Transfigurations
2002, José Corti

 

La vénusté des corps

Recueil de 5 nouvelles parues pour la plupart dans des revues littéraires, Transfigurations lève le voile sur les aspirations sacrées du corps, sa puissance d’impact, son emprise sur l’esprit. Perçu comme blasphématoire dans l’ancien temps et aujourd’hui traité comme un véritable produit de consommation, le corps, objet de peur et de fascination, est décortiqué ici dans un parfait émerveillement comme un jouet mécanique d’un autre temps dont on aurait perdu la clé. D’une strip-teaseuse emplie d’une grâce morbide pour son dernier tour de piste à la contemplation d’une croyante aux fronts ruisselants de perles ensanglantées, en passant par les pulsions meurtrières d’un homme envers l’amante endormie, l’écriture ombrageuse et littéralement hypnotique de Claude Louis-Combet caresse les feuillets blancs pour y déposer une encre profonde et empirique. Soucieuse de l’épiderme et de sa capacité à se séparer de l’esprit, sa plume explore les différentes manifestations de la chair, ses perceptions internes comme externes, plongeant ainsi dans l’indicible langage du corps, menuet de soubassements tour à tour mesquin et généreux.

J’ai tout l’air de veiller mais je sais que tu me surveilles parce que tu sais que je te surveille, et toi, tu as l’air de veiller du fond de ta beauté naguère houleuse et maintenant pétrifiée. J’entends que tu ne respires pas et toi, tu portes toute ton attention sur ce qui fut bruyant et s’est éteint. La chair est vigilante mais déserte. Habitée de solitude en son fondement. Et hantée d’être si désespérément seule et hors des mots. Le mal de blancheur.

Si Claude Louis-Combet révèle ô combien énergies irrationnelles et pulsions dévastatrices poussent nos petits corps machines dans leurs retranchements les plus mystérieux, anfractuosités où les actes charrient le sublime, c’est qu’il y a sans doute en l’auteur une envie vivace de réhabiliter le corps comme vecteur de communication et de spiritualité. L’analyse des mouvements de l’âme avec le corps, Claude Louis Combet s’en fait le pugnace laborantin avec Le Mal de Blancheur, dernière nouvelle flirtant avec les clairs-obscurs du cinéma de Claire Denis. Ouvrant sur l’univers de corps anguleux et autonomes, en proie aux pulsions exacerbées par les petits tourments du quotidien, ce texte affleure sur un monde fantastique de toute beauté, comme suspendu au-dessus du vide, touchant à l’intemporalité même. La sensitivité des corps, mués par des désirs ardents et contradictoires, l’auteur en dévoile l’infinie complexité et invite le lecteur à sonder en lui-même. Transfigurations, ou l’alchimie du corps et de l’esprit dans un décor dont Claude Louis-Combet s’avère un parfait metteur en scène.

Philippe Beer-Gabel
(janvier 2003)

Les éditions José Corti
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