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Quand
les rêves prennent corps
Au pays des
rêves, les deux voies/voix de Nathalie Novi et Jo Hoestlandt
se sont retrouvées et reconnues : Jo Hoestlandt souffle les
mots et Nathalie Novi rêve les images…
Le petit page qui veille tranquillement sur le roi Constantin, assoupi
sous les « rideaux d’or », habite Arezzo
en Italie, grâce à Piero
della Francesca. Bouleversée par cette rencontre avec
ce tableau l’illustratrice a demandé à l’auteure
d’offrir une histoire à cette légende endormie.
Ce livre est devenu un conte, Le Songe de Constantin.
Les rêves
appartiennent au monde de la nuit, libres, ils traversent les portes
et les fenêtres. Rien ne les arrête. La nuit venue,
le petit Constantin attend son rêve car « c’est
le rêve qui nous choisit » ; il arrive enfin et
« c’est un tambour qui le guide entre les ombres
de la nuit ». Minuit… « l’heure
où tous les rêves galopent dans la nuit, comme des
chevaux aux sabots de chiffons pour ne faire aucun bruit ».
Constantin rêve à Marina et, en Italie, le petit page
du tableau s’éveille de son long sommeil, il se sent
appelé. Alors il se lève : « un jour, il
faut se lever et partir dans la nuit ».
Perdu, le petit page décide de suivre le chemin des battements
du tambour qui font écho à son cœur tout neuf.
Il court, « le ciel descend jusqu’à lui »
et le cheval aux sabots silencieux « se glisse sous lui
». Le chemin au ruban doré, raie de lumière
de la chambre de Constantin, défile devant ses yeux, avec
Marina qui cherche sans s’arrêter, comme une amoureuse.
Constantin est si heureux de la voir venir à lui qu’il
veut le crier mais seul un baiser tendre va se poser dans le cou
de sa bien aimée. Les baisers s’envolent alors comme
des papillons.
En spectateur, le petit page est heureux et sait enfin la raison
de sa venue : « pour avoir un baiser ». Il
prête son cheval aux amoureux qui « s’en vont
dans la nuit …et leurs baisers les suivent autour d’eux
dans un froufrou très doux de plumes et de vent. Ils s’en
vont rejoindre dans la nuit tous les baisers que l’on n’a
pas donnés, que l’on n’a pas reçus, les
baisers volés, perdus, oubliés ». Le petit
page saisit au vol un baiser égaré et «
l’emporte dans son cœur » pour qu’il
l’aide à se rendormir, peut-être pour toujours.
Le petit matin se lève…Constantin ouvre les yeux tandis
que le petit page les referme.
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Le
lecteur aime à penser que le petit page et Constantin
ne font qu’un, comme l’enfance est une. Toute
la poésie de Jo Hoestlandt prend forme dans ce texte
qui laisse place à la rêverie et à l’imaginaire.
L’auteure trouve les mots justes pour traduire le rêve,
le monde silencieux de la nuit. Un texte tendre et doux comme
un poème que l’on déroule du cœur.
Les tambours de guerre sont remplacés par des tambours
d’amour, les baisers sont des papillons, les rêves
deviennent réalité.
L’auteure nous laisse entrevoir le pays des songes,
des rêves secrets. Nous offrant ainsi de ne pas oublier
de rêver et de rejoindre le merveilleux car nous ne
sommes que « les mendiants de la nuit ».
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Devant les pastels
de Nathalie Novi, l’émotion est forte, les mots s’enfuient
comme les rêves… Plus qu’un écho, les peintures,
inspirées du quattrocento italien et des miniatures du Rajasthan,
sont une réponse aux mots. Dans ses draps bordés de
cœur, Constantin dort, gardé par les colombes. Les rêves
prennent corps dans un arc-en-ciel de couleur, une explosion de
personnages merveilleux, un prince ailé, une enfant-cerf,
un derviche tourneur… des yeux partout comme un signe de chance.
Le petit page, dont la blancheur n’a d’égale
que la douceur semble ainsi tout droit sorti de son tableau. Les
deux enfants sont cernés de papillons, le petit page attend
avec son cheval et le silence est présent dans la douceur
des teintes, qui estompent jusque leur présence. Alors, les
amoureux s’enfuient, un papillon sur le cœur, le même
que le petit page garde sur lui, le visage souriant maintenant,
aux prémices de la vie, un oiseau couleur de soleil posé
sur l’épaule…
Cendrine
Genin
(octobre 2005)
Cendrine
Genin,
après des études de philosophie et de lettres, a suivi
une formation de libraire ; une passion totale pour la littérature
jeunesse ainsi que pour la danse l’ont incitée à
collaborer à Sitartmag, depuis 2000 ; l'écriture est
son autre domaine de prédilection et elle compte pouvoir
prochainement faire partager son univers à de jeunes lecteurs.

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