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Secousse sismique
A la surface
du monde dévasté, quelques hordes d'hommes s'entre-dévorent.
Un père et son fils errent sur la route. Ils traînent
un caddie, explorent les ruines à la recherche d'une boite
de conserve, d'un peu d'eau. Aucun secours à attendre, aucune
ressource et aucun but ailleurs qu'en soi-même. Survivre,
c'est fuir, échapper à la traque des barbares.
Il s'agit de tout sauf de science-fiction : ce sont nos autoroutes
qu'ils sillonnent, nos maisons qu'ils inspectent et les vivres qu'ils
y cherchent ressemblent parfaitement à ceux qui s'amoncellent
dans nos cuisines. S'agit-il d'anticipation ? La force de l'écriture
nous fait comprendre que leur temps est déjà le notre.
La débâcle est amorcée : n'avez-vous pas remarqué
que de fines particules de cendre recouvrent parfois les objets
que nous jetons négligemment au fond de nos caddies ?
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Le père
envie souvent les morts de n'avoir plus à lutter.
Il s'accroche aux paroles de l'enfant. L'enfant «
porte le feu » et ils reprennent chaque matin
la route. Le sort de l'humanité entière pèse
sur ces deux êtres : dans ce monde, que vaut encore
l'espoir d'une transmission, d'une relation autre que marchande,
concurrentielle ou cannibale ? Que vaut encore le conte
biblique de la force vaincue par la faiblesse ?
En guise de réponse, Mc Carthy passe la tradition
du roman américain à l'épreuve d'une
violente vision poétique. Cette illusion que la terre
tremble en lisant, un tel mélange du présent
incertain et du futur inéluctable signent une grande
oeuvre de notre époque.
Jean-Baptiste
Monat
(février 2008)
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