Eva
(Casterman, 2003)

 

Un classique du roman graphique

Eva est paru pour la première fois en 1984, il y a près de 20 ans. Après la réédition en couleurs de Silence (1980) qui avait imposé Didier Comès comme l’un des maîtres du roman graphique, Casterman choisit aujourd’hui de donner une seconde vie à ce polar en bande-dessinée.

Un soir, la voiture de Neige tombe en panne, la jeune femme se dirige vers la maison la plus proche pour téléphoner à un garagiste. Le Destin l’a conduite chez deux jumeaux, Yves et Eva qui, gravement handicapée, ne se déplace qu’en fauteuil roulant. Vu l’heure tardive, Yves propose à Neige de passer la nuit chez eux, mais une ambiance pesante s’installe lorsque le jeune homme lui demande d’éviter sa sœur « qui déteste les intrus ». Pourtant, dès le lendemain matin, Eva rend visite à Neige et lui demande de lui tenir compagnie pendant quelques jours tout en la mettant en garde contre Yves dont « le comportement peut être inattendu ». Sa voiture réparée, poussée par la curiosité et l’envie de découvrir le secret qui semble émaner de la relation ambiguë entre les jumeaux, Neige décide de passer le reste de ses vacances avec Yves et Eva. Yves, très attiré par la jeune femme, lui montre l’atelier où il fabrique des automates, tribu blafarde de clones androgynes de Klaus Nomi et Marlène Dietrich. Eva, quant à elle, tente d’entraîner Neige dans ses jeux pervers. Une atmosphère oppressante enveloppe l’histoire d’amour naissance entre Yves et Neige, espionnés par Eva qui aurait retrouvé ses jambes ; les automates n’ont pas dit leur dernier mot…

Cet album au suspense savamment travaillé nous rappelle immédiatement Psychose d’Alfred Hitchcock tant par le décor (l’escalier intérieur ou les vignettes montrant la silhouette de la maison qui se détache sur le ciel) que par le scénario dont on ne dévoilera évidemment pas le dénouement. Tout le talent de Didier Comès éclate dans la retranscription de la relation sulfureuse qui unit les deux jumeaux et dont la consentante Neige est l’enjeu. Le choix du noir et blanc s’impose d’emblée pour accentuer le graphisme stylisé du dessinateur. Un chef-d’œuvre à (re)découvrir !

Anne Weber
(octobre 2003)

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