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Hassan
Daoud est l'un des 12 invités des Belles etrangères
2007, consacrées au Liban et à sa littérature.
blongre.hautetfort.com/archive/2007/10/31/belles.html
www.belles-etrangeres.culture.fr
Ancré ni dans le temps ni dans l’espace, Le
chant du pingouin de Hassan Daoud prend ses distances
avec le roman traditionnel hérité du XVIIIe et du
XIXe siècle. L’écriture, l’intrigue, le
personnage principal l’inscrivent dans la lignée du
Nouveau Roman des années 1950-1970. Hassan Daoud fait voler
en éclat les codes et les conventions avec ses personnages
dépourvus de noms – identifiables seulement par des
références familiales (le fils, la mère, le
père) ou sociales (la voisine, les marchands) – et
la vie terne, ennuyeuse, absurde de son anti-héros.
Agé de trente six ans le narrateur vit, sans travailler,
avec sa mère et son père âgé. Handicapé,
doté de bras trop courts et de mains « petite(s),
inachevée(s)et maladroite(s) », son enveloppe
corporelle possède peu de grâce : « mon ventre
commençait à gonfler jusqu’à ma poitrine.
Ma tête semblait vissée au-dessus ». Cette
description associée au titre de l’ouvrage l’apparente
à un pingouin maladroit. Son soliloque aux abondantes répétitions
concrétise son ennui et son existence terne qui se borne
à la lecture de vieux ouvrages : « Tu n’as
lu que de vieux livres (...) De vieux livres écrits par de
vieilles personnes pour d’autres vieilles personnes (...)
comme mes livres, j’étais vieux. » Outre
la lecture, son second plaisir est sa jeune voisine habitant l’appartement
au-dessous de chez lui dont il épie les moindres mouvements,
attisant ainsi ses désirs exacerbés et inassouvis
: « De là-haut, j’observais et j’écoutais
(...) je l’imaginais (...) Elle n’était vêtue
que d’une chemise en coton pour enfant qui laissait apparaître
la forme de deux petits seins pas encore mûrs. »
Les premières pages de ce long monologue intérieur
monotone étonnent, ennuient, puis très vite, aiguillonnent
la curiosité. Le lecteur s’intéresse de plus
en plus à cet être singulier, hors norme, fin observateur,
entouré de personnes tout aussi singulières qui vivent
des situations parfois sordides.
L’ouvrage
est sorti à Beyrouth en 1998, alors que la paix n’est
pas définitivement instaurée au Liban. Or, Hassan
Daoud ne fait jamais référence à la guerre.
Tout du moins explicitement et consciemment. Mais le marasme économique
(« Les horlogers qui n’étaient pas loin (...)
étaient partis à leur tour. Leurs échoppes
solides et stables étaient restées pareilles à
des armoires vides. Il ne savait pas où les gens partaient
travailler. »), l’oisiveté (« Elles
demeuraient assises. Elles ne faisaient rien d’autre que reposer
leurs jambes et regarder le grand espace vide devant elles. »),
l’absence de projet, l’absurdité de la vie des
personnages, la vieille ville démolie révèlent
la guerre dont ces phénomènes sont les fruits et les
conséquences. Inconsciemment, l’auteur évoque
cette réalité traumatisante au lecteur averti à
travers toute une formulation littéraire. La description
de la vieille ville détruite par les promoteurs, où
vivaient le narrateur et ses parents, par exemple, recèle
tout un champ lexical de la guerre – référence
aux « décombres », « aux choses
à récupérer », à la tristesse
du père, « profondément chagriné
d’avoir laissé ses biens ».
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Au fil
des pages, le lecteur perçoit le bouleversement de
la guerre sous la réalité décrite.
Le discours du narrateur handicapé révèle
en fait, implicitement, l’univers sombre des Libanais
ruinés par la guerre : « C’était
l’appartement où j’habiterais. Je mangerais
ce qui s’y trouvait. Les vieux meubles ne valaient
pas beaucoup d’argent. Je ne me nourrirais que de
ce qu’ils valaient ». Le non dit apparaît
derrière le dit. L’écriture pervertit
la réalité décrite. Le réel
n’est plus le réel mais un signe que l’écrivain
ramène à lui-même. A travers le sombre
vécu du narrateur, le lecteur se heurte aux angoisses
du Libanais englué depuis de nombreuses années
dans un univers mortifère. Livre original, moderne,
Le Chant du pingouin recèle de nombreuses richesses
humaines, stylistiques et thématiques. Il vaut non
seulement la peine d’être lu mais aussi relu
pour en goûter les innombrables ressources.
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Annie
Forest-Abou Mansour
(novembre 2007)
Annie
Forest-Abou Mansour, professeur certifié,
docteur ès lettres, est passionnée de littérature,
de critique littéraire, de cinéma et de théâtre.

http://www.actes-sud.fr
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