| texte
français Terje Sinding
adaptation
Robert Cantarella et Julien Fišera
dramaturgie
Julien Fišera
scénographie
Laurent Berger
costumes
Cécile Feilchenfeldt
collaboration
technique Christophe Bernard
avec
Jean-Claude Bolle-Reddat, Florence Giorgetti, Philippe
Journo, Johanna Korthals Altes, Jacek Maka, Wolgang Menardi,
Emilien Tessier
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Théâtre
National de la Colline
15, rue malte-brun
75980 PARIS CEDEX 20
Tél location 01 44 62 52 52
production
Théâtre Dijon Bourgogne, Théâtre
National de la Colline, le duo dijon
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Ce feu follet de Strindberg
Quand le rideau
se lève, le héros du Chemin de Damas,
poète solitaire prisonnier d’une vision noire de l’existence,
vit la pire vie possible dans le pire des mondes possibles, et travaille
de tout son désespoir à se préserver des malheurs
à venir. Et pourtant… Amour, jalousie, ambition, ces
leurres douloureux, qui vouent à l’échec, se
retrouveront sur son chemin de souffrance, et si tout se passe mal,
s’il n’est rien d’autre à faire ici bas
que se tourmenter dans l’attente du trépas, ce poète
incapable de la moindre concession va tout de même emprunter
le chemin de Damas, cette route vers la conversion chrétienne,
en se posant encore et encore la question de la possibilité
de l’amour, du pardon, de la foi, de l’espérance,
et même du vouloir-vivre.
Pas de quoi
rire, assurément, dans cette pièce de Strindberg écrite
lors d’une profonde crise religieuse et psychologique (le
dramaturge suédois est même interné, névrosé
et schizophrène). La première partie est un voyage
du poète, avec une belle femme qui a la sagesse muette de
ne pas réfléchir, dans un cercle infernal digne de
Dante et de l’Eternel Retour nietzschéen ; la seconde,
un drame familial de haine et de cruauté ; la troisième,
une interrogation métaphysique hâchée, entre
le couvent et le tombeau.
Mais le metteur en scène Robert Cantarella sait pimenter,
dynamiser et intensifier cette longue pièce sombre. Effets
de lumières, costumes et décors participent d’une
esthétique du laid, rose ou verdâtre, évoquant
à la fois le mauvais goût Ikea et la lourdeur nordique
; et le recours à la vidéo, ou à de la musique
moderne (notamment le groupe des années 1970 Suicide), révèlent
assez la volonté d’actualiser cette fable chrétienne.
Le rythme est rapide, le jeu des acteurs très énergique,
au point que la confrontation entre le mal moderne (le désespoir
devant l’absurde) et la charité chrétienne (dont
le prêche mou et la tolérance mesquine sont efficacement
parodiés) semble laisser la place à une débauche
morbide et exutoire de pulsions à l’état brut.
Cette mise en
scène libre, libérée, qui veut toujours mettre
en regard la noirceur et l’insensé, s’avère
finalement propre au fou rire, réaction nerveusement légitime
devant le gouffre ténébreux de l’existence.
Au personnage du fou, toujours présent dans un coin de la
scène pour mettre à distance la tragédie par
des galipettes ou par de curieuses postures, correspond tout un
attirail loufoque, dont le happening bordélique
du deuxième acte est le point d’orgue. Cantarella dit
de son travail que c’est « un artisanat du regard
qui dégage les choses de leur charme ». Outre
la grande performance des acteurs, ce Chemin de Damas
marquera les esprits pour avoir réussi à dynamiter
dans l’excentricité une pièce fort complexe
et austère.
Nicolas
Cavaillès
(décembre 2004)
Nicolas
Cavaillès, spécialiste de l'œuvre
de Cioran, lié à la Roumanie et à sa littérature,
poursuit, après des études de lettres et de philosophie,
des recherches autour de l'écriture, des manuscrits et de
la création artistique (critique génétique).

http://www.colline.fr
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