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Toute
humanité gardée
The
Seven Days of Peter Crumb a l’ambition de remonter
aux origines du mal et de la noirceur humaine, ici incarnée
par un anti-héros dont la schizophrénie s’inscrit
dans le texte lui-même. Des bribes d’humanité
subsistent pourtant dans le parcours chaotique (sur sept journées,
on l’aura compris) de Peter Crumb – dont on notera le
patronyme, qui évoque automatiquement, en anglais, l’émiettement
et la désagrégation, l’idée d’un
morcellement en lien direct avec la dualité qui l’habite.
Car avant d’être un individu à la merci de pulsions
meurtrières (avec lesquelles on fera connaissance dans le
détail), Peter est aussi un homme en souffrance, pathétique
et désespéré, dont les crimes sont gratuits
mais indispensables à l’évolution du récit.
Le roman n’est pas ici un grand défouloir complaisant
(comme pourraient le paraître certains romans d’Irvine
Welsh ou American Psycho de Brett Easton Ellis) et même
si quelques passages sembleront insoutenables à certains
lecteurs, autant dire qu’on a vu pire… Car chaque épisode
durant lequel la folie l’emporte sur la raison s’explique
et les égarements de Peter s’apparentent à des
passages à l’acte inévitables. Par ailleurs,
sur le plan narratif, la dérive existentielle du héros
est contrôlée, soutenue par une trame ultra construite,
étayée par des rebondissements soigneusement préparés
et une écriture qui parvient à donner l’illusion
d’un discours intérieur obsessionnel crédible,
en total accord avec le personnage. Brutalité et compassion,
horreur et mélancolie se côtoient et s’entrecroisent
sans répit, à l’image de Peter Crumb, qui ne
cesse de changer de masque et de se désolidariser ou non
de l’espèce humaine, dont il parle souvent dans des
termes peu flatteurs.
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La
plongée dans cet univers mental terrifiant n’est
pas un éloge de la folie mais permet d’illustrer
la nature fluctuante du bien et du mal, des notions qui
se posent ici en termes relatifs.
La lecture n’est pas de tout repos, il faut l’avouer
(même si le roman s’avale d’une traite)
mais reste fortement conseillée, car elle permet
de se confronter à ses propres démons et errances,
et de faire connaissance avec une construction littéraire
qui exerce à la fois de la fascination, de la répulsion,
mais qui met aussi à l’épreuve notre
aptitude à l’empathie.
Blandine
Longre
(mai 2007)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

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