1/ Next Best Western (Chris Potter) 2/ Morning Bell (Radiohead)
3/ Nudnik (Chris Potter) 4/ Lotus Blossom (Billy Strayhorn)
5/ Big Top (Chris Potter) 6/ The Wheel (Chris Potter) 7/ Celestial
Nomad (Chris Potter) 8/ Underground (Chris Potter) 9/ Yesterday
(Lennon-McCartney)
enregistré en studio à Brooklyn en 2005
Formation
:
Chris Potter : saxophone ténor ; Wayne Krantz : guitare
; Craig Taborn : fender rhodes ; Nate Smith : batterie et Adam
Rodgers : guitare additionnelle sur The wheel et Yesterday
Le disque
s'ouvre sur Next Best Western. Sous la frappe sans
failles de la batterie de Nate Smith et les saturations de la
guitare de Wayne Krantz, le saxophoniste dessine des volutes
agiles. Le ton est donné cet album se veut nettement
plus "rock'n'roll"(?) que les dernières publications
de cet as du saxophone !
Mais il ne faudrait pas considérer hâtivement Underground
comme la dérive d'un jazzman en quête d'un son
dans l'air du temps : groovy, funky etc.. Il aurait sans doute
alors opté pour l'électro : boîtes à
rythmes, machines et tutti quanti. Or cette formation mise sur
la simplicité avec une instrumentation certes "électrique"
mais sobre et sans recherche d'effets superflus : de la musique
qui vit et vibre, avant toute chose.
Chris Potter serait-il en train de se chercher de nouveaux espaces
d'expression ? Son costume de "brillant saxophoniste de
jazz" serait-il un peu étriqué ? N'est-ce
pas, d'ailleurs, une fausse image que l'on aurait de lui ?
 |
Première
étape de cette nouvelle construction, déstabiliser
les bases pour sortir de la banalité. A l'image
des quartets de Tony Hymas ou Joshua Redman, il opte pour
un groupe sans bassiste, préférant s'appuyer
sur la densité du maillage rythmique et harmonique
que tissent Nate Smith, époustouflant dans ce contexe
binaire, et Craig Taborn qui assure à la main gauche
de redoutables lignes de basse sur le Fender Rhodes. Ajoutons
à cela la guitare de l'excellent Wayne Krantz qui
se centre sur l'harmonie essentiellement, privilégiant
le jeu en arpèges. |
La cohésion
de l'ensemble est impressionnante : mise en place, complémentarité
des voix, équilibre. On pourra écouter attentivement
la manière dont les quatre se complètent dans
Nudnik, composition de Potter qui précède
une interprétation étonnante du Lotus Blossom
de Billy Strayhorn où le saxophoniste prend plaisir à
jouer la mélodie dans un registre médium avec
un délié savoureux et les ornements des cymbales
de Nate Smith.
S'il semble s'amuser dans ce contexte "électrique",
Chris Potter n'en reste pas moins fidèle à son
enracinement dans le jazz et l'histoire du saxophone. Il garde
là tout le respect de ses maîtres auxquels il avait
si bien rendu hommage dans un précédent album
(Gratitude - Universal 2001). On pourra cependant regretter
le recours assez schématique et systématique à
une structure en tension/détente, sans doute grisante
pour les musiciens, mais qui peut rendre l'écoute assez
monotone malgré la richesse du matériau. Pour
ne pas passer à côté des qualités
de cet album, il faudra des écoutes attentives et sans
doute partielles.
Indiscutablement, entendre cette formation sur scène
est une clé bien utile pour comprendre sa richesse et
percevoir ses faiblesses, en particulier une densité
qui nuit parfois à la lisibilité des discours
et une pesanteur de la rythmique "groovy" qui peut
lasser (Underground)...
Rien d'étonnant, enfin, à ce que Chris Potter
donne cette nouvelle orientation à son travail : il est
aussi familier de contextes musicaux différents, pop-rock
en particulier. Pour preuve, sa participation au groupe Steely
Dan, aux côtés de Donald Fagen et Walter Becker.
On pourra (ré)écouter, en particulier, ses interventions
remarquables dans l'album Two against nature, paru
en 2000. A l'instar de Brad Mehldau et d'autres, il reprend
dans ce disque une composition du groupe Radiohead, superbe
Morning Bell traité avec une belle autorité
et, de façon moins convaincante, le Yesterday
de Lennon et McCartney, désormais un standard.
Voilà donc un disque qui, s'il ne fait pas l'unanimité,
contient assez de promesses et de potentiel pour permettre à
Chris Potter d'explorer des voies nouvelles sans perdre son
âme et en contribuant à sa manière au devenir
du jazz.
Thierry
Giard
(avril 2006)
Thierry
Giard,
professeur des écoles et conseiller pédagogique,
est passionné de jazz depuis plus de trente ans. Il est
à l'origine du festival Jazz
sous les Pommiers de Coutances (Manche) pour lequel
il a oeuvré jusqu'en 1991. Il est le président
de l'association CultureJazz et responsable
de la rédaction du site www.culturejazz.net
créé en 2003.

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