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avec
George Clooney, John Turturro, Tim Blake Nelson, Charles Durning,
Holly Hunter.
Dans le Mississipi
profond, trois forçats s'évadent du bagne. Ulysses
Everett Mc Gill, intarissable bavard, Delmar le gentil et l'éternel
râleur Pete, enchaînés l'un à l'autre,
faussent compagnie à leurs gardiens lors de la réfection
d'une route en rase campagne. Unis par le hasard, ils ont rendez-vous
avec leur destin dans ce road-movie comique des frères Coen.
Leur dernier opus, " O'Brother ", se veut une libre adaptation de
l'Odyssée d'Homère dans le Sud américain des
années trente !
Quelques champs de colza plus loin, les trois protagonistes seront
fixés sur leur sort en croisant un invraisemblable Tirésias
moderne, sous les traits d'un noir aveugle conduisant un chariot
manuel sur une voie de chemin de fer. Première référence
à l'antique récit, doublée d'un clin d'il
au " Mécano de la générale " de Buster Keaton.
Happés par le cours des évènements, nos trois
" héros " n'ont d'autre choix que d'épouser la courbe
d'un temps (ici cyclique) riche en rencontres épiques, afin
de recouvrer leur liberté.
Chemin de croix ou ligne de fuite féerique, leur cavale fourmille
d'évènements incongrus et de personnages hauts en
couleurs. Parmi eux un guitariste et chanteur de blues (le poète),
un faux vendeur de bibles borgne (le cyclope), deux candidats en
lutte pour les élections de l'état, trois sirènes
de rivière et leur chant fatal. Sans oublier, tout droit
sortis des enfers, le Shérif Cooley et son cerbère
qui les traquent, ni Penny la femme d'Ulysses, une Pénélope
moins patiente et scrupuleuse que son modèle homérique.
" Ce projet
est né il y a environ 3000 ans, depuis qu'Homère a
commencé à en parler ici et là " déclare
Joel Coen. Toujours préoccupés par l'histoire de leur
pays (le Mississipi pendant la Grande Dépression), les frères
Coen n'en parviennent pas moins à donner un caractère
universel à leur sujet, ici par le biais de l'Odyssée.
Evidemment la trame du récit grec est tourmentée,
parodiée, et ses personnages librement réinterprétés
à des fins humoristiques. Charlie Chaplin et Buster Keaton
demeurent les références principales, et ce jusque
dans le jeu bouffon de George Clooney.
Source d'inspiration
encore, la musique (le blues), omniprésente tout au long
du film. Comédie aux échos tragiques, " O'Brother "
sonde à nouveau (après " Fargo " par exemple) les
tréfonds de l'Amérique et de son passé. Une
histoire du présent à travers le prisme d'un léger
décalage dans le temps et d'une situation géographique
circonscrite.
Toutes les valeurs ou les murs d'outre-Atlantique sont passées
au peigne fin du burlesque : la religion, le racisme du sud et le
Ku Klux Klan, les moyens de communication de masse (les réseaux
sont même évoqués !), la démagogie des
campagnes électorales, etc.. Un constat contrasté,
tout comme les lumières du film.
Après " The Big Lebowski " un peu décevant, les frères
Coen renouent avec leur meilleur cinéma, " O'Brother " est
une comédie poignante et lucide.
Jean-Emmanuel
Denave

voir
aussi la page Cannes 2000
site
officiel
http://studio.go.com/movies/obrother/phono/flash/index.html
Interview
http://www.d.umn.edu/~bjohns33/obrothers.html
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