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Dystopie
à l'anglaise
D'abord, il
serait dommage de confondre Robin Cook, auteur en série de
thrillers médicaux de piètre qualité et Robin
Cook (1931-1994), plus connu sous le nom de plume de Raymond Derek.
Ce dernier, issu de la bourgeoisie britannique, prend vite la fuite
et se met à voyager (Paris, New York, Espagne, Italie), alternant
les petits boulots dans le monde interlope, les mariages et l'écriture
: des nouvelles, une autobiographie (Mémoire vive),
plusieurs romans parus en France aux éditions Rivages (Crème
anglaise, Vices privés, vertus publiques, Il est mort les
yeux ouverts, Comment vivent les morts, J'étais Dora Suarez...).
L'oeuvre de
Cook s'inscrit dans le mouvement engagé du néo-polar
(romans noirs dont les aspects ouvertement militants offrent un
regard critique sur les dysfonctionnements sociaux, politiques ou
économiques - en France, les représentants les plus
connus sont Jean Vautrin, Jean-Patrick Manchette ou encore Didier
Daeninckx), et il exploite ici les tares et les défaillances
d'un occident démocratique pour construire un roman dont
la noirceur n'a d'égal que la superbe construction dramatique.
La tragédie individuelle de Richard Watt, narrateur du palpitant
Quelque chose de pourri au royaume d'Angleterre,
s'apparente à (et s'inspire largement de) celle de Winston
dans 1984 et la politique de Jobling (premier
ministre élu démocratiquement pour mieux imposer sa
loi par la suite) ressemble à s'y méprendre à
celle d'un petit Hitler à la sauce Big Brother : l'Angleterre
totalitaire qui est ici décrite est absolument terrifiante
- mais, en définitive, pas plus que l'Allemagne des années
30 ne devait l'être : suppression des libertés individuelles,
main mise sur les médias, délations, police secrète,
détentions illégales des opposants, déportation
des Noirs...
Richard Ward,
journaliste conspué par le nouveau régime, s'est échappé
de cet univers cauchemardesque à temps et mène, avec
sa compagne Magda, une existence paisible en Toscane, où
il a acheté des terres et une ferme, pour devenir vigneron.
En cinq ans, ils se sont adaptés à leur nouvel environnement
mais Richard est néanmoins tourmenté, l'esprit aux
aguets, craignant de ne pas être véritablement à
l'abri de Jobling dans cette campagne pourtant reculée, dans
une Italie démocratique...Il craint d'être rattrapé
d'une manière ou d'une autre, sans pourtant deviner ce qui
l'attend...
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Roman
d'anticipation politique laconiquement dédié
"à toutes les victimes",
Quelque chose de pourri au royaume d'Angleterre
relate la chute inexorable d'un esprit rebelle, rageur, attaché
à ses droits fondamentaux, et pourtant profondément
pessimiste ; son parcours est une fable essentielle, qui démantèle
l'architecture dictatoriale et examine avec précision
les effets que le contrôle totalitaire engendre au niveau
individuel (éveil des instincts meurtriers, folie)
: une oeuvre obscure mais saisissante qui opère comme
un avertissement : nul ne devrait se croire à l'abri...
B.
Longre
(août 2005) |
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://romainb.club.fr/Lire/cook/Robincook.html
http://www.serpentstail.com/authors/?_P=AUT10390 |