Le songe de Constantin
de Jo Hoestlandt
Illustrations de Nathalie Novi


(Syros jeunesse, 2005)
A partir de 6 ans

 

Quand les rêves prennent corps

Au pays des rêves, les deux voies/voix de Nathalie Novi et Jo Hoestlandt se sont retrouvées et reconnues : Jo Hoestlandt souffle les mots et Nathalie Novi rêve les images…
Le petit page qui veille tranquillement sur le roi Constantin, assoupi sous les « rideaux d’or », habite Arezzo en Italie, grâce à Piero della Francesca. Bouleversée par cette rencontre avec ce tableau l’illustratrice a demandé à l’auteure d’offrir une histoire à cette légende endormie. Ce livre est devenu un conte, Le Songe de Constantin.

Les rêves appartiennent au monde de la nuit, libres, ils traversent les portes et les fenêtres. Rien ne les arrête. La nuit venue, le petit Constantin attend son rêve car « c’est le rêve qui nous choisit » ; il arrive enfin et « c’est un tambour qui le guide entre les ombres de la nuit ». Minuit… « l’heure où tous les rêves galopent dans la nuit, comme des chevaux aux sabots de chiffons pour ne faire aucun bruit ». Constantin rêve à Marina et, en Italie, le petit page du tableau s’éveille de son long sommeil, il se sent appelé. Alors il se lève : « un jour, il faut se lever et partir dans la nuit ».
Perdu, le petit page décide de suivre le chemin des battements du tambour qui font écho à son cœur tout neuf. Il court, « le ciel descend jusqu’à lui » et le cheval aux sabots silencieux « se glisse sous lui ». Le chemin au ruban doré, raie de lumière de la chambre de Constantin, défile devant ses yeux, avec Marina qui cherche sans s’arrêter, comme une amoureuse. Constantin est si heureux de la voir venir à lui qu’il veut le crier mais seul un baiser tendre va se poser dans le cou de sa bien aimée. Les baisers s’envolent alors comme des papillons.
En spectateur, le petit page est heureux et sait enfin la raison de sa venue : « pour avoir un baiser ». Il prête son cheval aux amoureux qui « s’en vont dans la nuit …et leurs baisers les suivent autour d’eux dans un froufrou très doux de plumes et de vent. Ils s’en vont rejoindre dans la nuit tous les baisers que l’on n’a pas donnés, que l’on n’a pas reçus, les baisers volés, perdus, oubliés ». Le petit page saisit au vol un baiser égaré et « l’emporte dans son cœur » pour qu’il l’aide à se rendormir, peut-être pour toujours. Le petit matin se lève…Constantin ouvre les yeux tandis que le petit page les referme.

Le lecteur aime à penser que le petit page et Constantin ne font qu’un, comme l’enfance est une. Toute la poésie de Jo Hoestlandt prend forme dans ce texte qui laisse place à la rêverie et à l’imaginaire. L’auteure trouve les mots justes pour traduire le rêve, le monde silencieux de la nuit. Un texte tendre et doux comme un poème que l’on déroule du cœur. Les tambours de guerre sont remplacés par des tambours d’amour, les baisers sont des papillons, les rêves deviennent réalité.
L’auteure nous laisse entrevoir le pays des songes, des rêves secrets. Nous offrant ainsi de ne pas oublier de rêver et de rejoindre le merveilleux car nous ne sommes que « les mendiants de la nuit ».

Devant les pastels de Nathalie Novi, l’émotion est forte, les mots s’enfuient comme les rêves… Plus qu’un écho, les peintures, inspirées du quattrocento italien et des miniatures du Rajasthan, sont une réponse aux mots. Dans ses draps bordés de cœur, Constantin dort, gardé par les colombes. Les rêves prennent corps dans un arc-en-ciel de couleur, une explosion de personnages merveilleux, un prince ailé, une enfant-cerf, un derviche tourneur… des yeux partout comme un signe de chance.
Le petit page, dont la blancheur n’a d’égale que la douceur semble ainsi tout droit sorti de son tableau. Les deux enfants sont cernés de papillons, le petit page attend avec son cheval et le silence est présent dans la douceur des teintes, qui estompent jusque leur présence. Alors, les amoureux s’enfuient, un papillon sur le cœur, le même que le petit page garde sur lui, le visage souriant maintenant, aux prémices de la vie, un oiseau couleur de soleil posé sur l’épaule…

Cendrine Genin
(octobre 2005)

Cendrine Genin, après des études de philosophie et de lettres, a suivi une formation de libraire ; une passion totale pour la littérature jeunesse ainsi que pour la danse l’ont incitée à collaborer à Sitartmag, depuis 2000 ; l'écriture est son autre domaine de prédilection et elle compte pouvoir prochainement faire partager son univers à de jeunes lecteurs.

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