depuis plus de
trente ans, contrebassiste et improvisateur de jazz
des plus respecté, Dave Holland a atteint un
nouveau degré de popularité auprès
du public et d'appréciation auprès de
la critique avec son quintette actuel. Les deux albums
de cette formation, Points of View et Prime Directive,
ont été sélectionnés pour
un Grammy ; le groupe a été élu
Formation de jazz acoustique n° 1 dans le classement
des critiques de Down Beat, meilleur combo de l'année
dans les prix du jazz de Bell Atlantic ; l'Association
des journalistes de jazz a donné ses prix de
Concert live de l'année et de meilleure petite
formation au Dave Holland Quintet, et élu Prime
Directive Album de l'année. Prime Directive
a également reçu les 4 clés ffff
de Télérama, le CHOC de Jazzman et le
" recommandé " par Répertoire.
Renseignements
- réservations
Auditorium de Lyon
04 78 95 95 95
149 rue Garibaldi - 69003 Lyon
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C'était,
en ce dimanche 28 avril, la soirée des contrebassistes,
leaders de groupe. Loin d'en faire les " besogneux "
qu'ils sont si souvent dans la musique classique, toute l'histoire
du Jazz (de Jimmy Blanton à François
Moutin entendu à Lyon ce mois et chroniqué
par nos soins, en passant, bien sur par Charles Mingus), est
pleine de ces rois du tempo qui composent, animent et mettent
en scène. Et ce, toujours sans tapage car, ce qui est
important pour le contrebassiste, c'est le groupe. Charlie
HADEN et Dave HOLLAND qui se présentaient, en cette
soirée, s'inscrivent dans cette longue lignée
et en sont incontestablement deux grandes figures actuelles.
Charlie
HADEN, avec la précieuse complicité du jeune
pianiste cubain Gonzalo RUBALCABA, a sorti de son tiroir
un projet vieux de dix ans : Refaire découvrir, à
leur manière, le Boléro ; cette chanson d'amour
dansée sur rythme lent, à trente-deux mesures,
dès la fin du 19e siècle, d'abord à Cuba,
puis dès les années trente au Mexique, à
Porto Rico et dans l'ensemble du monde latino-américain,
devint un fort emblème au même titre que le tango
pour les Argentins. Puis, des bigbands américains (Tommy
Dorsey)aux reprises récentes(" what différence
the day makes " accaparé par la pub) ou clins
d'il sur le dernier M.Jonacz, cette musique est restée
bien présente.
En
une suite d'une dizaine de " chansons "(dont quatre
boléros cubains et un mexicain, deux compositions originales
de C.HADEN et un thème signé G.RUBALCABA), l'ensemble
prend le parti du lyrisme sur des tempos très lents,
s'écartant en cela du boléro traditionnel joué
en grande formation avec cuivres, violons et percussions très
présents sur un tempo plus enlevé quoique lent.
Ici, la section rythmique fait dans la retenue : la contrebasse
s'harmonise à la légère pulsation insufflée
par les balais du batteur cubain Ignacio BERROA. Le
pianiste joue tout en discrétion et suavité.
Le saxophone du cubain David SANCHEZ et le violon de
l'Uruguayen Fédérico BRITOS RUIZ (par
ailleurs premier violon à l'Opéra de La Havane),
alternent les interventions plus qu'ils ne jouent ensemble,
sauf sur le morceau final.
Si l'on adhère à ce charme délicieusement
suranné, on est vite transporté dans un univers
de soirée d'été en bord de mer (avec
quelques rafraîchissements, bien entendu !) d'autant
que l'exceptionnelle pureté du son du sax ténor
apporte une si belle couleur ajoutée aux mélodieuses
sonorités du piano.
" Moonlight ", notamment, est un très
beau thème de C.HADEN où les accords plaqués
puis plus percussifs du piano répondent à un
jeu élégant de la contrebasse et à la
douce mélodie déroulée par le sax. Le
thème mexicain " El ciego ", nous
révèle un violon sautillant puis réservé
dans le pizzicato, puis majestueux, la contrebasse donnant
le pas de danse. Le dernier morceau joué en quintet
entremêle finement deux boléros cubains où
les thèmes se croisent sans s'entrechoquer, les musiciens
se répondant dans la finesse.
Reste que sur d'autres morceaux, le charme de " Nocturne
" s'estompe un peu car le parti pris d'un tempo ralenti
parfois à l'extrême, d'une batterie minimaliste,
de l'absence de percussions, d'une contrebasse du leader qui
ne fut pas toujours le régulateur attendu, fait transparaître
une musique un peu ennuyeuse. Décidément, qu'il
est difficile de donner de l'énergie, un concert entier,
sur des tempos lents !
