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Musique
originale Yves Prin ; direction musicale
Thierry Ravassard ; scénographie
Renaud de Fontainieu ; lumières Julia
Grand ; costumes Thibaut Welchlin ; coiffures,
maquillages Nathalie Charbaut ; marionnettes
Antonin Bouvret ; assistante Laure Charvin-Gautherot
; assistante à la scénographie Bérengère
Naulot ; assistant aux lumières Pablo
Roy ; assistant aux costumes Jean Philippe
Blanc
avec
Anne Benoit La Mère ; Laurence Besson Mara
; Jeanne Brouaye Violaine ; Olivier Borle Jacques Hury ; André
Falcon Anne Vercors ; Serge Maggiani Pierre de Craon ; Jérôme
Quintard L'Apprenti
l'Ensemble
In & Out/Thierry Ravassard : Baptiste Germser,
cor, percussions ; Laurent Mariusse, percussions, synthétiseur
; Thierry Ravassard, piano, synthétiseur, percussions
; Anne-Catherine Vinay, clavecin, percussions, synthétiseur.
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Théâtre
National Populaire
8 place Lazare-Goujon
69627 Villeurbanne Cedex
tél. location et billetterie
04 78 03 30 00
http://www.tnp-villeurbanne.com
Théâtre
des Gémeaux –
Scène Nationale de Sceaux
49 avenue Georges Clémenceau
92330 Sceaux
01 46 61 36 37
http://www.lesgemeaux.com/
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Claudel
vomit les tièdes
Dans un «
Moyen-âge de convention », deux soeurs, filles d'un
riche paysan champenois, entrent en rivalité et se déchirent,
sous le regard de leurs parents, de deux hommes (amants ou maris
potentiels) et surtout : de Dieu. Prétendre résumer
succinctement L'Annonce faite à Marie
de Claudel (trois heures trente de spectacle) s'avère évidemment
absurde et vain : les personnages dépourvus de profondeur
psychologique incarnent des puissances ontologiques, l'action sacrifie
toute causalité pour privilégier une sorte de dialectique
de la faute et de la grâce, le tout se subordonnant au déchaînement
d'un verbe chargé de porter à son terme ce moment
de crise mystique et spirituelle.
Cette pièce,
dont les premières ébauches, maintes fois reprises,
remontent à 1892, fut la première de Claudel a être
montée, en 1912, dans une mise en scène de Lugné-Poe,
ce qui explique pour une part son immense succès, jamais
démenti, autant en France qu'à l'étranger (Alain
Cuny en a même réalisé une version pour le cinéma
en 1991). La mise en scène de Christian Schiaretti n'apporte
probablement pas de trouvaille décisive mais se révèle
fort efficace dans sa synthèse des éléments
suggérés par Claudel et ceux proposés par les
nombreuses expériences antérieures. On peut en outre
saluer l'audace nécessaire pour s'attaquer à ce monument
monstrueux du répertoire. A la croisée des genres
dramatique, poétique voire lyrique (elle a également
été transposée en opéra), L'Annonce
faite à Marie mélange en outre des registres
apparemment opposés. La rencontre d'un réalisme cru
et d'une multitude de motifs catholiques provoque un surnaturel
trouble dont les effets sont aussi violents que concrets. Tous les
échelons reliant la damnation à la sainteté
semblent représentés sur scène : on s'y communique
gaiement la lèpre, on y construit des cathédrales
à la force de la foi, on s'invective en latin, on s'enterre
et on se ressuscite, on s'idolâtre avant de se maudire...
Si le spectateur
mécréant ne reçoit pas la grâce derrière
un pilier du TNP, il encaisse en tout cas un furieux coup de Bible
et l'on conçoit qu'en ces temps de « retour du religieux
» il n'ait pas que des a priori favorables là-dessus.
L'on peut penser à ces mots de Cioran, qui se sent «plus
en sûreté auprès d'un Pyrrhon que d'un saint
Paul (Claudel ?), pour la raison qu'une sagesse à boutades
est plus douce qu'une sainteté déchaînée
».
Mais si on ne
possède qu'une foi restreinte, il serait malvenu de l'avoir
mauvaise : les atroces bondieuseries que les acteurs se jettent
à la figure font entendre en effet un langage inouï,
la grande invention de Claudel, mieux, sa création, en quoi
il redevient comme tout démiurge, tout grand poète,
essentiellement païen et assurément génial. Par
bonheur, la mise en scène de Christian Schiaretti permet
aux acteurs d'exposer la puissance de cette écriture, son
étrange texture sonore qui travaille des unités de
rythmes négligées par la tradition prosodique française
(de sa fascination pour le iambe au verset) et la beauté
fruste de certaines expressions, certaines tournures aux semelles
crottées de boue champenoise....Ce texte terriblement emphatique
imposant avant tout un vigoureux effort de scansion met en relief
la voix de certains acteurs (celle de Serge Maggiani dans le rôle
de Pierre de Craon est particulièrement belle) même
si à l'inverse le moindre relâchement peut causer le
décrochage définitif du spectateur. A bon entendeur,
donc...
Jean-Baptiste
Monat
(octobre 2005)
Jean-Baptiste
Monat poursuit
des études de Lettres qui le mènent plus particulièrement
dans le domaine poétique français (il a travaillé,
entre autres, sur Armand Robin) et
déambule volontiers aux confins des genres littéraires,
vers certaines de leurs marges (la chanson notamment).
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