d'Agnès Jaoui
scénario A. Jaoui & J-P. Bacri

Film français, 2003 / durée : 1h50
Prix du Scénario Cannes 2004
en salles le 22 septembre 2004

Avec Marilou Berry, Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Laurent Grevill, Bérénice Bejo, Virginie Desarnauts, Keine Bouhiza, Clément Sibony, Laurent Bateau, Grégoire Oestermann

Entretien avec Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri

Quelle est l’idée de base du scénario ?

J.P.B : On voulait parler du pouvoir du point de vue de ceux qui l’acceptent. Pas du point de vue des tyrans. Ce film traite de la dépendance. Les rapports humains sont faits de gens qui dépendent des autres, qui les dominent. A la base, on voulait l’écrire pour le théâtre…

La relation père/fille semble être un sujet qui vous tient à cœur, pouvez-vous nous en dire davantage ?

A.J : Le père c’est la première dépendance. Ce type de rapport douloureux et le fait d’avoir une petite-amie de l’âge de sa fille est quelque chose que j’ai souvent pu observer autour de moi et dont on avait envie de parler depuis longtemps.

Le père traiterait-il sa fille différemment si elle était jolie ?

J.P.B : Bien sûr. N’oubliez pas qu’il l’a appelée Lolita. Pas Grossita ! On projette beaucoup dans un prénom.

Comme une image, second film d’Agnès Jaoui en tant que réalisatrice, accompagnée de Jean-Pierre Bacri pour l’écriture du scénario, nous livre un formidable film intimiste sur la difficulté de trouver sa place en société, en famille, dans la lignée du Goût des autres

On entre in medias res au sein d’une famille recomposée, avec Etienne Cassard (campé par Jean-Pierre Bacri) en père "indigne" et auteur intellectuel à succès, sa fille Lolita (Marilou Berry), jeune fille ronde mal dans sa peau, qui ne peut rivaliser avec la beauté de sa toute jeune belle-mère. C’est aussi l’histoire de Pierre Miller (Laurent Grevil), écrivain qui doute de jamais trouver la reconnaissance publique, et de sa femme, Sylvia (Agnès Jaoui), professeure de chant de Lolita, qu’elle prend soudain sous sa coupe, quand elle s’aperçoit de qui elle est la fille. Lolita tente de trouver sa place entre la célébrité de son père et son désintérêt pour elle. Le rapport père/fille est un des thèmes les plus approfondis du film : Lolita, la mal-nommée, peu sûre d’elle, se débat entre sa passion pour le chant lyrique, un amoureux qui se moque éperdument d’elle et son père, le premier homme de sa vie, qui n’est même pas capable d’écouter sa fille plus de deux minutes en concert.
Tous les comédiens sont incroyablement justes ; il faut dire que le casting est parfait : Marilou Berry (personne ne pourra nier la ressemblance avec sa mère Josiane Balasko) est une Lolita au caractère bien trempé, un rôle sur-mesure ! Jean-Pierre Bacri campe un égocentrique uniquement préoccupé par sa création, et cette fois-ci, rien ne le sauvera aux yeux du public ! Agnès Jaoui, égale à elle-même, est tout en sensibilité et nuance ; citons aussi Laurent Grévil et Serge Riaboukine, que l’on retrouve avec plaisir sur grand écran après les avoir vus au théâtre.
Chez Jaoui/Bacri, la force réside dans un scénario très écrit, où l’on sent que rien n’est laissé au hasard, et à des dialogues drôles et toujours subtils. On retrouve les comptes familiaux à régler jubilatoires d’Un air de famille, ce ton corrosif qui est leur marque de fabrique. Si l’on rit, ce n’est jamais gratuit. Leur immense talent est de faire passer un message intemporel sur la difficulté des rapports humains, sans jamais se prendre au sérieux. Un magnifique moment de cinéma dont personne ne devrait se priver…

(E. Jullin, septembre 2004)

Parlez-nous de vos personnages…

J.P.B : On ne voulait pas qu’Etienne Cassard soit un personnage totalement détestable. On a essayé de le présenter assez bien au début : un écrivain de talent, puis ça n’arrête pas de se dégrader au fil du film. Pour finir par apparaître comme un être abject. Il faut que Lolita le comprenne bien, car elle a une telle admiration pour son père, qu’elle est prête à se sacrifier pour lui. Mais on ne voulait pas le rendre caricatural. On s’est inspiré de 2 ou 3 tyrans que l’on connaît bien !

A.J : Sylvia, elle, ne peut pas changer. Elle reste intègre, tandis que son mari, Pierre, se laisse corrompre dès que le succès arrive. Il fait l’émission de TV par exemple (ndj : pastiche réussi du show d’Ardisson). On voulait montrer à quel point on traite les gens comme de la marchandise.

Les sous-titres finaux accompagnant le chant lyrique allemand, sont-ils très significatifs ?

A.J : C’est une vraie volonté de ma part de les inscrire, car on m’a dit que c’était inutile. Il faut vous dire que c’est le Lied par lequel j’ai commencé le chant, et les paroles m’ont toujours émue. La musique lyrique m’a fait beaucoup de bien. Moi j’ai rencontré en la personne de mes profs de chant des figures paternelles et maternelles qui m’ont construite…

Que représente pour vous le prix que vous avez reçu à Cannes pour le scénario ?

A.J : Ca m’a fait très plaisir. Mais avant tout cela m’a permis d’avoir une meilleure distribution à l’étranger. Pourtant l’accueil des journalistes français a été frais à Cannes…

Propos recueillis par Emilie Jullin
(10 septembre 2004)

http://www.marsdistribution.com/fiche_film_gen_cfilm=51523.html

voir aussi, avec Agnès Jaoui : Le rôle de sa vie