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Triptyque de
l’illusion
À l’évidence,
les trois pièces regroupées à juste titre dans
ce recueil – La nuit même,
L’enquête de ma vie et
Les amants imparfaits – ont non seulement des
points communs, mais un mouvement commun, convergeant vers l’une
des ultimes phrases de la dernière (la première pourtant
dans l’ordre chronologique de composition) : « J’affirme
croire en une illusion que je recherche tout en la sachant illusion.
J’y tiens comme à la seule idée susceptible
de me faire vivre ».

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Au
cours de ces fausses enquêtes policières, vraies
énigmes de la vie, des vies multiples qui se frôlent,
de heurtent, s’effleurent, s’embrassent, c’est
bien dans l’espace scénique que tout se joue,
cet espace indispensable et que pourtant l’on ne pense
qu’à quitter, comme Octave et Julie dans Les
amants imparfaits :
«Octave : Il n’y aura pas de drame. / Julie
: Il n’y aura rien... / Octave : Nous allons partir,
Julie. / Julie : C’est comme si c’était
fait ».
L’amour, le désir, la mort, le passé,
le rêve : tout est là, dans l’épaisseur
des êtres, dans leur parole, dans l’illusion-désillusion,
dans le jeu des comédiens que sont, par exemple, les
personnages de La nuit même
:
«Simon : C’est du théâtre. /
Ariane : Mais nourri, non pas nourri, mais tissé de
la texture même de la vie. Tu es Simon et tu le joues». |
On peut toujours
rêver, d’un sommeil hypnotique ou naturel, on ne résoudra
pas par l’illusion les douleurs du passé, comme le
voudrait Claire Mascaroli dans L’enquête
de ma vie et «dans l’illusion de l’éternité».
L’amour et le désir tendent toujours vers la mort,
l’éloignement, la disparition, et nulle enquête
n’en viendra à bout. On peut toujours rêver,
il reste toujours le rêve, et le théâtre. Lire
le théâtre, c’est privilégier plus ou
moins un texte, dans ses ouvertures scéniques certes, mais
aussi dans toute sa complexité de texte (de texture) littéraire
(les éditions Lansman nous offrent en abondance ce privilège).
Le triptyque de Joseph Danan, s’il mérite les mises
en scène, mérite aussi amplement d’être
lu dans le texte. Les mots s’y côtoient avec chaleur
et conviction, avec poésie et humour, la poésie des
belles évocations d’un espace dramaturgique («Il
y a trop d’images dans nos têtes») et des
savoureux chocs verbaux («C’est le sacrement du
songe. / Le sacre du mensonge»). Visiblement, l’auteur
s’y connaît en théâtre, et pas seulement
: en écriture.
Jean-Pierre
Longre
(octobre 2003)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

http://www.lansman.org/
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