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En
Jévrière, fais ce qu’il te plaire
Un Ponti nouveau,
qui n’est pas qu’un nouveau Ponti, pour les amateurs
et les autres. Un vrai almanach, comme les vrais ! Vous croyez avoir
entre les mains un inédit, une nouveauté, en fait
(le discours éditorial en fait foi), c’est le 100e
numéro, d’une livraison fidèle et régulière,
mais en bien bien mieux et mieux que mieux et plus que bien (oyez,
oyez !), moderne et encore plus : « en couleurs vivantes
dans les yeux, avec des pages qui tournent dans les deux sens. Des
pages bien remplies d’informations pratiques pour tous les
jours de la mermaine de chaque mois de toute l’année
et pour la vie. Avec les saisons, les conseils, les estiolites,
les bonnes manières et les mauvaises, les amours de la Plune
et du Grossoleille, les chozafères et les chozapafères.
Aussi avec les remèdes de bonne santé du ça-va-bien
et les raisons du pourquoi des choses ».
On a donc entre les mains un véritable almanach, comme les
vrais, ceux d’avant, où l’on avait besoin de
phases de la lune, de conseils pour planter, agir et ne pas agir,
de leçons de morale – philosophie du pauvre (oh !,
le messager boiteux) – et de vies exemplaires. Tous les savoirs
réunis sans hiérarchie : science, agronomie, climatologie,
astrologie, et avec des moments de rire (ah ! l’almanach Vermot)
et d’édification.
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On
n’en finirait pas de citer, tant tout enchante ici.
Ponti reprend un cadre traditionnel, celui du temps, en
le tordant à sa manière, tordante : chaque
double page présente une semaine. Les semaines sont
des mermaines, chacune avec son chiffre (la 19e est la Schtrampsz
Mermaine) sa particularité pour la croissance de
plantes fantaisistes et animées, ses fêtes
incroyables, ses états d’âme de la Plune
et du Grossoleille (parois « heureux comme une
chanson que personne n’oubliera »), à
suivre comme un feuilleton de bel amour, page après
page. Il y a aussi de vrais feuilletons, désignés
comme tels, et qui se déroulent sur plusieurs mermaines,
comme les histoires de Miozotisse Balaine, celles de Géogra,
fille de Curiosatine Vespouch, qui évoquent aussi
bien « l’autrefois d’hier »
que « l’aujourd’hui de maintenant
» et nous plongent dans les univers particuliers
à Claude Ponti, tout comme les images, typiques de
son style.
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Des bons de
commande, des petites annonces (pour commander des chaussures, un
envoyeur promener de parents), des modes d’emploi (comment
dégraisser des gros mots ? comment dévorer un livre
sans avoir mal au ventre ?), des rubriques « le saviez-vous
? », ou «réfléchissons un peu »
avec des « réponses pour réfléchir »,
preuve que la réponse n’épuise jamais la question.
On imagine que les enseignants désireux de travailler sur
des types «canoniques » sans s’ennuyer ni ennuyer
les élèves y trouveront une mine inépuisable.
Mais l’almanach n’a pas cette vocation scolaire : il
prend la forme du journal intime et se présente comme un
lien très personnel entre son lecteur et un temps individuel,
rattaché à l’imaginaire. Il s’ouvre sur
une malédiction (silhouet-icono-scato) à l’endroit
des étrangers qui le liront et se clôt sur un pacte
de frères de sang : « entre l’Almanach et
toi, ce sera à la vie à la mort, pour toujours, à
jamais ». Poésie de la redondance, chère
à Ponti, qui souligne ici le lien entre le livre aimé
et son lecteur. Oui, cet Almanach pourrait bien être le livre
de chevet des prochaines générations (le format du
livre, maniable, relié solidement comme un livre qui va durer
y invite).
On le leur souhaite, car dès l’entrée du livre,
adressée aux « Lecturineuses, Lecturineurs, Ouroulbouloucks
et Vouzôtres », on sait que tout cela est écrit
contre « la Bête Stiole du malheur »
et « sa sœur Hollalatri Stesse quand elle ne sert
à rien de rien du tout ». Chez Claude Ponti, la
tristesse n’est pas que négative et improductive, c’est
ce qui fait le charme particulier de ses albums. Mais quand elle
l’est, alors… Feu ! et place au jeu, au détournement,
à la joie de la découverte et à l’amour
du détail et des mots. Ici, Ponti se renouvelle magnifiquement,
tout en restant fidèle à son style : explosif, percutant,
rieur.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(février 2008 )
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.ecoledesloisirs.fr
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