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Imaginatif !
Internet n’en
est pas à son premier paradoxe. On savait déjà
que le réseau avait pour étonnante conséquence
de mettre en valeur l’objet-livre, et ce notamment par le
biais de magazines culturels (tel Sitartmag) et d’éditeurs
en ligne. En somme, l’écran ne viendrait pas concurrencer
le papier car il s’agit d’un support autre. Le collectif
Trafik met en lumière une autre bizarrerie : alors qu’Internet
semblait garantir l’anonymat de l’utilisateur caché
derrière son ordinateur et menacer de dé-personnalisation
et de déshumanisation ce monde virtuel, voilà que
l’on se met à y tisser des liens particuliers et à
laisser sa marque de tâcheron à cet énorme édifice
auquel chacun apporte sa pierre. C’est le principe mis en
œuvre par les deux graphistes Pierre Rodière
et Julien Sappa, le typographe Damien
Gautier et le développeur informatique Joël
Rodière dans le centre d’expérimentations
multimédia d’Issy-les-Moulineaux : le Cube. Là-bas,
quelques cent ordinateurs sont mis à disposition du public.
Le collectif pose alors la question du lien entre les iMac et leurs
utilisateurs, question qui peut paraître incongrue à
tous ceux qui ne se sentent pas réellement proches de ces
machines mais plutôt… comment dire… seuls et désemparés
? A tous ceux-là, et aux autres, qui soulèvent ce
problème : «comment créer un lien privilégié
entre le lieu et ses visiteurs quand chacun des outils appartient
à tous ? », Trafik répond : «
Avec des icônes qui customisent, depuis 2001, la centaine
d’iMac et suggèrent ainsi une communication silencieuse
entre les visiteurs. »
Et le collectif
n’en est pas à son premier coup d’essai. B.DULE,
PIVIZZ et SIGNOTEK (comprenez « signothèque »)
constituent d’autres projets similaires, faisant appel à
Internet et aux internautes pour mettre en place des bases de données
virtuelles où l’on peut donner vie à un truc
animé, un bidule étrange ou un machin rigolo, sur
un ordinateur que l’on ne trouve plus rébarbatif du
tout. C’est comme si, grâce à lui, vous deveniez
un petit artiste, mais un artiste quand même, capable non
de créer de toutes pièces mais de participer à
l’élaboration d’une œuvre commune à
des centaines d’autres internautes, et conservée par
Trafik sous la licence Creative Commons. Comme l’explique
C. Kirchstetter, « désormais, l‘œuvre
peut aussi s’envisager comme communautaire et anonyme ».
La notion de communauté peut aussi être soulignée
en suivant deux critères qui distinguent, une fois n’est
pas coutume, la forme et le fond.

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La
forme, ce serait le langage phonético-SMS, gage de
cohésion de la « jeune » communauté
adoratrice et pratiquante de la sacro-sainte trinité
Internet/Téléphone Portable/MP3. En voici quelques
exemples savoureux : « I-BOO », « IVANéGé
», « LéRISSON FéDUSKI », «
GAFOLOU »… Quant au fond, au contenu qui relie
entre eux les membres de cette génération branchée
mais sans fil, c’est cette enthousiasmante culture populaire
faite de séries cultes, de dessins animés, avec
leurs héros incontournables (Spiderman, Albator ou
encore le 2 en 1 « forme et fond à la fois
» : « I.T. »). On y trouve souvent,
en première place des figures de référence,
les personnages des inénarrables épisodes de
la série Starwars (en tout cas, je ne m’y
essaierai pas). |
Ainsi certains
internautes ont-ils reproduit, à l’aide de leurs petits
doigts agiles, de quelques clics de souris et d’une imagination
fertile, « VADOR », « PRINCESSE LEIA »,
« YODA », «SKYWALKER » et même, en
exclusivité, « LA MERE A YODA » en puisant, pour
le projet PIVIZZ, dans quatre bibliothèques (« pour
les corps, les éléments caractéristiques, les
sons et les comportements »). Chacun des quatre projets
décline ce principe. Celui de la SIGNOTEK, conçu à
l’occasion de la Fête des Lumières en 2000 (Lyon)
suite à un appel à projet de la galerie Roger Tator,
met à disposition sur www.collekto.org
un module où « l’auteur clique sur quelques-unes
des 144 pastilles, les faisant apparaître ou les effaçant
ou gré de ses impulsions. Différents visuels se dessinent
au fur et à mesure sur l’écran ».
Ayant visité la page ICONE et dessiné un signe illisible
qui ressemblait plus que vaguement à un idéogramme
asiatique, cette phrase de Pierre Desproges me revînt : «
quand les événements nous dépassent, feignons
d’en être les organisateurs » et j’écrivis
: « idée au gramme ».
Louise
Charbonnier
(août 2005)

chez
le même éditeur :
9e
concept
Tabas
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