Exposition prolongée jusqu'au 11 juillet 2004

10 peintres européens "fantastiques" rendent hommage à Salvador Dali


Salle Edmond Locart
Centre Berthelot, 14 avenue Berthelot, 69007 Lyon
Du lundi au vendredi : 13h30-18h30
Samedi : 14h-19h / Dimanche : 1Oh-12h - 14h-18h
Entrée libre

Les Spectres de Dali

"Etre Dieu n'est pas un blasphème", dixit Dali : à l'occasion du centenaire du peintre surréaliste espagnol (né en 1904 et mort en 1989), 10 peintres européens y vont de leur prière et de leurs louanges à ce Dieu de la peinture du XXème siècle. Cela se passe à Lyon, dans le Centre Berthelot, c'est à l'initiative de la jeune et prometteuse association lyonnaise "Dali' on", et c'est un événement unique, heureusement prolongé jusqu'au 11 juillet pour accueillir un public de plus en plus nombreux.

Dix peintres, donc, donnent à voir leur Dali, et les rêves et fantasmes que le catalan a fait éclore dans leur inconscient et sur leurs toiles. Au coeur de cette riche exposition, neuf créations, réalisées spécialement pour le centenaire Dali, parmi lesquelles on remarque vite l' "Hommage à Dali" du tchèque Lukas Kandl, stupéfiant portrait rougeoyant du génie à la fine moustache, et la sombre et géométrique "Icône Dali" de l'allemand Angerer-der-Ältere. La grandiloquente voix de Dali envoûte les esprits, une musique fantastique emplit la salle... que le spectacle commence !
Crucifixions, visages épurés, corps déconstruits, montres molles... tout cela et mille autres coups de génie s'emmêlent dans ces toiles qui multiplient les clins d'oeil à l'oeuvre de Dali. Partout le mystère se pare d'une évidence confondante : un sens se cache derrière ces paysages incohérents, ces couleurs limpides, et cette précision sur-réaliste, mais lequel ? Le spectateur voyage dans ces fantasmagories pour le moins troublantes et finit par croiser son propre inconscient, errant à l'inconnu parmi ces grandes scènes fantastiques. Si certains peintres comme Jacques Resch ("L'Axe du Mal") ou Jean Reus ("Alea") situent leurs oeuvres dans le monde contemporain, ou plutôt situent le monde contemporain dans leurs oeuvres atemporelles, on rencontre aussi de nombreux éléments mythologiques, ceux-là mêmes qui ont inspiré Dali : Léda et le cygne, Ariane, le Labyrinthe, la Méduse... On le voit, les Spectres de Dali le poursuivent même post mortem, et, comme dans le tableau macabre de Jean-Pierre Alaux "La partie inachevée", la mort n'arrête pas les jeux picturaux dont Dali a fixé les règles, les incohérences et les couleurs futuristes.
A travers les OEufs de Jean Bailly ou les crucifixions de la polonaise Eli Tiunine, les "paysages en dérangement" de Yo Coquelin et les visions érotico-mystiques de Miguel Garcia, l'univers de Dali se déploie, éthéré, fou et solennel, éclatant et sacré, dans une temporalité molle, voire arrêtée (comme dans l'énigmatique tableau de Michael Mischka "L'OEuf cosmique", dans lequel un bel oeuf immense se pose sur des montagnes). Cette limpide étrangeté, vecteur de fantastique, semble bien être le point de ralliement de ces 10 peintres qui, s'ils partagent une admiration commune pour Dali, n'en sont pas moins auteurs d'oeuvres très différentes les unes des autres - la variété est d'ailleurs un des atouts majeurs de cette exposition.

"Il faut accroître le danger et l'insécurité collectives en désorganisant systématiquement tout, afin de répandre l'angoisse qui, selon la psychanalyse, est le principe même du plaisir". Chantre de la révolte artistique, de l'insertion des rêves les plus bizarres dans le plat monde réel, Dali a assurément été entendu, à l'occasion de cette exposition riche et captivante. A ne pas manquer !

Nicolas Cavaillès
(juin 2004)

http://www.dali2004.org

http://www.salvador-dali.org