Jamie Cullum
pointless nostalgic
Candid 2004

Jacqui Dankworth
as the sun shines down on me
Candid 2004

 


Jeunes vocalistes réunis par la firme britannique Candid, ils diffèrent autant par le répertoire que par le traitement vocal : résolument « jazz » pour Jamie, délibérément « jazzy » pour Jacqui, tous les deux parfaits dans leur genre.

Jamie Cullum
Voici donc le deuxième disque de ce jeune chanteur et pianiste (le premier fut auto-produit) ; le troisième, Twenty Something (mentionné dans la chronique consacrée à sa compatriote Stacey Kent en février) fut gratifié d’un injuste et désobligeant « bof » dans les colonnes d’une revue sur papier se prétendant « le journal de tous les jazz » ( ! ). Celui-ci, Inutilement Nostalgique, sera vendu à 500 000 exemplaires, chiffre faramineux pour un disque de jazz mais par là même suspect pour le goût de certains commentateurs. Evitons les comparaisons un peu hâtives telles que « ersatz de Sinatra » ou « clone de Harry Connick Jr » quand on n’a pas grand chose à dire ; car peut-on juger la carrière débutante de ce jeune homme (il a aujourd’hui vingt-trois ans) au palmarès de ces vedettes confirmées ?

Avec un beau grain de voix, cet excellent pianiste, compositeur subtil et arrangeur habile, sait choisir son répertoire (les standards indémodables de I Can’t Get Starded au Well You Needn’t de Thelonious Monk en passant par le peu connu High And Dry) et ses musiciens. Il termine son disque par une composition personnelle, I Want to be A Popstar… souhaitons qu’il réalise son rêve… en espérant qu’il sache éviter compromissions et écueils pour atteindre son but…

 

Jacqui Dankworth
Pratiquement inconnue en France, cette fille du saxophoniste, chef d’orchestre et compositeur Johnny Dankworth (il connut le succès dans les années 50-60) et de la vocaliste Cleo Laine (elle chanta aux côtés de Ray Charles dans Porgy and Bess en 1976) fut d’abord comédienne avant de devenir chanteuse, d’abord dans le quintette de son frère, le bassiste Alec Dankworth, puis l’interprète de nouveaux arrangements des compositions de Gershwin avec le grand orchestre de la BBC, et de se produire avec différentes formations dans divers contextes.

Dans cet album (le suivant, intitulé Time Takes It Time a été réalisé en avril de cette année) Jacki a choisi un répertoire éclectique qui la présente sous des aspects variés mais révélateurs de ses influences : Joni Mitchell (Man From Mars), Stevie Wonder (Knocks Me Off My Feet), Bob Dylan (I Threw It All way), Michel Legrand (You Must Believe In Spring) ou Duke Ellington pour une très sensible version de In A Sentimental Mood.

De sa voix claire que l’on peut situer entre Norah Jones et Cassandra Wilson, elle représente une de ces vocalistes faisant fi des classifications arbitraires, des genres formatés. Souhaitons que ce créneau trouve grâce auprès des amateurs de musique…Elle le mérite.

Jacques Chesnel
(mai 2004)

Jacques Chesnel est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

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