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texte
français Jean-Michel Déprats
- Production Théâtre National Populaire – Villeurbanne
avec
Stéphane
Bernard, Roland Bertin, Laurence Besson, Pascal Blivet, Olivier
Borle, Mohamed Brikat, Jeanne Brouaye, Armand Chagot, Jérémie
Chaplain, Philippe Dusigne, Gilles Fisseau, Jacques Giraud, Damien
Gouy, Claude Kœner, Xavier Legrand, David Mambouch, Clément
Morinière, Daniel Pouthier, Loïc Puissant, Jérôme
Quintard, Dimitri Rataud, Alain Rimoux, Bruno Riner, Nada Strancar,
Julien Tiphaine, Samuel Theis, Jacques Vadot, Clémentine
Verdier, Wladimir Yordanoff
19
décembre 2006 à 18 h 30 au TNP
Conversation autour de Coriolan sur le thème
République, démocratie et théâtre
Avec
Régis Debray écrivain, médiologue, Christian
Schiaretti metteur en scène & Gérald Garutti
dramaturge
Réservation
04 78 03 30 00
Notre
chaos politique
Drame politique
d’une stimulante complexité, Coriolan
montre l’ascension puis les revers d’un guerrier invincible
et inflexible, Caïus Martius Coriolan, héros trouble
que Shakespeare oppose à un peuple et à une classe
politique et aristocratique non moins troubles. C’est Wladimir
Yurdanoff, égal dans l’excellence, qui profère
la rage de Coriolan, au centre d’une impressionnante distribution,
Christian Schiaretti rassemblant 30 comédiens, et non des
moins connus (on retrouve ainsi Roland Bertin, Nada Strancar), pour
son Coriolan résolument grand spectacle.
Mise en scène épique et souple de la lutte des classes,
dans un vif souci du texte, baigné de pénombres colorées
comme les affectionne Schiaretti, ce Coriolan
a le rare mérite de détourner le théâtre
de lui-même et de son nombril de vendu, pour le diriger vers
le public et vers le monde réel ; et la pièce de Shakespeare,
tableau vertigineux, chaotique, de l’organisation politique
du monde, épouse à merveille cette cause, tant la
portée de ce drame latin dépasse largement le cadre
de la décadence romaine, et s’offre de plain-pied avec
la décadence contemporaine…
La scène
est vaste, nue, et délabrée, comme la démocratie,
théâtre d’un conflit amer entre un peuple ingouvernable,
une armée incontrôlable, et des politiciens dont l’idéal
semble exclure le peuple : tyrans et démagogues se retrouvent
ainsi dans le même mépris de la populace, qu’ils
la briment, qu’ils l’affament ou qu’ils la manipulent.
À la sournoiserie anté-syndicaliste des tribuns de
la plèbe répond la grasse indifférence des
vieux pontes puissants (la scène hautement significative
de l’acceptation de Coriolan au Consulat – soit le passage
de la guerre à la politique, de l’armée à
l’aritocratie, de Charybde à Scylla – partage
le spectateur entre rire et indignation), et l’éternelle
comédie politique se poursuit, comédie où Coriolan
refuse presque naïvement, dans sa colère, de jouer un
rôle, comédie d’autant plus absurde que, comme
toujours, elle a lieu sur fond de misère populaire.
La pièce
est dure, le spectacle criant, violent, viril enfin : pendant que
les hommes se battent sur le devant de la scène, alors qu’ils
ne flirtent qu’avec l’homosexualité latente des
soldats, la femme, discrète et malheureuse, ne trouve guère
de place, sinon comme brodeuse muette, ou comme mère possessive
et ambitieuse, avant d’émerger comme chantre agenouillé
d’une étrange paix. Tiraillé entre le sang et
le déshonneur, entre la patrie et l’humanité,
entre la fourberie et l’ingratitude de ce monde obscur, par-delà
les camps, les tribus et les hiérarchies, l’Individu
furieusement en guerre contre l’existence se heurte partout
à la même médiocrité d’une seule
et unique nature humaine, tandis que le spectateur doit se résoudre
à comprendre que l’action politique n’est pas
une solution (litote…) aux malheurs et aux aspirations de
l’humanité – et cela d’autant plus lorsque
chaque homme, chaque classe, tire de la médiocrité
générale l’excuse à sa propre médiocrité.
La sagesse ne semble plus affaire ni de pouvoir, ni de société
: la morale de tout un chacun se dilue dans la mêlasse générale,
où la communion des hurlements ne souligne qu’avec
plus de haineuse laideur le drame de l’impossibilité
de vivre à plusieurs.
Nicolas
Cavaillès
(décembre
2006)

http://www.tnp-villeurbanne.com/
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