Une formation numériquement plus étoffée
aurait, à mon sens, apporté à la prestation
scénique. Durant cette première partie, j'ai
souvent pensé à Chico O'Farril, disparu en 2001
et son afro-cuban jazz orchestra et à Gerry Mulligan
en grande formation, trop vite parti lui aussi. Ce qu'ils
auraient pu nous concocter dans le même exercice ! Nostalgie
Cela n'enlève rien aux mérites de " Nocturne
" dont l'écoute attentive sur le label Verve (réf
: 013611-2) reste un grand moment de musique apaisante et
de qualité.
En
deuxième partie de soirée, nous était
donc proposé le quintet de Dave HOLLAND avec
une petite modification dans la composition annoncée
à savoir à la batterie, le jeune Nate SMITH
remplaçait Billy Kilson (qui joue sur le disque "
Not for Nothin ", paru chez ECM sous la référence
1758 en août 2001).
Contrebassiste de Mile DAVIS entre 1968 et 1970, Dave HOLLAND
a " surfé " sur tous les courants jazzistiques
depuis 30 ans. Du free avec A.BRAXTON au Hard Pop contemporain
que joue son quintet actuel depuis cinq ans, en passant par
la m.base de Steve COLEMAN, le trio Gateway avec DEJOHNETTE
et ABERCROMBIE. A seulement 53 ans, il en a visité
des musiques, ce vieux briscard, anglais de naissance !
Homme de rencontres, comme beaucoup de jazzmen, mais surtout
découvreur de jeunes talents, D.HOLLAND, en évoquant
son quintet actuel parle " d'une magnifique communion
collective ". C'est vrai que tout au long de sa prestation,
on voit à l'uvre un chef souriant laisser ses
jeunes pousses vivre leur vie musicale sans pour cela s'écarter
un instant du projet commun.
Le contrebassiste compositeur est un virtuose qui, au premier
morceau, " Looking out ", impulse un vigoureux
tempo dès la prise du thème par les deux soufflants.
Et puis le vibraphone de Steve NELSON, dès son
entrée en lice, par un jeu subtil et élégant,
donne une couleur particulière à l'ensemble.
Il s'agit d'un choix délibéré du leader
qui, à la question posée dans la revue Jazzman
de décembre 1999, de savoir pourquoi il préférait
au piano le vibraphone ou la guitare, répondit : "
Guitare et vibraphone présentent une palette d'accords
limitée et, du coup, positionnent le groupe dans un
espace plus ouvert harmoniquement. Je pense beaucoup à
la sonorité globale ".
La musique est, en effet, très homogène, avec
de longues parties très arrangées pour soutenir
le premier chorus structuré de Chris POTTER
au sax ténor.
Suit un thème qui débute sur une ambiance quasi
indienne donnée par le vibraphone et le marimba pour
s'achever sur un tempo afro-cubain ! Le jeune batteur, Nate
SMITH, s'impose avec brio, sur ce parcours plein d'embûches.
Le tromboniste Robin EUBANKS dialogue longuement avec C.HADEN,
l'un et l'autre n'hésitant pas à s'aventurer
dans l'aigu. Le trombone fait aussi un petit bout de chemin
avec la clarinette de C.POTTER.
Arrive une ballade où le contrebassiste se met à
l'archer pour lancer un thème envoûtant que le
saxo alto, cette fois de C.POTTER et le trombone de R.EUBANKS
relaient élégamment avec une discrète
présence du vibraphone. Pur moment de bonheur musical
!
Le groupe enchaîne sur un rythme endiablé avec
une clarinette qui allie vélocité et montée
en tension, bien accentuée par le trombone et la batterie.
La prestation du quintet s'acheva sur une pièce à
la conception musicale diversifiée : Contrebasse seule
puis tout l'ensemble sur un rythme très saccadé,
puis une série d'entrelacements des sons des deux souffleurs
dans un jeu de contrepoint où, peu à peu, l'humour
transparaît (à toi, à moi) sous le sourire
de leurs partenaires amusés.
Il y a vraiment de la musique dans ce quintet ! Il y a cette
unité, ce dialogue, cette connivence que souvent, seuls
les trios peuvent nous apporter. Un grand groupe et un vrai
leader qu'il ne faut pas manquer à leur prochain passage
dans la région.
Philippe Anthonioz
(30 avril 2002)