Exposition

Du 26 mai au 4 septembre 2004
Galerie VU (Paris)
2 séries : "Nu" et "Fakestars”

 

Dans le plus simple appareil
(Nu de Denis Darzacq)

«En voyageant en Chine, je suis tombé sur une publicité pour les villas Phénix. Et là, j’ai réalisé qu’on allait tous habiter les mêmes maisons, aux Etats-Unis, en Europe, en Asie » nous confie Denis Darzacq. Une observation qui sera l’un des déclics pour sa série Nu présentée à la Galerie Vu : des photographies couleur de grand format (1,60/1,30m) montrant une femme ou un homme nu marchant devant un de ces fameux ensembles pavillonnaires, typique de notre modernité architecturale.
Depuis plusieurs années, le rapport de l’homme à son environnement, urbain ou rurbain, est au cœur du travail du photographe (connu par ailleurs pour ses nombreuses collaborations avec Libération et ses portraits de Christian Boltanski, de Claire Denis ou du regretté Claude Nougaro). Après avoir photographié le monde nocturne et flou des discothèques et des nuits branchées, Darzacq s’est échappé des bas-fonds pour saisir et découper en plein jour des scènes de la banalité quotidienne se déroulant dans une rue, sur une place publique ou à la sortie d’un lycée. Ses Nus poursuivent ce questionnement en adoptant une forme nouvelle. Il ne s’agit plus de saisir des fragments de scènes réelles, mais d’inventer, de construire, de dramatiser des scènes imaginaires. Et de surprendre ainsi quels échos ou contradictions, quelles résonances ou discordances peuvent surgir du rapport entre un(e) anonyme nu(e) et un environnement d’une trivialité tristounette et universelle.

Au-delà des clichés

Devant ces Nus, notre regard est immédiatement frappé par leur force plastique et un sentiment d’inquiétante étrangeté : là où nous nous attendions à voir des enfants jouant sur la pelouse, un père astiquant sa voiture ou une mère sur sa chaise-longue, Darzacq « pose » un corps dénudé, sculptural, mutique et digne. Mais au-delà de ce simple jeu d’opposition et de contraste, l’étrangeté est redoublée par la vision d’une nouvelle manière d’habiter cet espace, du bouleversement de ses règles, d’une ligne de fuite empruntée à petits pas par les personnages.
Du reste, Darzacq indique qu’il avait commencé ce travail en photographiant des nus dans le quartier de la Défense à Paris : une idée vite abandonnée tant l’opposition entre le rose des chairs et le gris du béton s’avérait binaire, manichéenne.

«Nous nous trouvons désarmés aujourd’hui face à un monde complexe. Mon propos n’est pas de le critiquer directement, mais de le montrer. Mes photographies posent des questions mais ne donnent pas de réponses». Ces portraits en pied, soigneusement composés et théâtralisés, prennent aussi à contre-pied les canons du corps contemporain : corps voilé, formaté, nié ou au contraire érotisé pour mieux être publicisé et vendu. Citant le Tintoret ou le Gréco, Darzacq s’efforce au contraire de transcender des corps, d’entrer en empathie avec eux («l’empathie est le moteur de la photographie»), d’inventer des images qui tranchent sur le flux visuel qui nous entoure. Il s’émerveille même qu’il soit « toujours possible d’inventer d’autres images, de créer des images » à une époque et dans un monde qui en sont saturés. Les siennes, singulières et dénuées de toute nostalgie, n’ont rien à vendre.

Jean-Emmanuel Denave
(mai 2004)

Jean-Emanuel Denave, né en 1970, est critique et journaliste (collaborations avec Sitartmag, l'Express, L'Art Aujourd'hui, Le Petit-Bulletin Lyon). Amitiés d'écriture avec les arts plastiques, la photographie et la danse contemporaine. Contact

Une sélection de 8 images de la série “Nu” de Denis Darzacq a été exposée au Pôle photographique Rhône-Alpes, Le Bleu du Ciel, du 9 mars au 24 avril 2004.
Le Bleu du Ciel - 10 bis, rue de Cuire - 69004 Lyon

http://www.agencevu.com/fr/photographes/default.asp?Photographes=23

http://denis.darzacq.revue.com/