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Un
album mélancolique, qui tient à la fois du conte et
du souvenir d’enfance.
A l’occasion
de chaque nouvel an, M. Clic emmène sa femme et ses deux
enfants faire une promenade en traîneau, ce véhicule
étant le dernier vestige d’une vie autrefois fastueuse.
Louis et Jeannette se préparent pour la promenade comme pour
une fête, sans « le cocher et la gouvernante
» qu’ils avaient autrefois. Leur père conduira
et les guidera, aidé du « gros cheval roux ».
Ils traversent chemins et montagnes dans le froid et la neige, croisant
sur leur route paysans et mulets. Après avoir dîné
de « bouillon de marmotte », ils poursuivent
leur balade, rencontrent des skieurs qui ressemblent à «
des anges, des anges en pull-overs de chez Riquet ».
Sur le chemin du retour, le traîneau file à vive allure,
dans le « reflet rose » de la neige et la clarté
montante de la lune. Mais soudain M. Clic rompt le charme en déclarant
qu’il s’est perdu. Les enfants sont alors ravis de continuer
la promenade : « On se croirait dans un rêve »
déclare Mme Clic. Au loin, ils distinguent un village peu
accueillant mais dont ils espèrent l’hospitalité.
C’est un beau village : « Il y avait en lui une
harmonie, un charme insolite… On ne pouvait rien apercevoir
derrière les vitres rondes et glauques, cloisonnées
de fer ». Dès leur arrivée, des hommes
et des enfants arrivent de toutes parts, habillés de gros
drap brun, avec des visages très pâles «
comme du lait ». Justement, on sert aux nouveaux venus
du lait, qu’ils boivent au rythme des chants de joie des enfants.
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Ce
moment d’ivresse prend fin car le temps semble se suspendre
pour les villageois, ils «attendent l’heure»
; M. Clic, étonné, les questionne sans obtenir
de réponse. Seule une jeune fille s’approche
pour leur dire : « Partez, fuyez ! Parce que si
vous restiez ici…ce serait pour l’Eternité
». Le traîneau fait demi-tour sur le bon
chemin et M. Clic s’empresse de demander à l’aubergiste
de le renseigner sur ce mystérieux village appelé
« Manec ».
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Ce dernier raconte
alors l’étrange et terrible histoire du village : «
C’est un village qui a disparu le soir de Sylvestre, il
y a des centaines d’années sous une avalanche. Certains
racontent qu’il reparaît parfois, le jour de l’An,
et que ses habitants y vivent comme ils vivaient en ce temps-là.
Mais à six heures du soir, heure de l’avalanche, la
neige à nouveau le recouvre »…
Les dessins de Géraldine Alibeu illustrent ce texte avec
une poésie du détail : dans les paysages, les branches
des arbres sont faites de dentelles, les nuages sont des poussières
de neige. Durant la balade en traîneau, le temps semble figé,
suspendu dans le bonheur de l’instant. Les personnages sont
esquissés au crayon noir dans des teintes naturelles, comme
s’ils étaient transparents. Les habitants du village,
eux, sont blancs, telle la neige qui les a ensevelis, et noirs comme
la mort. Les maisons grises sont des tours de prisons aux fenêtres
barricadées. Vers la fin du jour, le village reste auréolé
d’un nuage rosé, qui le recouvre, mirage. En dernière
page, la lune sourit à la famille Clic de retour à
la maison, dans une belle image qui respire le silence et la sérénité.Nous
ne saurons alors si cette histoire était un songe, tant elle
laisse planer un doux parfum d’irréalité.
Cendrine
Genin
(février 2004)

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