La colle de petits pois
Susan Chandler et Elena Odriozola
Faribole, 2007

 

 


Au secours, Dolto !

La toute nouvelle maison d’éditions de Media Participations (printemps 2007) affiche une volonté de privilégier le jeu, des histoires au ton surprenant, des démarches simples, des illustrateurs… Vaste programme, dont on peut se demander si tous ces éléments seront toujours compatibles. A suivre, donc.
Ici, la surprise est bien là, mais elle laisse perplexe tant la fable est discutable. Il s’agit de convaincre les enfants que manger des légumes, c’est bien, vital, même. Soit, encore que, est-ce bien le rôle de l’album ?
Pour cela, on explique que le corps a besoin de colle de petits pois pour éviter de tomber en morceaux (« quand tu manges des légumes, tu fabriques de la colle, et ta tête et tes bras restent collés sur toi »). Et l’illustration (charmante, au demeurant, ce qui sauve le côté cru de l’idée) montre une petite fille qui a perdu sa tête, ou un bras, ou ses fesses.
Alerte ! Que dirait Dolto (voir son intervention contre les éditions Harlin Quist de François Ruy Vidal dans les années 1970) ? Menacer les enfants d’un corps en morceaux (une des angoisses fondamentales) pour leur faire manger des légumes n’est-il pas quelque peu aventureux, ou même psychiquement dangereux ? et un pur mensonge (même pas drôle). Biologie (ce n’est pas ainsi que le corps marche), pédagogie, psychologie, … auraient de quoi hurler ici.

Mais on n’est pas Dolto, et on peut être ravi des illustrations très réussies d’Elena Odriozola qui ont le mérite de ne pas être réalistes et de mettre ainsi la fable à distance et la traitent avec humour. On peut aussi laisser les créateurs jouer avec le réel, à condition que les médiateurs qui voudront les soutenir fassent intelligemment leur travail d’accompagnement (nécessaire ici). Sinon, s’abstenir.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(janvier 2008)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.