|
Tout ignorer
du vaudou quand on est natif de Port-au-Prince apparaît comme
une fâcheuse lacune au narrateur de ce nouveau roman de Louis-Philippe
Dalembert, après Rue
du Faubourg Saint-Denis. Pour
remédier à cette tare qui le constitue en «
nègre masqué », il assiste en spectateur
à une cérémonie vodou en compagnie de son amie
Caroline. Cet événement le replonge alors dans l’univers
magique et tabouisé de son enfance, espace à partir
duquel se déploient les souvenirs d’une vie innocente
nourrie de légendes et de superstitions. A partir de ce moment-là,
Louis-Philippe Dalembert fait alterner les voix de l’enfant
et de l’adulte.
L’enfant s’exprime facétieusement au fil des
pages, plein de tendresse pour sa « grannie »
qui l’a élevé avec amour, mais aussi sévérité
afin de l’éloigner des « sataneries
». Le garçonnet emporte avec humour le lecteur dans
un univers créole aux interdits religieux multiples et mystérieux.
La verve de l’écrivain opposée à tout
classicisme confère vie et dynamisme au texte. Les métaphores
innovantes et concrètes entraînent le lecteur dans
la vie merveilleuse et « fantaisiste » de l’enfant
(« Le crépuscule pointe à peine le bout
du nez. Encore quelques minutes, et il s’abattra sur la ville.
Zac ! », « ...le passé simple du verbe clore,
qui te donne une pelote entière de fil à retordre
en classe... »). L’adulte, lui, se décèle
à son recul, à ses clins d’oeil malicieux au
lecteur (Port-aux-Crasses pour Port-au-Prince) et surtout
à sa poésie. Chaque paragraphe initial de chapitre
fait entendre le lyrisme poétique de ce dernier, amoureux
de Caroline : « Une chanson douce à frémir
la chair du temps ». Au tempo allègre de l’enfant
répond la voix de l’adulte, langoureuse et sensuelle.
|
L’écriture
musicale et rythmée de Louis-Philippe Dalembert séduit
le lecteur. Cependant l’idéologie implicite
l’interpelle davantage. Ce livre prouve aussi qu’appartenir
à une culture plurielle est une richesse incommensurable
qui peut se vivre sans heurt et sans problème. Il
n’y a rien de plus beau qu’être un citoyen
du monde.
Annie
Forest-Abou Mansour
(août 2006)
|
Annie
Forest-Abou Mansour, professeur certifié,
docteur ès lettres, est passionnée de littérature,
de critique littéraire, de cinéma et de théâtre.

Louis-Philippe
Dalembert est né en Haïti en 1962. Il partage sa vie
aujourd'hui entre Paris et Rome. Poète, nouvelliste et romancier,
il a publié en 2003 L'île au bout des rêves.
http://homepage.mac.com/chemla/fic_doc/dalemb_faub01.html
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/dalembert.html
http://www.fl.ulaval.ca/cuentos/dalembert.htm
|