François
Couturier (piano), Anja Lechner (violoncelle), Jean-Marc Larché
(saxophone soprano), Jean-Louis Matinier (accordéon)
Enregistré à l’Auditorium Radio Svizzera
de Lugano en décembre 2005
1/
Le Sacrifice. 2/ Crépusculaire. 3/ Nostalghia. 4/ Solaris
I*. 5/ Miroir. 6/ Solaris II*. 7/ Andreï. 8/ Ivan**. 9/
Stalker. 10/ Le temps scellé. 11/ Toliu. 13/ L’éternel
retour.
Compositions de François Couturier sauf * de Couturier/Lechner/Larché
et ** de Couturier/Larché
Musique
inspirée par les films d’Andrei Tarkovski, ses
acteurs favoris et la façon dont le cinéaste joue
des nuances de couleur et de son.
Le Jazz et le Cinéma entretiennent depuis leurs origines
(ils sont nés tous les deux au tout début du XXe
siècle qu’ils auront rythmés de fort différentes
façons) certaines correspondances allant de l’accompagnement
de films muets, puis sous formes « clips » ou courts-métrages…
au « film de jazz » (dont le Jammin’ the
blues de Gjon Mili rest un chef-d’œuvre inégalé),
de la biographie romancée au concert enregistré,
au documentaire, au « portrait » de musicien (notamment
le Bird de Clint Eastwood, les films de Franck Cassenti)…
à l’accommodement entre fiction et jazz dont Ascenseur
pour l’échafaud de Louis Malle avec la musique
de Miles Davis constitue un des archétypes… et
bien d’autres choses encore dont la liste est longue (lire
l’essai de Gilles Mouëllic Jazz et Cinéma
édité par les Cahiers du Cinéma en 2000).
Poignant
hommage d’un musicien à un cinéaste
Pour son
premier disque sous sa signature au catalogue du label ECM (où
il a enregistré trois disques avec le joueur de oud Anouar
Brahem et un en duo avec le violoniste Dominique Pifarély),
François Couturier a choisi de rendre hommage au grand
cinéaste russe Andreï Tarkovsky (1932 – 1986),
réalisateur de sept longs métrages (dont Andreï
Roublev (1969), Solaris (1972), Stalker
(1979), Nostalghia (1983) et Le sacrifice
(1986)), à qui il voue une véritable passion.
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Il
ne s’agissait pas pour le pianiste, pour le compositeur,
de « mettre Tarkovsky en musique » mais bien
de donner à entendre les émotions ressenties
au regard de ses films et ce par l’intermédiaire
de treize pièces dont certaines sont particulièrement
dédiées à des personnalités
célèbres comme le directeur de la photo
Sven Nykvist (Crépusculaire) ou le comédien
Erland Josephson (L’éternel retour). |
A l’écoute
attentive de ces séquences, la question se pose d’emblée
: comment les définir par des mots ? quelle sorte de
musique est-ce donc là ? Musique contemporaine, jazz
de chambre, musique nouvelle ? F.C. répond dans une interview
: "c’est de la musique d’aujourd’hui
dans laquelle la lenteur et le silence ont une grande importance…"
jouée par un ensemble qui n’est ni un quartette
(de jazz) ni un quatuor (de musique de chambre) et qui ne pouvait
que plaire à Manfred Eicher par son exigence et son austère
beauté empreinte (comme les films de Tarkovsky) d’une
évidente spiritualité, se référant
parfois à La passion selon Saint-Mathieu de
J.S .Bach (Le sacrifice et L’éternel
retour), au Stabat Mater de G.B. Pergolese et
à la Sonate n°1 pour violoncelle d’Alfred Schnittke
(1934 – 1998), compositeur russe d’origine allemande.
Il ressort de ces plages une profonde plénitude teintée
de mélancolie mais dénuée de tristesse
: un poème, une ode poignante impeccablement interprétée
et remarquablement enregistrée (le « son ECM »
qui convient si bien ici). On n’a pas souvent l’occasion
d’entendre une musique d’une telle ampleur, d’une
telle rectitude, à l’univers si personnel, loin
du jazz, certes, mais au plus près du principal, de l’essentiel
: la musique.
Jacques
Chesnel
(octobre 2006)
Jacques
Chesnel, membre démissionnaire de l'Académie
du Jazz, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le jazz dont
Le Jazz en quarantaine, 1940-1946 (Isoète) et
Les Grands Créateurs de Jazz avec G.Arnaud (Bordas)
; il a été consultant et auteur pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom.
Peintre, il prépare une rétrospective de 50 années
de peintures inspirées par le Jazz.
www.jazz-chesnel.com

http://www.ecmrecords.com/