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Poésie gastronomique ou gastronomie poétique,
c’est selon…
Les éditions
des Carnets du Dessert de Lune fêtent leur première
décennie cette année et, pour l’occasion, publient
un livre de recettes atypique et « révolutionnaire
» (dixit Jean-Pierre Jacquemin dans ses « Pré-fastes
»…), livre inclassable dont on admirera le caractère
profondément ludique et fantaisiste, quel que soit l’état
de sa dentition… Car La cuisine molle concoctée
par Michel Dehoux et Jean-pierre Jacquemin n’est pas réservée
aux seuls édentés (clin d’oeil humoristique
et teinté d’ironie plutôt que parti pris réducteur)
et les plats proposés (on va voir comment) plairont indubitablement
aux palais et aux esprits dotés d’une once de sens
de l’humour… Ne vous laissez pas rebuter par le spectacle
qu’offre le goûteur dessiné par Jean-Denis Pendanx
et qui fait la une de l’ouvrage (d'autres illustrations vont
suivre) – il faut ouvrir ce livre pour saisir l'ampleur de
la farce.
S’il est question de gastronomie, il ne s’agit pas,
toutefois, de l’un de ces innombrables ouvrages composés
de « fiches cuisine » énumérant ennuyeusement
les ingrédients, indiquant les gestes mécaniques à
accomplir – proposant des plats savoureux peut-être
(encore faudrait-il qu'on nous donne l’envie de les préparer)
mais manquant assurément de poésie…
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Et
c’est en cela que cet opuscule réjouissant est
digne de représenter la maison d’édition,
en rendant indirectement hommage au parcours poétique,
à la créativité langagière, à
l’insolite et/ou à la cocasserie des parutions
présentes et passées (on se souvient entre autres
de L’ode à la mouche
d’Odile Bonneel, ou des aphorismes de Pierre Autin-Grenier,
Le poète pisse
dans son violon) : ainsi, on lira ces recettes (glanées
dans le monde entier, de l’Afrique à la Provence,
de la Roumanie à l’Espagne, ou bien tout droit
sorties du cerveau fumant du chef) avec bonheur, entre étonnement
et amusement agacé, quand les auteurs mettent notre patience
à l’épreuve avec une recette mots-croisés
intitulée « 1 horizontal de 2 vertical, sauce
à la 6 vertical » ou qu'il nous faut décrypter
un « exercice d’orthophonie à l’usage
d’édentés bègues »…
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Ailleurs, la
« porra antequerana » est présentée
sous forme de nouvelle (une belle histoire de revanche conjugale),
le « Civet de lièvre ci-devant » est
l’occasion de quelques piques envoyées aux chasseurs
et le « Camembert dans sa boîte en bois »
fait l’objet de deux textes, selon que l’on a les moyens
de partir en vacances ou non… (dans le même esprit,
les auteurs sont régulièrement soucieux, et on les
en remercie, de proposer des variantes selon l'état de notre
compte en banque). Mais n’imaginons pas que toute cette débauche
de moyens langagiers et d’astuces culinaires est gratuite
(même si certains jeux de mots le sont !) : chaque plat est
parfaitement réalisable (faites donc l’essai avec,
pour commencer, des plats simples à réaliser, les
rillettes de cabillaud ou la terrine de fraises bâtisseur…)
et la familiarité des auteurs, teintée d'insolence
taquine, met immédiatement à l’aise, quels que
soient les talents de cuisinier du lecteur.
Blandine
Longre
(octobre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.


