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Muzaffer, cinéaste,
la quarantaine, retourne dans son village natal d'Anatolie pour
y tourner son prochain film. Il y retrouve ses parents (Ewin et
Fatma), son cousin Suffet et Ali son jeune neveu. Chacun de ces
personnages est habité, presque hanté, par une idée fixe : Ewin
veut protéger ses arbres des agents du cadastre et de la réquisition
étatique, Suffet désire partir vivre à Istanbul, Ali rêve d'acquérir
une montre musicale.
Avec sa petite caméra vidéo, Muzaffer (double du réalisateur) filme
les lieux magnifiques de son enfance et les membres de sa famille,
effectuant ainsi quelques « repérages » avant le tournage de son
film proprement dit (les parents de Muzaffer sont joués par ceux
de Ceylan).
Sur un rythme
lent et selon un montage quelque peu alambiqué (il n'y a pas de
véritable scénario), Ceylan donne à voir les choses et les êtres
de cette parcelle de la Turquie. Sa caméra, souvent méditative,
filme les visages comme des paysages et les éléments naturels comme
des entités à part entière (rais de soleil, champs, pluie, vent
ployant la cime des arbres, brume…). Certains plans semblent même
imprégnés de la matière filmée : plans gorgés d'eau ou saturés de
soleil, plans traversés de brume diffuse, plans ridés par la peau
vieillie d'un personnage. La séquence muette sur les parents de
Muzaffer filmés en hiver est tout simplement éblouissante !
Parfois, le
réalisateur s'attarde sur une chose ou un signe a priori insignifiants
(une feuille, une trouée de lumière, un reflet), ou encore oublie
tout sérieux lors de quelques passages humoristiques. Entrecroisant
fiction et réalité, rythmes lents et séquences plus saccadées, cycles
naturels et durée humaine, Ceylan construit un objet cinématographie
singulier, proche de l'écriture de Giono ou de la démarche d'Abbas
Kiarostami. Avec lui le spectateur effectue une expérience hors
des sentiers battus du cinéma dominant. Du coup, certains trouveront
peut-être la lenteur du film exaspérante, l'attention portée aux
visages trop appuyée ou répétitive, le soin porté à la composition
du cadre trop empesé.
Il n'en demeure
pas moins que, malgré quelques longueurs et quelques effets « esthétisants
», Nuages de Mai atteint à une réelle poésie.
Jean-Emmanuel
Denave

http://us.imdb.com/Name?Ceylan,+Nuri+Bilge
http://www.filmfestivals.com/berlin_2000/competition/film_clouds.htm
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