Who killed Zebedee ?
deux nouvelles
Hesperus Press, 2002

 

William Wilkie Collins l'indémodable.

C'est en Angleterre que le genre policier a toujours sévi à la perfection ; William Wilkie Collins, maître incontesté, voire fondateur, du genre, est à l'abri des modes, et ses récits, en dépit du cadre victorien dans lequel ils s'inscrivent, ne semblent pas avoir pris une ride : construction narrative solide et multiforme, intrigues palpitantes, apparitions énigmatiques, narrateurs pris au piège... Tout est rassemblé pour procurer au lecteur un plaisir d'autant plus grand que l'auteur possède un talent littéraire indiscutable. Les éditions Hesperus, dont c'est l'un des premiers titres, rééditent ici deux nouvelles parues respectivement en 1881 et en 1873-74. Toutes deux sont des "whodunnits" sans faille, dont l'atmosphère graduellement inquiétante doit beaucoup à l'influence des romans dits gothiques, tout en maintenant une trame et une intrigue parfaitement vraisemblables et en proposant, en dépit de la brièveté de ces récits, une dramatisation approfondie de chaque événement raconté.

Dans Who killed Zebedee ? on voit un jeune policier confronté à sa première affaire criminelle sanglante : un homme vient d'être assassiné dans une pension de famille londonienne et sa jeune épouse, qui souffre de somnambulisme, s'accuse du meurtre avec véhémence... Ainsi, bien avant Chandler, Collins invente le récit rétrospectif (le policier est, à l'heure de son récit, un vieil homme qui se meurt), et des décennies avant la création de Philip Marlowe, le narrateur est un jeune détective aux prises avec plusieurs jolies femmes. Le deuxième récit, John Jago's ghost, d'abord publié en feuilleton dans le Home Journal, est une enquête menée par un jeune avocat londonien venu se ressourcer chez des cousins américains, sur les conseils de son médecin, car il souffre de "surmenage" (une maladie pas si moderne que ça, en définitive !) ; mais loin de pouvoir se reposer, il assiste, impuissant, à la déliquescence d'une famille dont les membres se haïssent ; par un terrible concours de circonstances, les deux frères, Ambrose et Silas, sont accusés du meurtre de John Jago, gérant du domaine de leur père ; la jeune Noémie, amoureuse d'Ambrose, tente de sauver les deux suspects, demandant de l'aide au cousin anglais ; elle est convaincue que Jago est encore en vie, et qu'il ne sait pas encore quel sort attend les frères.

Ces deux récits illustrent parfaitement l'ensemble de l'oeuvre de Collins : on y retrouve d'inquiétants personnages, qui inspirent méfiance et doute, des protagonistes ambigus, hypocrites, au comportement étrange, des intrigues complexes parsemées d'indices trompeurs, de nombreuses pistes, de multiples solutions contradictoires, une touche de romantisme et un suspense constant. Le lecteur, afin de combattre sa frustration après lecture de ce mince ouvrage, sera sans nul doute tenté de rouvrir ou de découvrir les "grands" romans (Pierre de lune, La dame en blanc ou bien Sans Nom, pour ne citer qu'eux), pour la plupart désormais traduits en Français.

B.Longre
(novembre 2002)

voir aussi
The Frozen deep (Hesperus, 2004)
une courte introduction : W.W. Collins

Hesperus Press
http://www.hesperuspress.com

Autre titre d'Hesperus
The diary of Adam and Eve (Mark Twain)

romans de WW Collins
http://onlinebooks.library.upenn.edu/

sites consacrés à l'auteur:
http://www.deadline.demon.co.uk/wilkie/wilkie.htm
http://www.rightword.com.au/writers/wilkie/