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Joli
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Cet
excellent (dans tous les sens du terme ?) numéro de la revue
Dada propose quelques pistes de réflexion non-exhaustives
et élève la gourmandise au rang d'esthétique
- un numéro que l'on rapprochera sans peine d'une récente
parution de La pensée
de Midi (La cuisine, un gai savoir).
La gourmandise requiert des qualités qui se travaillent :
curiosité insatiable, largesse d’esprit et goût
immodéré pour la nouveauté. La définition
que propose ce numéro de Dada, et à laquelle nous
souscrivons, dépasse le cadre moralisateur et culpabilisant
dans lequel la religion enfermait (sans raison apparente...) la
gourmandise ; elle n’est ni un péché, ni un
vice, bien au contraire : elle se cultive et fait appel autant aux
sens qu’à l’esprit ; c’est Jean
Poderos, rédacteur en chef de Dada, qui l’affirme
: « la gourmandise de l’esprit est une saine curiosité
; la curiosité alimentaire est une gourmandise nécessaire
! » Ainsi, vouloir bien vivre n’est plus une faute
et l’est encore moins lorsque l’on nourrit aussi son
intellect – à condition, bien entendu, de se faire
plaisir !
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Les
nombreuses rubriques de la revue accommodent la gourmandise
à toutes les sauces et abordent la notion sous des
angles différents mais toujours complémentaires
; Gilles Stassart s’intéresse au relativisme
culturel (l’éducation aux goûts est subordonnée
aux habitudes alimentaires de chaque civilisation) : «
nous rejetons ce que nous ignorons, ce qui nous dérange
», écrit-il judicieusement… Une occasion
de plus de s’ouvrir aux autres cultures et de découvrir
de nouvelles saveurs (pourquoi pas quelques insectes grillés,
ou le durian, un fruit asiatique réputé pour
son parfum qui écœure tant les occidentaux –
«une forte odeur d’excrément»
– tandis que d’autres aiment déguster le
fromage bien coulant…). |
Plus
loin, Annabelle Gugnon signe un amusant récit dans lequel
une petite fille s’engouffre dans un rêve merveilleux,
qui lui ouvre les portes de la connaissance : un voyage sur la machine
volante de Léonard de Vinci, un détour dans les carnets
orientaux de Delacroix, une balade en compagnie de deux marcheurs
célèbres (l’un de Rodin, l’autre de Giacometti)…
Une leçon onirique à appliquer dans le réel,
pour devenir gourmand «de livres et d’idées»
et grandir mieux.
Puis viennent plusieurs analyses qui examinent les prodigieuses
rencontres des arts culinaires et de l’art tout court : une
visite guidée à travers les toiles de grands peintres
(de l’antiquité à Picasso), juxtaposée
à un parcours contemporain (du pop art au Eat art —
voir la galerie Fraîch’Attitude,
Paris) ; de même, une escapade dans quelques textes littéraires
choisis pour leur manière d’explorer les goûts
(de Queneau à Plutarque), de petits travaux manuels (tel
l’autoportrait du gourmand) et un glossaire dédié
aux gourmands incitent le lecteur à aller plus en avant dans
ses explorations. Des illustrations et des photographies habilement
sélectionnées parsèment la revue et en font
un véritable mets de choix, à déguster en famille...
Blandine
Longre
(novembre 2004)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.editions-mango.com/
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