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Un classique
du roman graphique
Eva
est paru pour la première fois en 1984, il y a près
de 20 ans. Après la réédition en couleurs de
Silence (1980) qui avait imposé Didier Comès
comme l’un des maîtres du roman graphique, Casterman
choisit aujourd’hui de donner une seconde vie à ce
polar en bande-dessinée.
Un soir, la
voiture de Neige tombe en panne, la jeune femme se dirige vers la
maison la plus proche pour téléphoner à un
garagiste. Le Destin l’a conduite chez deux jumeaux, Yves
et Eva qui, gravement handicapée, ne se déplace qu’en
fauteuil roulant. Vu l’heure tardive, Yves propose à
Neige de passer la nuit chez eux, mais une ambiance pesante s’installe
lorsque le jeune homme lui demande d’éviter sa sœur
« qui déteste les intrus ». Pourtant,
dès le lendemain matin, Eva rend visite à Neige et
lui demande de lui tenir compagnie pendant quelques jours tout en
la mettant en garde contre Yves dont « le comportement
peut être inattendu ». Sa voiture réparée,
poussée par la curiosité et l’envie de découvrir
le secret qui semble émaner de la relation ambiguë entre
les jumeaux, Neige décide de passer le reste de ses vacances
avec Yves et Eva. Yves, très attiré par la jeune femme,
lui montre l’atelier où il fabrique des automates,
tribu blafarde de clones androgynes de Klaus Nomi et Marlène
Dietrich. Eva, quant à elle, tente d’entraîner
Neige dans ses jeux pervers. Une atmosphère oppressante enveloppe
l’histoire d’amour naissance entre Yves et Neige, espionnés
par Eva qui aurait retrouvé ses jambes ; les automates n’ont
pas dit leur dernier mot…
Cet
album au suspense savamment travaillé nous rappelle
immédiatement Psychose d’Alfred Hitchcock
tant par le décor (l’escalier intérieur
ou les vignettes montrant la silhouette de la maison qui se
détache sur le ciel) que par le scénario dont
on ne dévoilera évidemment pas le dénouement.
Tout le talent de Didier Comès éclate dans la
retranscription de la relation sulfureuse qui unit les deux
jumeaux et dont la consentante Neige est l’enjeu. Le
choix du noir et blanc s’impose d’emblée
pour accentuer le graphisme stylisé du dessinateur.
Un chef-d’œuvre à (re)découvrir !
Anne
Weber
(octobre 2003) |
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