Enquêtes du désir
trois pièces
Lansman Editeur, La preuve par trois, 2003

 

Triptyque de l’illusion

À l’évidence, les trois pièces regroupées à juste titre dans ce recueil – La nuit même, L’enquête de ma vie et Les amants imparfaits – ont non seulement des points communs, mais un mouvement commun, convergeant vers l’une des ultimes phrases de la dernière (la première pourtant dans l’ordre chronologique de composition) : « J’affirme croire en une illusion que je recherche tout en la sachant illusion. J’y tiens comme à la seule idée susceptible de me faire vivre ».


Au cours de ces fausses enquêtes policières, vraies énigmes de la vie, des vies multiples qui se frôlent, de heurtent, s’effleurent, s’embrassent, c’est bien dans l’espace scénique que tout se joue, cet espace indispensable et que pourtant l’on ne pense qu’à quitter, comme Octave et Julie dans Les amants imparfaits :
«Octave : Il n’y aura pas de drame. / Julie : Il n’y aura rien... / Octave : Nous allons partir, Julie. / Julie : C’est comme si c’était fait ».
L’amour, le désir, la mort, le passé, le rêve : tout est là, dans l’épaisseur des êtres, dans leur parole, dans l’illusion-désillusion, dans le jeu des comédiens que sont, par exemple, les personnages de La nuit même :
«Simon : C’est du théâtre. / Ariane : Mais nourri, non pas nourri, mais tissé de la texture même de la vie. Tu es Simon et tu le joues».

On peut toujours rêver, d’un sommeil hypnotique ou naturel, on ne résoudra pas par l’illusion les douleurs du passé, comme le voudrait Claire Mascaroli dans L’enquête de ma vie et «dans l’illusion de l’éternité». L’amour et le désir tendent toujours vers la mort, l’éloignement, la disparition, et nulle enquête n’en viendra à bout. On peut toujours rêver, il reste toujours le rêve, et le théâtre. Lire le théâtre, c’est privilégier plus ou moins un texte, dans ses ouvertures scéniques certes, mais aussi dans toute sa complexité de texte (de texture) littéraire (les éditions Lansman nous offrent en abondance ce privilège). Le triptyque de Joseph Danan, s’il mérite les mises en scène, mérite aussi amplement d’être lu dans le texte. Les mots s’y côtoient avec chaleur et conviction, avec poésie et humour, la poésie des belles évocations d’un espace dramaturgique («Il y a trop d’images dans nos têtes») et des savoureux chocs verbaux («C’est le sacrement du songe. / Le sacre du mensonge»). Visiblement, l’auteur s’y connaît en théâtre, et pas seulement : en écriture.

Jean-Pierre Longre
(octobre 2003)

Jean-Pierre Longre, enseignant en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical. Il a participé à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

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