d'après Albert Cohen
mise en scène
Jean-Louis Hourdin

du 22 au 30 mars 2003
TNP, Villeurbanne

 

avec Gérard Guillaumat
saxophone : Daniel Bourquin
contrebasse : Léon Francioli
lumière et régie Erik Zollikofer


Coproduction
Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E., Le Poche-Genève, GRAT - Compagnie Jean-Louis Hourdin. avec le soutien de La Fondation Leenaards.

TNP, Villeurbanne
réservations
04 78 03 30 00

"Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. "
Oui, les mots, ma patrie, les mots, ça console et ça venge du méchant dehors. Pleurer sa mère, c'est pleurer son enfance.
(...) La mère d'Albert Cohen fut sans doute l'inspiratrice en oralité de son fils, ses pensées sont pures merveilles. On sait qu'il dictait ses textes à son épouse, faisant de Bella Cohen, non pas la première lectrice de l'œuvre, mais la première spectatrice, car, selon ses réactions, il "improvisait", en "rajoutait" pour la faire rire plus et mieux. Beauté de génie des conteurs ! Et pour Albert Cohen en plus, beauté de la langue française "sa patrie" parmi les plus belles de ce siècle. Sa mère "merveilleuse conteuse", drôle, vivante, inquiète, mourut.
"Elle est venue, elle n'y a rien compris, elle est partie."
Albert Cohen hurle le refus de cette mort et nous raconte à tous que nous sommes de mauvais fils et que nous ne savons pas aimer. Et devant la grandeur des mots d'Albert Cohen, nous baissons la tête, épouvantés.
Jean-Louis Hourdin

 

Gérard Guillaumat est assis à une table, devant lui pas un même livre, mais seulement des feuilles volantes. Derrière lui deux musiciens, passant du piano à la contrebasse et du saxophone au hautbois. Cet homme est un conteur, sa voix grave et posée remplit l’espace et nous met dans la peau d’Albert Cohen ; chose troublante, Guillaumat a d’ailleurs le même timbre de voix que Cohen. Les passages sélectionnés sont en général assez imagés, et donnent au récit de l’acteur un aspect de conte, d’anecdotes drôles et sensibles. G.Guillaumat a fait de la lecture un art scénique à part entière avec J.L.Hourdin, « compagnon artistique » plus que metteur en scène, à l’image de la sobriété du projet : pas de jeu de lumières, pas de décor ni de costumes, pas de gestes… juste deux musiciens qui accompagnent parfois de sons plus que de musique les paroles de Cohen.

Albert Cohen a écrit ce texte en 1954, plus de dix ans après la mort de sa mère. Ce livre autobiographique lui permet de sortir sa mère de la pénombre, pour rompre l’absence. Plus qu’un hommage, c’est un acte de réparation du fils pour sa mère : il pense avoir beaucoup à se faire pardonner, et venger sa mère du peu de considération que le monde lui accordait. «Amour de ma mère, à nul autre pareil », thématique chère à Cohen : la perfection de l’amour maternel, sa pureté et sa supériorité sur l’amour passion des amants.
Cohen raconte la vie de sa mère, Louise, qui se résume à une servitude pour ses deux hommes, son fils et son mari. Son univers est très étroit : s’occuper de son appartement et faire la cuisine, la pauvre n’ayant ni famille ni amis pour partager sa solitude. Cohen faisait preuve envers elle de l’ingratitude involontaire de ceux qui se savent éperdument aimés : «Amour de ma mère, à nul autre pareil ».
Pleurer sa mère c’est pleurer le temps béni de l’enfance, un moyen pour Cohen de se réfugier dans les mots, de s’éloigner de la dureté du monde extérieur. « Elle est venue, elle n’y a rien compris, elle est partie ». Ainsi le fils résume-t-il le passage sur terre de sa mère. Il est plein de compassion pour elle, déracinée de son Corfou natal, émigrée à Marseille, timide, maladroite. Il ressent de la « tendresse de pitié », selon sa propre expression. Cohen se rend compte avec désespoir qu’il n’a pas suffisamment profité de sa mère, ne lui a pas dit combien il l’aimait. Pensait-il qu’elle était éternelle ? Elle qui était « un peu morte parmi les vivants », devient « un peu vivante parmi les morts ».

Un moment émouvant, qui doit tout à la beauté de la langue de Cohen, à sa sensibilité, et à la magnifique voix profonde de G.Guillaumat.

Emilie Jullin
(26 mars 2003)



http://www.tnp-villeurbanne.com

http://www.republique-des-lettres.com/c2/cohen.shtml

http://www.theatre-contemporain.net/cv/hourdin/default.asp

http://www.atelieralbertcohen.org/

http://www.ccic-cerisy.asso.fr/cohen03.html