|
Du théâtre au
roman
En réhabilitant
des textes classiques auparavant relégués à
l’arrière-plan du corpus populaire, Les éditions
Hesperus ne cessent de nous surprendre. Le parcours de ce «
roman » signé William Wilkie Collins, précurseur
du genre policier, romancier prolifique et progressiste, est plutôt
tarabiscoté : The Frozen Deep est
à l’origine une pièce de théâtre,
mise en scène par Charles Dickens
en janvier 1857 avec, dans les rôles principaux, Collins et
Dickens en personne ! Bien des années plus tard, l’auteur
l’adapte et lui donne une tournure romanesque, et le récit
est publié sous la forme d’un feuilleton dans le magazine
Temple Bar, d’août à septembre 1874.
Ceci explique probablement pourquoi le roman tient davantage de
la «curiosité» que du chef d’œuvre.
C’est ainsi que le lecteur, sans nécessairement connaître
la forme originale de l’ouvrage, perçoit d’emblée
sa théâtralité : la mise en place des «
décors » est évidente, les dialogues l’emportent
sur le récit (la plupart du temps des didascalies améliorées…)
et l’on accède rarement aux pensées des personnages,
dont les entrées et les sorties, soit dit en passant, sont
rigoureusement signalées, ajoutant à l'artificialité
de l'ensemble.
Les protagonistes, très vite présentés, sont
peu approfondis, et chacun d’entre eux a une fonction bien
définie dans la succession d’événements
dramatiques qui vont se jouer. Clara, une jeune orpheline, est secrètement
amoureuse de Francis Aldersley, lequel le lui rend bien ; il s’apprête
pourtant à quitter l’Angleterre afin de prendre part
à une expédition arctique (celle de 1845, un échec)
; Mrs Crayford, dont l’époux fait lui aussi partie
de l’expédition, s’inquiète pour Clara,
sa fidèle amie. Cette dernière lui avoue qu’elle
craint le retour imminent de Richard Wardour (parti en Afrique),
un soupirant que les silences de Clara avaient encouragé
– il est convaincu que Clara attend son retour avec impatience
et la jeune fille (medium à ses heures) s'inquiète
… Quand il apprend que Clara en aime un autre, il décide,
sur un coup de tête, de s’embarquer lui aussi pour l’Arctique
– un geste qui terrifie Clara, qui craint maintenant pour
la vie de Francis, son fiancé...
| L’intrigue
n’a rien d’exceptionnel et fleure bon la romance
à deux sous, mais il est plus aisé d’excuser
un écrivain du calibre de Collins (dont les excellent
romans, tel La Dame en blanc, Mari et femme ou
La Pierre de Lune, ont laissé leur empreinte en
littérature) que n’importe quel autre écrivain
moins influent. On lui pardonnera donc ce récit mineur,
ses coups de théâtre si prévisibles, ses
artifices et les grosses ficelles (d'invraisemblables retrouvailles...),
l'absence réelle de suspense, les bons sentiments (honneur,
courage, sacrifice, fidélité...) et le rôle
assigné aux personnages féminins (oisifs et
dépendants) qui dépouille le texte de toute
ironie, et l'on s'en ira (re)lire un autre de ses romans…
B.
Longre
(janvier 2005)
|
|

voir
aussi
The
Haunted Hotel Zulma
classics, 2005
Who killed Zebedee ?
(Hesperus,
2002)
une courte introduction : W.W. Collins
Hesperus
Press
http://www.hesperuspress.com
Autre
titre d'Hesperus
The diary of Adam and Eve (Mark Twain)
romans de WW Collins
http://onlinebooks.library.upenn.edu/
sites
consacrés à l'auteur:
http://www.deadline.demon.co.uk/wilkie/wilkie.htm
http://www.rightword.com.au/writers/wilkie/
|