La Balade en Traîneau
collection Les p’tits Suisses
La Joie de lire, 2003
à partir de 8 ans

 

Un album mélancolique, qui tient à la fois du conte et du souvenir d’enfance.

A l’occasion de chaque nouvel an, M. Clic emmène sa femme et ses deux enfants faire une promenade en traîneau, ce véhicule étant le dernier vestige d’une vie autrefois fastueuse. Louis et Jeannette se préparent pour la promenade comme pour une fête, sans « le cocher et la gouvernante » qu’ils avaient autrefois. Leur père conduira et les guidera, aidé du « gros cheval roux ». Ils traversent chemins et montagnes dans le froid et la neige, croisant sur leur route paysans et mulets. Après avoir dîné de « bouillon de marmotte », ils poursuivent leur balade, rencontrent des skieurs qui ressemblent à « des anges, des anges en pull-overs de chez Riquet ».
Sur le chemin du retour, le traîneau file à vive allure, dans le « reflet rose » de la neige et la clarté montante de la lune. Mais soudain M. Clic rompt le charme en déclarant qu’il s’est perdu. Les enfants sont alors ravis de continuer la promenade : « On se croirait dans un rêve » déclare Mme Clic. Au loin, ils distinguent un village peu accueillant mais dont ils espèrent l’hospitalité. C’est un beau village : « Il y avait en lui une harmonie, un charme insolite… On ne pouvait rien apercevoir derrière les vitres rondes et glauques, cloisonnées de fer ». Dès leur arrivée, des hommes et des enfants arrivent de toutes parts, habillés de gros drap brun, avec des visages très pâles « comme du lait ». Justement, on sert aux nouveaux venus du lait, qu’ils boivent au rythme des chants de joie des enfants.

Ce moment d’ivresse prend fin car le temps semble se suspendre pour les villageois, ils «attendent l’heure» ; M. Clic, étonné, les questionne sans obtenir de réponse. Seule une jeune fille s’approche pour leur dire : « Partez, fuyez ! Parce que si vous restiez ici…ce serait pour l’Eternité ». Le traîneau fait demi-tour sur le bon chemin et M. Clic s’empresse de demander à l’aubergiste de le renseigner sur ce mystérieux village appelé « Manec ».

Ce dernier raconte alors l’étrange et terrible histoire du village : « C’est un village qui a disparu le soir de Sylvestre, il y a des centaines d’années sous une avalanche. Certains racontent qu’il reparaît parfois, le jour de l’An, et que ses habitants y vivent comme ils vivaient en ce temps-là. Mais à six heures du soir, heure de l’avalanche, la neige à nouveau le recouvre »…

Les dessins de Géraldine Alibeu illustrent ce texte avec une poésie du détail : dans les paysages, les branches des arbres sont faites de dentelles, les nuages sont des poussières de neige. Durant la balade en traîneau, le temps semble figé, suspendu dans le bonheur de l’instant. Les personnages sont esquissés au crayon noir dans des teintes naturelles, comme s’ils étaient transparents. Les habitants du village, eux, sont blancs, telle la neige qui les a ensevelis, et noirs comme la mort. Les maisons grises sont des tours de prisons aux fenêtres barricadées. Vers la fin du jour, le village reste auréolé d’un nuage rosé, qui le recouvre, mirage. En dernière page, la lune sourit à la famille Clic de retour à la maison, dans une belle image qui respire le silence et la sérénité.Nous ne saurons alors si cette histoire était un songe, tant elle laisse planer un doux parfum d’irréalité.

Cendrine Genin
(février 2004)

http://www.lajoiedelire.ch