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Le choix de Polly
Le problème
de Polly «n’était pas qu’elle était
tombée amoureuse de Lincoln… son problème, c’était
elle-même. C’était le joug qu’elle s’imposait,
les critères d’excellence qu’elle choisissait
de suivre, et le fait que, sous toute sa bonne humeur, tous ses
soins attentifs, tous les services qu’elle rendait, il y avait
une autre Polly à qui elle n’avait pas encore vraiment
fait face.»
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Issue
de la haute bourgeoisie new-yorkaise, épouse d’Henry,
un avocat brillant et bien de sa personne, mère de
deux charmants enfants, Polly exerce une activité professionnelle
intéressante dans le domaine de la recherche pédagogique.
Tout à la fois indispensable et transparente pour son
entourage, elle assume à la perfection ses différents
rôles. Cependant, peu à peu, « un besoin
dévorant d’attention » lui rend insupportable
l’absence de reconnaissance des siens.
C’est alors que Lincoln entre en scène.
Peintre reconnu, satisfait de sa vie d’artiste sans
attaches véritables, il ne souhaite guère s’investir
dans une relation trop traditionnelle. Le rôle de l’amant
et les moments volés lui conviennent donc parfaitement. |
Pourtant, pour
la première fois, Polly se sent regardée et comprise.
La complicité qui naît entre eux agit comme un révélateur
sur la jeune femme, lui faisant entrevoir les limites de son mariage
et le poids ridicule des conventions familiales. Laurie Colwin décrit
de façon amusante et caustique la famille de Polly. Engoncé
dans ses rituels (le brunch dominical et les vacances obligatoires
dans la propriété du Maine par exemple), le clan Solo-Miller
offre une galerie de personnages pas nécessairement sympathiques
mais convaincants. Le portrait de la mère, qui idolâtre
son fils aîné au détriment de ses deux autres
enfants, est particulièrement réussi – culpabilisatrice,
autoritaire et possessive en diable !
Cette peinture d’un monde narcissique qui refuse de frayer
avec la populace séduit d’ailleurs davantage que l’histoire
d’adultère et les tergiversations de Polly. Le roman
souffre, en effet, d’un manque de clarté et de cohérence.
Le jeu du «Qui dois-je quitter ? Mon mari ou mon amant
?» entraîne de nombreuses longueurs et finit par
lasser le lecteur. Certes, Polly parvient à s’émanciper
mais sa décision finale laisse quelque peu perplexe sur l’utilité
de telles hésitations.
Une épouse presque parfaite n’est
pas forcément le meilleur des cinq romans de l’américaine,
disparue en 1992. Toujours dans le style comédie de mœurs,
on peut préférer Une vie merveilleuse
ou Comment se dire adieu ?
également traduits aux Editions Autrement.
Florence
Cottin
(juillet 2004)

Autrement
http://www.autrement.com
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