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Dire
le silence
« Et
si rien n’était vraiment solide ? » s’interroge
Nicole, face à Jonas qu’elle tente d’apprivoiser,
en vain (Des morceaux de lui vont s’en aller). L’enfant,
emmuré dans un silence qui déroute les adultes, ne
parvient pas à se faire une place dans le monde scolaire
ultra régulé, qui pourtant veut bien de lui. En quelques
scènes, par fines touches, Catherine Leblanc trace le parcours
d’un petit garçon différent, dont la vie intérieure
est perturbée par l’obligatoire contact avec les autres.
Lui parviendra à s'entrouvrir, contrairement à Julia
(Douée pour le silence), qui se replie sur elle-même
en comprenant que personne, pas même sa mère, n’accepte
d’entendre ce qui pèse sur son cœur : «
Parler, c’est se risquer, parler c’est souffrir.»
se dit-elle, résolue à garder son terrible secret.
Et à force d’entendre qu’elle serait «douée
pour le silence », elle se tait.
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« Le silence, c’est très concret, très
solide », pense la jeune narratrice. Et c’est
aussi l’impression qui se dégage de ce recueil,
où l’auteure décline quelques existences
fragiles, sur le fil – l'impression d’un silence
palpable qui emplit tout et enferme chacun dans sa solitude
; tout comme celui dans lequel Samuel se réfugie (La
fin du centaure) quand son petit frère Jonathan
tombe dans le coma ; la vie semble s’arrêter pour
l’adolescent, et son silence fait écho à
celui de Jonathan, resté sur son lit d’hôpital,
et que les mots qui circulent autour de lui ne semblent pas
atteindre. Ironie du sort, l’une des rares fois où
Samuel ose en parler à une camarade de classe, l’enseignant
les fait taire… |
De ces nouvelles
sensibles, tour à tour graves ou légères, on
retient aussi le silence impuissant d’Arthur face aux lettres
qui s’alignent sur la page ; il aimerait apprendre à
lire, les mots le fascine mais, tétanisé, il en est
empêché par la présence d’une mère
dont les attentes lui paraissent démesurées –
comme si elle s’était appropriée le langage,
l'avait confisqué, étouffant le moindre effort de
l’enfant, saturant l’air qu’il respire. Et même
si le récit s’achève sur une note optimiste,
on se surprend à penser que les souffrances d’Arthur,
confronté à une mère aux émotions versatiles,
ne font que commencer. On prend toutefois conscience qu’à
divers degrés, nous sommes tous ainsi – fragiles, à
la merci de nos émotions, de nos silences et de ceux des
autres. Là réside une des forces de cet ouvrage –
nous renvoyer, par le biais de personnages pour lesquels on ressent
de la compassion, mais qui ne nous ressemblent pas forcément,
à nos propres fluctuations.
Blandine
Longre
(novembre 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et
critique littéraire, elle s’intéresse tout
particulièrement aux écritures contemporaines (francophone,
anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature
pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation)
et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

lire
aussi
Rester vivante -
Actes Sud Junior 2007
Ma
couleur - Balivernes, 2007
http://catherineleblanc.blogspot.com/
http://decouvertes.lucioles.free.fr
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