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Louis-Philippe
Dalembert ne se plie pas à la loi d’un genre. Il recourt
à tous les types d’écriture – le roman,
la poésie, la nouvelle –, à tous les registres
: satirique (« Elle partit frotter ses utopies à
la réalités du terrain »), humoristique,
( « ... mes Step-over, cirées à rendre pâles
les diamants de la Castafiore »), pathétique,
lyrique... Et il trouve différents langages susceptibles
de rendre compte de la vie, du réel, des sentiments. Lire
son recueil de nouvelles Histoires d’amour impossibles
... ou presque, c’est comme retrouver un ami
de longue date dont on connaît les thèmes de discussion
favoris. En effet, ces fragments d’histoires nous renvoient
à ses précédents ouvrages : L’homme
qui attendait d’être aimé fait référence
à L’île au bout des rêves et,
dans Un amour en noir et blanc, on retrouve Caroline des
Dieux voyagent la nuit. Les mêmes thèmes circulent
: Grannie, la musique, la poésie, la politique, «
le temps insouciant de l’enfance », la Bible, les
religions, le vagabondage....
La quête
revêt la forme du vagabondage : « Un vagabondage,
sans fin autour du monde... et de la vie ». Ses narrateurs
découvrent, dans ces différents ailleurs, la beauté
ineffable (« les arabesques de la neige »,)
mais aussi la noirceur du réel (« Elle m’aurait
parlé d’une terre sienne. Où tu n’es la
bougnoule de personne »), l’amour (« comme
pour un baptême d’amour ») et l’amour
impossible (‘« Il s’approcha d’elle
et lui dit (...) Sofia ? Elle lui sourit, avant de répondre
(...) : « vous faites erreur, sidi » ’),
en un mot la Vie.
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Ses
personnages sont imprégnés de la culture des
pays traversés. Dans Le jour où j’ai
pleuré, le narrateur comprend, sans jamais les
juger négativement, les réticences de son
amie, à la sévère éducation
musulmane, devant la sexualité. Et il compare de
façon très belle son « corps raidi.
Pareil à celui de l’agneau à la vue
du hachoir ». La jeune femme devient un agneau,
symbole de pureté et d’innocence, offert à
la violence du sacrifice. Le narrateur saisit l’immense
importance que l’acte sexuel représente pour
elle et la pression de son éducation : «
En cet après midi de printemps, elle me fit don d’un
quart de siècle d’éducation ».
Il est ouvert à l’autre et respectueux de la
différence.
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Citoyen du monde,
l’écrivain jongle avec les différentes langues
des pays visités : « inch’Allah »,
« Habibi », « ron Havana club oro cinco anos »,
« smile darling, don’t get upset » « Ich
bine in Berliner »... Ces mots et ces phrases issus de
contrées différentes, les descriptions pittoresques
propres à chaque lieu, révèlent un rapport
au monde personnel rempli de richesses et d’authenticité.
La référence à la Bible, la réconciliation
des inconciliables («Pourquoi était-elle berbère
? Pourquoi suis-je moi ? Pétri qui pis est d’ersatz
de culture judaïque, pour avoir observé le sabbat jusqu’à
la sortie de l’adolescence alors que je n’étais
déjà plus croyant. ») donnent une dimension
universelle aux personnages de Dalembert et témoignent de
son ouverture d’esprit. L’auteur peut même être
comparé à Montesquieu dans De l’art de draguer
une Française. Dans ce texte satirique, avec un humour malicieux,
il s’attaque aux préjugés masculins, aux clichés
racistes (« Tu dois être le bon nègre rieur
»), ou au nombrilisme français (pour le narrateur,
la Française est « une indigène ».
– C’est de surcroît, l’expression correcte
!), et piège l’éventuel mauvais lecteur à
l’issue de cette nouvelle à chute, avec un coup de
théâtre final.
En outre, Louis-Philippe Dalembert ne se contente pas de maîtriser
l’art de raconter des histoires. Il est aussi un Homme de
Lettres. Son écriture dialogue avec celle des autres poètes
et écrivains, tricotant et nouant ensemble leurs différents
fils. Au détour d’une phrase, on rencontre Baudelaire
(« ces monstres disloqués, qui furent jadis des
femmes »), Aragon (« Toi qui ne crois plus
au ciel »), Verlaine (« L’automne jusque-là
inconnu violonne ses sanglots par intermittence blessant ton coeur
d’une langueur plus que monotone ») ou Verhaeren
(« cette ville tentaculaire »)... Il glisse
même, en exergue à ses textes, des extraits d’écrivains
passés ou présents. La poésie berce ses phrases
: « Le mystère de ton regard où se sont
donné rendez-vous tous les soleils de la nuit noire
». Son écriture pare le réel de mille reflets
esthétiques (« De temps à autre de brefs
reflets de soleil miroitent sur l’eau lui donnant une belle
couleur argentée. Une embarcation à aubes sortie d’un
vieux conte du Mississippi y glisse lentement »), mime
le flux du cheminement de la pensée, l’éclatement
des sensations, en supprimant ponctuation et majuscules : «
Je ne reviendrai plus à brodwy manhattan ne sera plus
pour moi qu’un quartier exotique aux rêves vertigineux
on n’y voit que des vies de béton et des pas toujours
pressés mélange enchevêtré de chaud et
de froid au mitan de l’été.... »
Et ici ou là, le texte déraille parfois se heurtant
à une expression ou à un mot familier (« Les
femmes bandent par l’oreille, frère »),
à un jeu de mots : « Mantes qui n’était
pas toujours jolie », clins d’oeil espiègles
au lecteur.
C’est encore avec plaisir que le lecteur retrouve ici les
multiples facettes de l’écriture de Louis-Philippe
Dalembert où les frontières entre la poésie,
la prose, l’oral, l’écrit s’estompent.
Le lecteur aime à reconnaître, dans ces textes éclatés,
les idées, la personnalité, la culture de l’écrivain
derrière les fantasmes des personnages. Les créatures
mènent au créateur.
Annie
Forest-Abou Mansour
(novembre 2007)
Annie
Forest-Abou Mansour, professeur certifié,
docteur ès lettres, est passionnée de littérature,
de critique littéraire, de cinéma et de théâtre.

du
même auteur
L’île
du bout des rêves Le Serpent à
plumes, Collection motifs, 2007
Rue du Faubourg
Saint-Denis - Editions du Rocher, 2005
Les dieux voyagent la nuit
- Le Rocher, 2006
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