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La
liesse populaire est à son comble en cette journée
qui précède la finale de coupe du monde de football.
Nous sommes en 1978, l'Argentine s'est qualifiée pour la
finale et les prévisions vont bon train. Durant quelques
heures, les Argentins semblent avoir oublié que la junte
militaire qui les gouverne fait régner la terreur : libertés
tronquées, disparitions mystérieuses, contrôles
d'identité quotidiens, fouilles impromptues, arrestations
par dizaines...
En marge de cette atmosphère faussement festive (servant
d'alibi au gouvernement face aux pays démocratiques) Pablo,
petit journaliste à Buenos Aires, sombre dans la peur : Ana,
sa petite amie, a cru apercevoir deux hommes qui le surveillaient,
en bas de son immeuble. Pablo contrôle son angoisse, cherche
réconfort auprès de ses amis, tente de savoir si,
au fond, c'est bien lui que l'on épie... Jamais il ne s'est
mêlé de politique, il n'est ni un rebelle, ni un héros
et n'a rien à se "reprocher". Mais peu à
peu, le doute cède le pas à la certitude, la peur
à une paranoïa désordonnée, à la
limite de l'absurde. La foule joyeuse lui apparaît soudain
"comme une joyeuse mascarade dans la cour d'une prison"
et les minces repères qui maintenaient son existence en ordre
tombent les uns après les autres.
Ce court roman décrit l'errance d'un homme aux prises avec
un impalpable ennemi, sa propre peur ; Même s'il a conscience
du grotesque de la situation, il se laisse pourtant entraîner
sur la pente d'une terreur sans nom ; une peur indescriptible, contagieuse,
entretenue par la seule présence de deux hommes quasi invisibles,
qui se mettent pourtant à le hanter, tant ils incarnent l'omnipotence
de l'appareil étatique.
Le talent de l'auteur réside certainement dans sa capacité
à établir un climat de suspense indéfini et
insoutenable, une oppression fuyante de tout instant, parfois allégée
par quelques scènes familières ou ordinaires, mais
qui toujours resurgit, au détour d'une rue ou d'une rencontre.
On l'aura compris, Dal Masetto cherche avant tout à dénoncer
l'absurdité à sa racine, le régime dictatorial
qui écrase les êtres ; mais il tente aussi de montrer
à quel point l'équilibre psychique d'un individu peut
être fragilisé, en l'espace de quelques heures, par
la seule intrusion du doute dans son esprit et comment son entourage
peut se transformer, comme lorsque Pablo rend visite à ses
amis Sara et Roberto et leur apprend qu'il est surveillé
(" Il eut soudain l'impression d'avoir détruit quelque
chose et introduit une fausse note dans la maison"). Le
comportement de son amie Ana n'est pas moins étrange : en
quelque sorte instigatrice de l'angoisse au tout début du
roman, elle paraît ensuite vouloir s'en éloigner et
fuir Pablo, ou plutôt la peur que jusque là, ils ont
partagée.
Il est impossible de ne pas lire ce court roman d'une traite car
ce maître argentin du suspense signe là un récit
essentiel, entre existentialisme et roman noir, ancré dans
un quotidien qui pourrait bien être le nôtre...
B.
Longre

Le
Seuil
http://www.seuil.com
Littérature
argentine
http://www.literatura.org/
L'auteur
http://www.literatura.org/DalMasetto/DalMasetto.html
un
extrait du roman (en espagnol)
http://www.lamaga.com.ar/www/area2/pg_nota.asp?id_nota=2202
Sites
argentins associatifs
http://www.wamani.apc.org/abuelas/
http://www.madres.org/
http://www.exdesaparecidos.org.ar/
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