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Institut
d'art contemporain
11 rue Docteur Dolard
69100 Villeurbanne
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De la collection à la collection de collections,
ou Le catalogueur catalogué.
De la collection
’05 présentant les acquisitions de l’année
2005 par l’Institut d’Art Contemporain à la collection
de collections, il n’y avait que l’espace de notre propre
sélection. Le taxinomiste qui sommeille en nous s’est
donc permis de choisir deux artistes qui ont réveillé
un irrépressible besoin de classer, analyser, ranger : Géraldine
Kosiak et Claude Closky.
Première
artiste sélectionnée par nos soins, Géraldine
Kosiak est l’auteur d’une série de dessins «
Catalogués ». Affichés
au mur, des dessins à l’encre noire représentent
des objets, arbres ou animaux classés par thématiques
: rongeurs, squelettes de dinosaures, produits ménagers,
perceuses… Chaque feuille blanche se présente donc
comme une planche d’encyclopédie. Et chaque objet de
la collection ainsi épinglé au mur est accompagné
d’un numéro qui lui attribue une place au sein d’une
série. Chaque dessin se veut descriptif et informatif, telle
l’illustration d’un mot dans un dictionnaire. Cet aspect
objectif et scientifique n’en est pas moins chargé
d’une poésie du quotidien, d’un étonnement
pour le singulier et d’une curiosité pour l’infra-ordinaire
qui motive l’observation puis le dessin. Ce double mouvement
consistant à découvrir, puis à consigner cette
découverte, relève d’un collectionnisme latent,
dont le processus même d’accumulation est à l’origine
de la découverte, par le collectionneur, de sa collection
: « En regardant cette planche », écrit
Géraldine Kosiak «je m’aperçois à
quel point j’ai toujours été attirée
par les encyclopédies, les dictionnaires, les catalogues,
fiches, les méthodes. Je peux rester des heures à
regarder des catalogues d’outillage, comparant toutes les
scies sauteuses, le meilleur tournevis […]. Quand je me promène
dans la nature, je vais ramasser le moindre morceau de bois, les
plus petits cailloux […]. On ne sait jamais, ça peut
toujours servir. »
En cela, l’enfant serait un collectionneur qui s’ignore,
tandis qu’un collectionneur adulte tenterait d’ignorer
le fait qu’il n’est plus un enfant. Là encore,
la collection est un espace et un temps où l’abondance
de règles internes d’ordonnancement n’a d’égale
que la transgression des contraintes qui peut s’y épanouir
(ici, par exemple, le « retour à l’enfance »).
De ce fait, les dessins de Géraldine Kosiak sont accompagnés
d’une sorte de péri-texte permettant l’annotation,
la numérotation, la présentation, qu’elle soit
textuelle ou formelle : « Aujourd’hui, en parlant
avec Fabio, je décide de mettre dans ce livre la date et
le temps qu’il fait, comme un carnet de bord. […] la
réalisation est de plus en plus claire : les notes seront
à la fin du livre, la couverture sera toilée […]
très sobre. Au départ, je voulais l’appeler
« Catalogue » et mettre un vrai bon de commande à
la fin, pour commander un dessin original d’après sa
référence. J’aime bien l’idée,
mais je ne sais pas si j’aime la réalité. »
Ce commentaire périphérique mais essentiel à
toute collection, qu’il soit oral lorsque le collectionneur
présente son œuvre, ou écrit, est présent
pour le livre « Catalogués » mais aussi pour
l’exposition correspondante présentée à
l’IAC. Ainsi, le dispositif de présentation
des dessins (péri-texte, affichage des planches au mur) garantit
l’intégrité de la collection et de son support
(la page blanche) malgré le changement d’environnement
(du livre à l’exposition). Le dispositif essentiel
de la collection réside donc, comme en témoigne cette
œuvre, dans ce péri-texte présentatif.
L’œuvre
de Claude Closky intitulée Journal
est elle aussi « basée sur des principes d’accumulation
et de classification. En taxinomiste avéré et analyste
caustique de l’inflation consumériste, [il s’attache
à] dépecer et restituer l’invasion médiatique,
son pouvoir pernicieux, ses effets uniformisants et aliénants.»
Cet artiste sélectionne de chez lui des images sur des sites
de presse ou des blogs : c’est « le monde vu de
son bureau ». Ces images sont ici présentées
sous la forme d’un diaporama où elles défilent,
accompagnées d’un bruit qui les explicite ou les commente
de manière souvent amusée, ironique et distanciée.
Elles montrent sur le même plan des événements
médiatiques (« un événement, disait
Jacques Faizant, c’est un commentaire sur l’actualité
») ou des moments du quotidien : rire, sommeil, marche
ou travail… car chaque image qui défile sur le même
grand écran de projection a droit au même temps de
diffusion, très court, et au même type d’onomatopée
brève : sonnerie, extrait de musique, applaudissement ou
rire… L’amusement succède au tragique, puis au
comique sur un rythme rapide qui ne laisse que peu de place à
l’analyse. Le spectateur soumis à ce flot d’images
qui l’attristent, le choquent, le surprennent et le dérident
tour à tour est bientôt submergé : la longueur
de la projection au regard de la quantité d’images
projetées a pour effet de mettre l’observateur face
à ce qu’il voit réellement, à savoir
non plus des scènes de famines, de liesse ou de désespoir,
mais bien des images. Cette installation dénonce en cela
l’abus d’images médiatiques – sera-t-elle
bientôt répréhensible, au même titre que
l’abus de biens sociaux ? Le dispositif médiatique
uniformise et nivelle l’événement et son image.
Il y réinjecte sa propre hiérarchie qui est celle
des titres de journaux papier, en ligne ou télévisés.
Mais dans cette œuvre, il n’y a plus de place pour le
qualitatif, pour la hiérarchisation de l’importance
de l’événement entre le gâteau porté
à bout de bras par un président Bush au sourire bienheureux,
la signature de traité et le tir du soldat. L’image
est privée du discours médiatique qui la naturalise.
Seul reste le processus de sélection sur la toile, puis par
l’artiste. Par le biais de cette présentation, ces
clichés échappent enfin aux clichés.
Louise
Charbonnier
(août 2006)
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