|
|
avec
Gérard Guillaumat
saxophone : Daniel Bourquin
contrebasse : Léon Francioli
lumière et régie Erik Zollikofer
Coproduction
Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E., Le Poche-Genève,
GRAT - Compagnie Jean-Louis Hourdin. avec le soutien de La
Fondation Leenaards.
TNP,
Villeurbanne
réservations
04 78 03 30 00
|
"Chaque
homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs
sont une île déserte. "
Oui, les mots, ma patrie, les mots, ça console et ça
venge du méchant dehors. Pleurer sa mère, c'est
pleurer son enfance.
(...) La mère d'Albert Cohen fut sans doute l'inspiratrice
en oralité de son fils, ses pensées sont pures
merveilles. On sait qu'il dictait ses textes à son
épouse, faisant de Bella Cohen, non pas la première
lectrice de l'œuvre, mais la première spectatrice,
car, selon ses réactions, il "improvisait",
en "rajoutait" pour la faire rire plus et mieux.
Beauté de génie des conteurs ! Et pour Albert
Cohen en plus, beauté de la langue française
"sa patrie" parmi les plus belles de ce siècle.
Sa mère "merveilleuse conteuse", drôle,
vivante, inquiète, mourut.
"Elle est venue, elle n'y a rien compris, elle est
partie."
Albert Cohen hurle le refus de cette mort et nous raconte
à tous que nous sommes de mauvais fils et que nous
ne savons pas aimer. Et devant la grandeur des mots d'Albert
Cohen, nous baissons la tête, épouvantés.
Jean-Louis Hourdin
|
Gérard
Guillaumat est assis à une table, devant lui pas un même
livre, mais seulement des feuilles volantes. Derrière lui
deux musiciens, passant du piano à la contrebasse et du saxophone
au hautbois. Cet homme est un conteur, sa voix grave et posée
remplit l’espace et nous met dans la peau d’Albert Cohen
; chose troublante, Guillaumat a d’ailleurs le même
timbre de voix que Cohen. Les passages sélectionnés
sont en général assez imagés, et donnent au
récit de l’acteur un aspect de conte, d’anecdotes
drôles et sensibles. G.Guillaumat a fait de la lecture un
art scénique à part entière avec J.L.Hourdin,
« compagnon artistique » plus que metteur en scène,
à l’image de la sobriété du projet :
pas de jeu de lumières, pas de décor ni de costumes,
pas de gestes… juste deux musiciens qui accompagnent parfois
de sons plus que de musique les paroles de Cohen.
Albert Cohen
a écrit ce texte en 1954, plus de dix ans après la
mort de sa mère. Ce livre autobiographique lui permet de
sortir sa mère de la pénombre, pour rompre l’absence.
Plus qu’un hommage, c’est un acte de réparation
du fils pour sa mère : il pense avoir beaucoup à se
faire pardonner, et venger sa mère du peu de considération
que le monde lui accordait. «Amour de ma mère,
à nul autre pareil », thématique chère
à Cohen : la perfection de l’amour maternel, sa pureté
et sa supériorité sur l’amour passion des amants.
Cohen raconte la vie de sa mère, Louise, qui se résume
à une servitude pour ses deux hommes, son fils et son mari.
Son univers est très étroit : s’occuper de son
appartement et faire la cuisine, la pauvre n’ayant ni famille
ni amis pour partager sa solitude. Cohen faisait preuve envers elle
de l’ingratitude involontaire de ceux qui se savent éperdument
aimés : «Amour de ma mère, à nul
autre pareil ».
Pleurer sa mère c’est pleurer le temps béni
de l’enfance, un moyen pour Cohen de se réfugier dans
les mots, de s’éloigner de la dureté du monde
extérieur. « Elle est venue, elle n’y a rien
compris, elle est partie ». Ainsi le fils résume-t-il
le passage sur terre de sa mère. Il est plein de compassion
pour elle, déracinée de son Corfou natal, émigrée
à Marseille, timide, maladroite. Il ressent de la «
tendresse de pitié », selon sa propre expression.
Cohen se rend compte avec désespoir qu’il n’a
pas suffisamment profité de sa mère, ne lui a pas
dit combien il l’aimait. Pensait-il qu’elle était
éternelle ? Elle qui était « un peu morte
parmi les vivants », devient « un peu vivante
parmi les morts ».
Un moment émouvant,
qui doit tout à la beauté de la langue de Cohen, à
sa sensibilité, et à la magnifique voix profonde de
G.Guillaumat.
Emilie
Jullin
(26 mars 2003)

http://www.tnp-villeurbanne.com
http://www.republique-des-lettres.com/c2/cohen.shtml
http://www.theatre-contemporain.net/cv/hourdin/default.asp
http://www.atelieralbertcohen.org/
http://www.ccic-cerisy.asso.fr/cohen03.html
|