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Dans
le plus simple appareil
(Nu de Denis Darzacq)
«En
voyageant en Chine, je suis tombé sur une publicité
pour les villas Phénix. Et là, j’ai réalisé
qu’on allait tous habiter les mêmes maisons, aux Etats-Unis,
en Europe, en Asie » nous confie Denis Darzacq. Une observation
qui sera l’un des déclics pour sa série Nu
présentée à la Galerie
Vu : des photographies couleur de grand format (1,60/1,30m)
montrant une femme ou un homme nu marchant devant un de ces fameux
ensembles pavillonnaires, typique de notre modernité architecturale.
Depuis plusieurs années, le rapport de l’homme à
son environnement, urbain ou rurbain, est au cœur du travail
du photographe (connu par ailleurs pour ses nombreuses collaborations
avec Libération et ses portraits de Christian Boltanski,
de Claire Denis ou du regretté Claude Nougaro). Après
avoir photographié le monde nocturne et flou des discothèques
et des nuits branchées, Darzacq s’est échappé
des bas-fonds pour saisir et découper en plein jour des scènes
de la banalité quotidienne se déroulant dans une rue,
sur une place publique ou à la sortie d’un lycée.
Ses Nus poursuivent ce questionnement en adoptant une forme
nouvelle. Il ne s’agit plus de saisir des fragments de scènes
réelles, mais d’inventer, de construire, de dramatiser
des scènes imaginaires. Et de surprendre ainsi quels échos
ou contradictions, quelles résonances ou discordances peuvent
surgir du rapport entre un(e) anonyme nu(e) et un environnement
d’une trivialité tristounette et universelle.
Au-delà
des clichés
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Devant
ces Nus, notre regard est immédiatement frappé
par leur force plastique et un sentiment d’inquiétante
étrangeté : là où nous nous attendions
à voir des enfants jouant sur la pelouse, un père
astiquant sa voiture ou une mère sur sa chaise-longue,
Darzacq « pose » un corps dénudé,
sculptural, mutique et digne. Mais au-delà de ce simple
jeu d’opposition et de contraste, l’étrangeté
est redoublée par la vision d’une nouvelle manière
d’habiter cet espace, du bouleversement de ses règles,
d’une ligne de fuite empruntée à petits
pas par les personnages.
Du reste, Darzacq indique qu’il avait commencé
ce travail en photographiant des nus dans le quartier de la
Défense à Paris : une idée vite abandonnée
tant l’opposition entre le rose des chairs et le gris
du béton s’avérait binaire, manichéenne. |
«Nous
nous trouvons désarmés aujourd’hui face à
un monde complexe. Mon propos n’est pas de le critiquer directement,
mais de le montrer. Mes photographies posent des questions mais
ne donnent pas de réponses». Ces portraits en
pied, soigneusement composés et théâtralisés,
prennent aussi à contre-pied les canons du corps contemporain
: corps voilé, formaté, nié ou au contraire
érotisé pour mieux être publicisé et
vendu. Citant le Tintoret ou le Gréco, Darzacq s’efforce
au contraire de transcender des corps, d’entrer en empathie
avec eux («l’empathie est le moteur de la photographie»),
d’inventer des images qui tranchent sur le flux visuel qui
nous entoure. Il s’émerveille même qu’il
soit « toujours possible d’inventer d’autres
images, de créer des images » à une époque
et dans un monde qui en sont saturés. Les siennes, singulières
et dénuées de toute nostalgie, n’ont rien à
vendre.
Jean-Emmanuel
Denave
(mai
2004)
Jean-Emanuel
Denave, né en 1970, est critique et journaliste
(collaborations avec Sitartmag, l'Express, L'Art Aujourd'hui, Le
Petit-Bulletin Lyon). Amitiés d'écriture avec les
arts plastiques, la photographie et la danse contemporaine. Contact

Une
sélection de 8 images de la série “Nu”
de Denis Darzacq a été exposée au Pôle
photographique Rhône-Alpes, Le Bleu du Ciel,
du 9 mars au 24 avril 2004.
Le Bleu du Ciel - 10 bis, rue de Cuire - 69004 Lyon
http://www.agencevu.com/fr/photographes/default.asp?Photographes=23
http://denis.darzacq.revue.com/
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