Un film de Sólveig Anspach
Scénario
Sólveig Anspach et P.E. Guillaume

Quinzaine des réalisateurs - Cannes 1999
France, 1999, 1h50

Sortie nationale 3 novembre 1999


avec Karin Viard (Emma) / Laurent Lucas (Simon) Julien Cottereau (Olivier) / Claire Wauthion (La mère) / Philippe Duclos (le docteur Morin) Charlotte Clamens (Le docteur Colombier)

Le premier long-métrage de Sólveig Anspach s'ouvre sur les battements de coeur d'un foetus de cinq mois, accompagnés des images d'une échographie, comme pour nous dire : voilà le pivot de l'histoire. C'est l'enfant à venir d'Emma et Simon, celui qui poussera Emma à se battre contre une tumeur cancéreuse au sein gauche. Le premier médecin lui annonce sans ambages qu'une interruption de grossesse est nécessaire si elle doit suivre une chimiothérapie. Emma, abasourdie, ne conçoit pas de perdre son bébé. Simon l'emmène alors consulter ailleurs et les docteurs Morin et Colombier leur redonnent espoir, estimant que les traitements à suivre sont sans danger pour l'enfant.

Un long et douloureux combat s'engage contre la maladie et pour la survie de l'enfant et de la mère. C'est une grossesse peu banale qui est ici analysée, entre scènes hospitalières qui seraient glacées sans l'humanité des médecins et des infirmières, et la vie du couple qui continue en dépit de tout, dans leur appartement vieillot au fond d'une chaleureuse impasse peuplée d'enfants.

La cinéaste réalise des documentaires depuis 1988, et certaines séquences en portent la marque, traitant les événements et le développement des sentiments "de manière clinique, détaillée et sans ellipse". Ceci s'applique tout particulièrement aux scènes médicales, au réalisme cru et dépouillé. Cependant, on a bien affaire à de la fiction : l'intensité dramatique est réelle, le scénario et la mise en scène efficaces. A aucun instant ce film n'est glacial ou déshumanisé car l'émotion (sans mélo) est omniprésente : les personnages sont attachants et on a véritablement la sensation d'être face à de vraies personnes, de chair et de sang. Karin Viar, sincère et naturelle, porte le film de façon extraordinaire : "Karin a cherché, puis trouvé Emma, tout au fond d'elle-même" déclare Sólveig Anspach, et elle ajoute, "je suis heureuse d'avoir filmé au plus près son regard déterminé". C'est en effet la récurrence des plans sur le visage et les yeux d'Emma qui nous permet d'entrevoir son âme et ses tourments.

Une femme raconte une autre femme, mais n'en oublie pas les hommes pour autant ; filmés avec tendresse et compréhension, ils souffrent eux aussi : Simon, l'ami d'Emma, dissimule son désarroi sous le rire (comme lors de la première chimiothérapie) et jamais ne la laisse tomber ; Olivier, garçon sensible et désoeuvré, préfère fuir plutôt que de voir le cancer envahir sa soeur ; le docteur Morin (excellent Philippe Duclos), malgré son regard professionnel, ne peut s'empêcher d'être impliqué affectivement.

En dépit de l'intense souffrance et des questionnements qui se dégagent des thèmes abordés (la vie et la mort, respectivement symbolisés par la naissance de l'enfant et le corps dépérissant de la mère), le pessimisme n'est pas de rigueur, et on sort de ce film le coeur haut et solidement attaché à la vie.

B.Longre

http://www.quinzaine-realisateurs.com/fr/archives/fichereal.asp?RealID=9088