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La poursuite
de la célébrité est décidément
un leitmotiv (voir Sleb,
de Andrew Holmes), qui peut se décliner de multiples façons,
et souvent sur le mode satirique. Avec
About the author, les
amateurs de suspense et d'humour trouveront leur compte, car ce
premier roman (palpitant, admettons-le) ne manque pas d'efficacité
(on serait tenté de dire "à l'américaine").
Mais sous des dehors de thriller littéraire un peu facile,
le récit est avant tout une confession angoissée,
écrite dans l'urgence par un homme qui a longtemps caché
son jeu, et qui a donc beaucoup à nous apprendre : Cal Cunningham
revient ainsi sur ses pas et raconte comment, fraîchement
sorti de l'université, il s'installe à Manhattan dans
l'espoir de devenir écrivain, mais surtout, "célèbre".
Il vivote pourtant, trouve un emploi dans une librairie et partage
un sordide appartement avec un colocataire rigide et ennuyeux :
Stewart Church, un jeune étudiant en droit, qui s'enferme
des journées entières dans sa chambre, avec pour seule
compagnie son ordinateur. Cal, lui, passe ses soirées à
écumer les bars du "Village", où il vit
de brèves aventures avec des filles un peu crasseuses, qui
se prétendent artistes... sa façon à lui de
se forger une expérience, un "matériel"
personnel qu'il pourra ensuite exploiter dans le fameux roman dont
il n'a toujours pas écrit une seule ligne...
Quand il découvre
la véritable nature de son colocataire, (ce dernier n'est
pas un vulgaire étudiant, mais un potentiel auteur à
succès) les ambitions de Cal s'effondrent : lui qui n'est
jamais parvenu à surmonter ses peurs face à la page
immaculée, ne mériterait-il pas d'être un véritable
auteur ? Comment a-t-il pu vivre deux ans durant auprès de
quelqu'un qui lui aurait comme "volé" son inspiration
? La jalousie et l'envie ne lui laissent aucun répit et Cal
vient de comprendre qu'il ne suffisait pas de multiplier les aventures
sordides ou d'avoir quelques contacts brefs et superficiels avec
de "vrais" auteurs (qui viennent signer leurs ouvrages
dans la librairie où Cal s'étiole) pour pouvoir s'imaginer
écrivain. Pourtant, la chance et le sort vont s'unir pour
offrir au jeune velléitaire l'occasion rêvée
de s'emparer du manuscrit de Stewart Church, d'ainsi faire carrière
et de compter parmi les plus grands (et les plus riches) dans les
cercles littéraires new-yorkais.
Le lecteur se
prend vite au jeu de ce garçon submergé par son ubris,
qui conserve malgré tout des remords ; en dépit de
ses vices et sa rouerie, la sympathie du lecteur penche naturellement
vers ce personnage : un phénomène purement hitchcockien,
à l'image du rythme narratif dans son ensemble ; un rythme
et un ton qui rappellent sans équivoque les romans de Douglas
Kennedy (où là encore, le protagoniste s'enferre
dans de multiples mensonges et fausses situations censées
précipiter sa chute et renforcer l'effet de suspense). Un
autre procédé ingénieux consiste à mettre
en place une mise en abîme littéraire continue lorsque
dans la quatrième partie du roman, l'on voit le narrateur/auteur
écrire son premier chapitre et commenter ses propres mots.
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About
the author (en dépit d'un dénouement
un peu hâtif et d'une tendance inégale au cliché)
n'est pas un thriller bas de gamme : l'auteur, journaliste
et essayiste, a passé plus de 13 ans, de façon
intermittente, à le composer (non que ceci puisse être
un gage de qualité en soi ) mais surtout, à
travers cette farce tragi-comique, il amorce une réflexion
sur l'acte même d'écrire : John Colapinto a longtemps
cru être capable de composer un chef-d'oeuvre ; il tente
de raconter, par le biais de Cal Cunningham, comment il a
compris son erreur et que la voie de l'écriture, même
si ceux qui pensent pouvoir devenir des "Auteurs"
sont nombreux, est une entreprise ardue et hasardeuse : de
cette prise de conscience (probablement douloureuse), est
né ce premier roman, une comédie noire qui comporte
d'intelligents moments d'introspection, de nombreuses scènes
cocasses (la satire de l'univers éditorial est particulièrement
adroite) et une ironie dramatique habilement menée.
Blandine
Longre
(novembre 2002)
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L'Editeur
http://www.4thestate.co.uk/
http://www.belfond.fr
http://www.shotsmag.co.uk/JOHN%20COLAPINTO.htm
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