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(Re-)vivre
enfin
Nombre de lecteurs (jeunes et moins jeunes) se retrouveront certainement
dans Jo, la narratrice créée par Catherine Leblanc,
un personnage crédible, touchant, et qui surtout parvient
à mettre en mots son mal-être, des mots qui lui permettent
de mieux appréhender ses émotions contradictoires
; et ce, en dépit de la méfiance que le langage lui
inspire d’ordinaire : « Parler n’empêche
pas d’être seul, c’est une illusion de penser
que les autres peuvent nous comprendre. » lance-t-elle
un jour à son professeur de philosophie – une discipline
qui d’abord l’intrigue, puis la déçoit
en ce début d’année de terminale.
Comme beaucoup de narrateurs de romans miroirs, Jo a du mal à
communiquer, en particulier avec ses parents, des êtres résignés
au désenchantement ambiant, qui se disputent perpétuellement
: la mère est intrusive et superficielle, pleine de fausse
sollicitude, passant son temps à s'apitoyer sur son sort,
le père reste indifférent à sa fille, lui imposant
sa vulgarité depuis plusieurs années. La rage qui
envahit par instants la jeune fille et la médiocrité
des adultes qui l’entourent fait immanquablement repenser,
entre autres, à Jeanne, l’adolescente de Mémoires
d'une sale gosse de Cédric Erard.
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Jo
a parfois des envies de meurtre quand son père regarde
des films pornos en pleine journée, et se surprend
à espérer la mort de cet homme – une violence
contenue, en tout cas préférable aux idées
noires qu’elle ressasse à d’autres moments.
Car Jo se définit comme « une erreur ambulante
», bourrée de complexes qu’elle égrène
dès les premières lignes (« Je suis
laide. (…) Je suis maigre. (…) Je passe inaperçue.
( …) Mon cœur est plein de verre pilé. »),
angoissée chronique, à un âge où
tout est pourtant encore à vivre, en particulier l’amour
et la sexualité. Et son seul projet, en étant
si mal partie dans la vie, est tout simplement de «rester
vivante », malgré la gêne qu’elle
éprouve à se retrouver avec ses pairs, malgré
le regard si sévère qu’elle porte sur
elle-même et sur son corps, malgré le sentiment
constant d’être à l’écart
et qu’elle entretient comme pour parer à toute
désillusion. |
L’intrigue
elle-même est simple : Jo a peu d’amis, hormis la très
sage Laurence qui attend l’Amour (en apparence), mais grâce
à Amina, si « solaire », elle rencontrera
un garçon de passage, plus âgé qu’elle,
qui l’initiera gentiment à l’amour physique,
sans rien lui promettre. Une découverte qui la métamorphose
radicalement et ravive ses espoirs ; et lorsqu’elle raccompagne
ce garçon à la gare, le départ du train est
annonciateur d’autres départs – le signe que
la vie commence enfin pour Jo. Un dénouement en demi teinte,
qui laisse présager de beaux jours en dépit de la
tristesse de la séparation. Rester vivante
est un roman d’apprentissage solide, bref mais intense, que
l’on prend plaisir à lire d’une traite tant le
désir de la découverte est grand – car malgré
la situation très ordinaire de Jo, le roman échappe
à nombre de clichés souvent inhérents au genre,
et qui ici sont habilement détournés par l’auteure,
en particulier grâce à une écriture exigeante,
qui toujours fait mouche.
Blandine
Longre
(avril 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et
critique littéraire, elle s’intéresse tout
particulièrement aux écritures contemporaines (francophone,
anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature
pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation)
et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

http://www.actes-sud.fr/junior/
http://leblogdecatherineleblanc.blogspot.com/
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