Tome1 Les canons du 18 mars
(Casterman, octobre 2001)

Tome 2 L'espoir assassiné
(Casterman, octobre 2002)

Tome 3 Les heures sanglantes
(Casterman, octobre 2002)

Le cri du peuple d'après
le roman de J. Vautrin (1999)

 

La commune est morte, vive la commune !

Ce troisième tome militant débute sur un extrait de La semaine sanglante de Jean-Baptiste Clément, un chant qui appelle à la revanche, après l’inévitable répression orchestrée par « le sinistre chien de guerre d’Adolphe Thiers », le cruel général Galliffet, contre le peuple de Paris. Ce tome que l’on pensait être le dernier s’ouvre le 20 mai 1871 et s’achève le 24 mai, quelques journées si mémorables et qui regorgent de tant d’événements que les auteurs ont préféré étaler ce volet de la semaine sanglante sur deux ouvrages. On retrouve là ceux que l’on avait abandonnés à leur sort incertain il y a plusieurs mois (Hippolyte Barthélemy, Ziquet, Horace Grondin, toujours à la recherche de Tarpagnan, lui-même espérant retrouver Caf’Conc), l’argot imagé du peuple, les barricades et les troupes versaillaises qui avancent. Tandis que le sinistre Hippolyte fait avouer son passé de bagnard à Grondin (un drôle de Jean Valjean !) les batailles s’intensifient et la Commune va lentement mais sûrement à la tragédie, l’auteur mettant l’accent sur l’inorganisation et l’amateurisme des communards, comme si les idéaux ne pouvaient suffire pour crier victoire...
Ce troisième album n’a rien à envier aux précédents et l’on retrouve là les mêmes qualités narratives et graphiques que dans Les canons du 18 mars et L’espoir assassiné : une adaptation faisant déjà figure de chef-d’œuvre, en ce début de siècle qui a bien besoin de renouveler ses idéaux.

B. Longre
(octobre 2003)

 

 

 

 


Tome 2 : L'espoir assassiné

Le deuxième épisode de la déjà célèbre rétrospective historique est enfin sorti, un an après la publication du tome 1, Les canons du 18 mars (Alphart du public et Alphart du dessin à Angoulême en janvier 2002). Là, la fureur joyeuse fait place peu à peu au désespoir, alors que les Versaillais attaquent pour de bon les révoltés ; certains sentent que la fin est proche : "Vous croyez qu'on va y laisser notre peau, M'sieur Théophile ?" demande Guillaume, le petit soldat. "Guillotinés ou fusillés au choix, ce sera notre seul recours" répond Théophile Mirecourt, le photographe du peuple.

La fresque communarde de Tardi/Vautrin mêle Histoire et romance (Tarpagnan est à la recherche de Caf'Conc, la prostituée révoltée contre son patron La Joncaille), mais aussi magouilles et mauvais coup de toutes sortes, perpétrés par une marée humaine de personnages gouailleurs qui vivotent, des canailles qui côtoient des hommes au grand coeur, des soldats qui se sont ralliés à la Commune, des forains et leurs "monstres", un vieux chiffonnier qui a recueilli Grondin et tente de le voler, tandis que ce dernier rêve toujours d'assassiner Tarpagnan...

Le cri du peuple, oeuvre humaniste par excellence, débute par une citation d'Eugène Varlin (un communard convaincu, fusillé en mai 1871) qui pourrait s'appliquer à toute cause libertaire et égalitaire : "Tant qu'un homme pourra mourir de faim à la porte d'un palais où tout regorge, il n'y aura rien de stable dans les institutions humaines". Comme Vautin l'écrit si bien, la Commune est "gueuse", à l'image des prostituées qui peuplent cette bande dessinée, ou de ces ouvriers qui rêve de jours meilleurs.
Pourtant, il manque de la couleur à cette adaptation, une couleur qui donnerait davantage de piquant au langage peu châtié et argotique, mais si drôle, de pittoresques personnages. Ajoutons aussi qu'adapter un roman aussi foisonnant pour la bande dessinée est une tâche délicate, qui demande de synthétiser les multiples aventures et la pléthore de personnages ; car parfois on s'y perd un peu, mais l'esprit communard et anarchique de cette révolution ratée imprègne à merveille ce deuxième tome. Dans l'attente du troisième et dernier épisode, Les heures sanglantes, dont la parution est prévue pour 2003...

