un film de Nuri Bilge Ceylan

Turquie 2000. Durée : 1h55

Avec Emin Ceylan, Muzaffer Ozdemir Emin Toprak, Muhammad Zimbaoglu, Fatma Ceylan

Sortie 21 mars 2001

 

Muzaffer, cinéaste, la quarantaine, retourne dans son village natal d'Anatolie pour y tourner son prochain film. Il y retrouve ses parents (Ewin et Fatma), son cousin Suffet et Ali son jeune neveu. Chacun de ces personnages est habité, presque hanté, par une idée fixe : Ewin veut protéger ses arbres des agents du cadastre et de la réquisition étatique, Suffet désire partir vivre à Istanbul, Ali rêve d'acquérir une montre musicale.
Avec sa petite caméra vidéo, Muzaffer (double du réalisateur) filme les lieux magnifiques de son enfance et les membres de sa famille, effectuant ainsi quelques « repérages » avant le tournage de son film proprement dit (les parents de Muzaffer sont joués par ceux de Ceylan).

Sur un rythme lent et selon un montage quelque peu alambiqué (il n'y a pas de véritable scénario), Ceylan donne à voir les choses et les êtres de cette parcelle de la Turquie. Sa caméra, souvent méditative, filme les visages comme des paysages et les éléments naturels comme des entités à part entière (rais de soleil, champs, pluie, vent ployant la cime des arbres, brume…). Certains plans semblent même imprégnés de la matière filmée : plans gorgés d'eau ou saturés de soleil, plans traversés de brume diffuse, plans ridés par la peau vieillie d'un personnage. La séquence muette sur les parents de Muzaffer filmés en hiver est tout simplement éblouissante !

Parfois, le réalisateur s'attarde sur une chose ou un signe a priori insignifiants (une feuille, une trouée de lumière, un reflet), ou encore oublie tout sérieux lors de quelques passages humoristiques. Entrecroisant fiction et réalité, rythmes lents et séquences plus saccadées, cycles naturels et durée humaine, Ceylan construit un objet cinématographie singulier, proche de l'écriture de Giono ou de la démarche d'Abbas Kiarostami. Avec lui le spectateur effectue une expérience hors des sentiers battus du cinéma dominant. Du coup, certains trouveront peut-être la lenteur du film exaspérante, l'attention portée aux visages trop appuyée ou répétitive, le soin porté à la composition du cadre trop empesé.

Il n'en demeure pas moins que, malgré quelques longueurs et quelques effets « esthétisants », Nuages de Mai atteint à une réelle poésie.

Jean-Emmanuel Denave

http://us.imdb.com/Name?Ceylan,+Nuri+Bilge

http://www.filmfestivals.com/berlin_2000/competition/film_clouds.htm