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Quand
l'humour l'emporte.
Le style truculent,
familier et coloré de Louis-Philippe Dalembert introduit
le lecteur dans l’univers mental de Jean, un jeune noir qui
regarde « le journal de TG1 » ou de «
Gaule 2 », écoute « Gaule Inter »
et dont le copain Djibril lit Le Globe Diplo …Cette
langue d’adolescent, avec son style oral, son lexique argotique
(« les keums », « la meuf ») ou phonétique,
(monsieur Kahn, par exemple, « c’est un nanar »),
ses constructions syntaxiques audacieuses (« Elles tirent
la tronche et ont pas envie de tchatcher gratos avec un préado
») donnent un tempo très rythmé et dynamique
au texte. La langue du narrateur, proche de celle de Louis-Ferdinand
Céline, crée un lyrisme d’un genre nouveau soucieux
de décrire un réel parfois sordide et souvent difficile
à vivre pour les plus démunis : ceux qui sont étrangers
(« Djibril qu’a des diplômes en veux-tu en
voilà, ingénieur, doctorat et tout le toutim, mais
c’est pâtissier algérien qu’il fait »)
isolés ou simplement âgés.
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Malgré
une triste histoire , la prise de conscience de la mort
par un enfant avec la fin solitaire de « Ma’ame
Bouchereau », l’humour l’emporte toujours
avec les nombreux clins d’œil au lecteur ; littéraires
:« Vous hypocrite lecteur. Je ne sais plus où
j’ai chopé ça. Faut pas croire que je
visionne seulement les films à la téloche.
A force de me refiler leurs bouquins, ils m’ont changé
accro aussi à la lecture… Y a aussi le Polonais
rital. Qui c’est ? Le poilu celui qui s’est
ramassé un obus sur le crâne et qu’a
la tête bandée sur la photo. A cause de lui,
une fois j’ai gazé jusqu’au pont Mirabeau...»
; religieux « Comme ce type de la Bible qu’a
bazardé son droit d’aînesse pour une
assiette de lentilles » ou politiques lorsque
Jean évoque le « borgne ».
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Le lecteur,
partagé entre le sourire et l’émotion, suit
avec gourmandise le rythme alerte des pensées de Jean. L’oral
pénètre l’écrit à tel point qu’il
croit voir le texte s’écrire sous ses yeux. Pourtant
en même temps, il goûte un discours très construit
et très travaillé.
Un livre à lire pour le plaisir mais aussi pour réfléchir
dans une France où la démocratie, en ce moment, telle
une vieille femme, devient frileuse et s’essouffle.
Annie
Forest-Abou Mansour
(novembre 2005)
Annie
Forest-Abou Mansour, professeur certifié,
docteur ès lettres, est passionnée de littérature,
de critique littéraire, de cinéma et de théâtre.

Louis-Philippe
Dalembert est né en Haïti en 1962. Il partage sa vie
aujourd'hui entre Paris et Rome. Poète, nouvelliste et romancier,
il a publié en 2003 L'île au bout des rêves.
http://homepage.mac.com/chemla/fic_doc/dalemb_faub01.html
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/dalembert.html
http://www.fl.ulaval.ca/cuentos/dalembert.htm
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