B. Longre
(octobre 2002)

 

 

 

Tome 1 : Les canons du 18 mars
(Alphart du public et Alphart du dessin à Angoulême, janvier 2002)

En adaptant Le cri du peuple de Jean Vautrin en bande-dessinée, Jacques Tardi s'est attaqué à un "gros morceau" : chronologiquement parlant, la Commune n'est qu'un épisode de plus de l'histoire parisienne, mais sa valeur et sa portée symboliques en font toutefois un événement historique marquant. Le dessinateur reprend donc le flambeau de Vautrin, dont le roman, selon Tardi, "est plutôt un polar qui se déroule pendant les deux mois et demi de la Commune", mais qui s'attache pourtant à préserver la réalité historique ; dans le même temps, il rend hommage au petit peuple qui a combattu les "Versaillais" (menés par "Foutriquet", "l'infâme vieillard", c'est à dire Thiers, Président du Conseil) et à une épopée souvent occultée par les livres d'histoire.
Résumons donc : ce dernier ouvrage est tout à la fois un roman historique, un policier, l'habile mise en images d'une grande fresque populaire, et par là, un outil de vulgarisation intelligent.
Mais n'hésitons pas à le dire, Le cri du peuple est aussi une oeuvre politique sous-tendue par le "libertarisme" des auteurs et leur foi en l'utopie révolutionnaire ; en ce sens, la lutte des communards est exemplaire : renverser un pouvoir conservateur, une assemblée à majorité monarchiste, évacuer toutes les frustrations engendrées par la défaite de 1870 contre les Prussiens ; puis proposer une véritable république, proclamée le 28 mars 1871, dix jours après que les soldats se sont ralliés à la cause du peuple et que le gouvernement s'est enfui à Versailles. Un combat pour la liberté, qui s'achèvera tragiquement dans le sang, le 28 mai, après 8 jours de luttes sur les barricades...
Dans ce premier tome, Tardi retrace quelques journées de la mi-mars : on croise l'institutrice Louise Michel, le peintre Courbet et Jules Vallès (dont la large contribution au Cri du peuple fait de ce journal un impressionnant succès pour l'époque), mais le récit se concentre d'abord sur quelques personnages moins connus ou librement imaginés, comme le capitaine Tarpagnan, déserteur rêvant de journalisme, Gabriella Pucci, la prostituée gouailleuse assoiffée de liberté, le notaire Grondin, qui rumine sa vengeance contre le capitaine ou encore Fil-de-fer, serrurier-cambrioleur : une galerie qui anime la démonstration historique et lui donne ainsi une dimension humaine, fougueuse et tragique.
Un seul regret peut-être : qu'il faille patienter plusieurs mois entre la publication de chacun des tomes (le deuxième épisode s'intitulera L'espoir assassiné), même si l'on peut arguer que la trilogie emprunte ainsi à un procédé très prisé au XIXe siècle, tant par Dickens que par Hugo, le roman-feuilleton...

B.Longre
(novembre 2001)


Tardi
http://www.casterman.com/adele/index.htm
http://www.actustar.com/biographies/tardijacques.html
http://www.lordweb.com/medias/tardy.htm

Vautrin
http://www.casterman.com/catalogue/auteur.asp?auteur=VAUTRIN
http://www.humanite.presse.fr/journal/99/99-03/99-03-12/99-03-12-026.html

La Commune
http://revoltes.free.fr/article.php?id_article=20
http://www.lariposte.com/14/eugene_varlin.html
http://lcr94.free.fr/Multimedia/Commune_de_Paris.htm
http://perso.club-internet.fr/lacomune/pages/parent.html
http://www.library.northwestern.edu/spec/siege/
http://www.chez.com/durru/lmichel/lacommune.htm