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Entretien
avec Jean-louis Massot, éditeur & fondateur
des Carnets du Dessert de Lune.
Les
Carnets du Dessert de Lune, maison établie à
Bruxelles,
fêtent cette année leur dixième anniversaire
; l'occasion pour nous de revenir sur cette aventure éditoriale
qui fait la part belle à la poésie ou à
des ouvrages hautement atypiques, comme La cuisine molle pour
édentés, et d'en apprendre un peu plus sur les
projets en cours, dont un ouvrage collectif (pas moins de
46 auteurs !) "Carnet d’un Dessert de Lune à
46 pieds au-dessus du niveau de la mer du Nord", une
exposition à la Maison du Livre de Bruxelles, et un
site internet en ligne depuis peu...
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Comment
et dans quelles conditions sont nées les éditions
des Carnets du Dessert de Lune ?
Les
éditions sont nées du désir de continuer
l’aventure éditoriale d’un ami, Antonello
Palumbo, décédé inopinément et
avec qui était né le projet d’associer
sa maison d’édition existante L’horizon
Vertical et la mienne qui n’avait pas encore de nom.
Le
nom choisi pour la maison a-t-il une histoire ?
C’est une question que l’on me pose souvent et
à laquelle je n’ai pas réussi à
apporter une réponse qui me convienne. Peut-être
que cela à rapport avec l’odeur des croissants
de mon enfance...
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Vos
souvenirs des premiers titres parus en 1995 ?
Le premier livre que j’ai publié était un recueil
de critiques de cinéma écrit par Antonello Palumbo,
décédé quelques mois plus tôt. J’ai
publié en même temps un recueil de poésie de
Michel Bourçon qui devait paraître à L’horizon
Vertical et un recueil de poésie et de dessins (le premier
qui associait les deux genres) de Gérard Sendrey, peintre
de l’Art Brut que j’ai découvert grâce
à la revue Décharge, et avec qui j’ai
établi une relation de complicité et de partage puisqu’il
a illustré pratiquement tous les recueils que j’ai
publié en tant qu’auteur.
Quel
est selon vous le rôle d’un éditeur ? Comment
effectuez-vous vos choix ?
Un éditeur doit être le passeur de ses propres plaisirs
de lecture. On ne peut faire découvrir et partager que ce
que l’on aime. Que les auteurs soient connus ou inconnus,
cela n’a pas d’importance.
D’abord, il y a les auteurs que je sollicite. Ceux qui connaissent
Les Carnets pour en avoir lu quelques-uns et qui me sollicitent
en connaissance de cause. Puis il y a les très nombreux manuscrits
envoyés par la poste (plus de 200 par an) qui, la plupart
du temps, sont envoyés à l’aveuglette. Je les
consulte tous et parmi eux, il m’est arrivé de découvrir
un auteur comme par exemple Dan Kaminski, François Garnier,
Freddy Malonda, Nicole Goffette, Jean-Marc Flahaut... Malheureusement
cela est très rare.
Quant
au versant diffusion, quand et comment a eu lieu ce tournant ?
Cela a commencé en 1997, j’ai proposé à
quelques libraires à Bruxelles une nouveauté ; un
ami éditeur (Jacques Brémond) qui avait publié
le même auteur m’a demandé de présenter
quelques-uns de ses livres. J’ai réalisé que
cela intéressait des libraires. Jacques Brémond m’a
mis en contact avec d’autres éditeurs, qui eux-mêmes,
etc. etc.
Pour
en venir à La cuisine molle pour édentés
: pourquoi l’avoir choisi pour cet anniversaire ?
L’un
des auteurs, Michel Dehoux, tient un restaurant à deux pas
de chez moi, où je vais souvent manger. Sachant que je suis
éditeur, il m’a présenté, avec son complice
Jean-Pierre Jacquemin, son projet de livre. Je trouvais que cette
association entre littérature, cuisine, humour nonsense,
(il en faut pour être éditeur), était un bon
cocktail pour inaugurer cette année 2005, année des
dix ans des Carnets.
Avez-vous
essayé quelques recettes proposées dans l’ouvrage
?
J’aime
cuisiner quand j’en ai le temps. En plus du plaisir de la
lecture, elles sont très agréables à réaliser.
Les quelques-unes que je me suis essayé à cuisiner
ou que j’ai eu le plaisir de savourer dans le restaurant de
Michel Dehoux sont un vrai régal.

Quand
au bout d’une décennie, 46 auteurs tentent de
percer le mystère du Dessert de Lune inventé
un beau jour de février 1995 et à propos duquel
il y aurait autant de définitions qu’il y a de
moyens de se perdre dans les rues de Venise, cela donne 46
versions très originales. |
Des
ouvrages à paraître et des projets ?
Pour clôturer cette décennie, paraissent en ce
moment cinq recueils parmi lesquels la réédition
en un volume des trois recueils d’Antonello Palumbo
publiés à l’Horizon Vertical, chez Echo
Optique et aux Carnet du Dessert de Lune, et réunis
sous le titre “Carnet d’un poète assis
sur l’horizon” ; un recueil de poésie
de Roger Lahu, “Le décor de l’envers”,
présenté par Jean-Pascal Dubost ; un recueil
de poésie “La fin du chocolat”
d’une auteur lilloise, Fanny Chiarello, qui m’a
sollicité par l’intermédiaire de Jean-Marc
Flahaux, un recueil de poésie “Elle(s) si
tant est que” d’Amandine Marembert ; enfin,
un recueil collectif auquel ont collaboré tous les
auteurs des carnets à qui j’avais demandé
d’écrire à partir des mots « dessert
de lune ». Le tout est réuni sous le titre de
“Carnet d’un Dessert de Lune à 46 pieds
au-dessus du niveau de la mer du Nord” et est illustré
par 4 peintres proches de la mouvance de l’Art Brut.
Ce recueil fera l’objet d’un spectacle lecture
qui sera présenté lors d’une soirée
anniversaire, le 10 décembre à la Maison du
Livre à Bruxelles.
propos
recueillis par B. Longre
(nov.
2005)
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Soirée
anniversaire, le 10 décembre à la Maison du Livre
à Bruxelles.
3 comédiens,
une comédienne, un jongleur et un pianiste de jazz mettront
en scène des extraits de l'ouvrage collectif "Carnet
d’un Dessert de Lune à 46 pieds au-dessus du niveau
de la mer du Nord”.
Une exposition présentant la plupart des oeuvres originales
ayant illustré les couvertures des Carnets se tiendra dans
le même lieu du 10 au 31 décembre.
pour
en savoir plus sur cette soirée, rendez-vous sur le site
de la maison du livre www.lamaisondulivre.be
et sur le site récemment créé des Carnets du
Dessert de Lune www.dessertdelune.be
Editions
Les Carnets du Dessert de Lune
30 rue Longue-Vie
1050 Bruxelles, Belgique
dessertdelune@skynet.be

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