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Le
nez dans la fourmilière
« C’est
là que je vais travailler à partir d’aujourd’hui,
d’abord parce que j’ai besoin d’argent, simplement,
ensuite parce que ce besoin viendra se mêler aux évènements
que je serai amenée à vivre et aux personnes dont
je ferai la connaissance, à la façon du cuivre qui
fusionne avec l’étain, ou de l’oxygène
avec l’hydrogène. Puis, à la fin, j’y
resterai sans même savoir pourquoi. »
Quand elle arrive comme hôtesse d’accueil dans une Tour
en verre, la narratrice, en quête d’argent après
une rupture amoureuse, est loin de se douter qu’elle assistera
à sa chute, ni qu’elle côtoiera les têtes
pensantes de l’entreprise au trentième étage,
devenant un des maillons indispensables de la chaîne.
La narratrice
— apprentie écrivain — s’est souvent pris
à fantasmer en pensant à ces millions de lumières,
ces millions de vies grouillant dans ces Tours de verre irréelles
« qui se reflètent les unes dans les autres à
travers la trace fugace des voitures qui passent, d’arbres
qui s’agitent, d’oiseaux qui volent et d’avions
qui émergent des nuages », là voici désormais
de l’autre côté du miroir.
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L’originalité
de ce roman tient sans conteste dans la personnalité
de l’héroïne qui, comme tout écrivain,
garde un oeil extérieur même quand elle s’implique
: elle vit et se regarde vivre, pense et s’écoute
penser dans un dialogue incessant avec elle-même, et
tel un détective, observe les autres, analyse leurs
comportements, influe juste ce qu’il faut pour les pousser
à se dévoiler, entraînant des événements
— plus ou moins tragiques — qui, souvent, donnent
raison à son intuition. Jeu pervers et jubilatoire
qui consiste à percer l’âme humaine derrière
les intrigues de pouvoir, à toucher l’homme derrière
sa fonction bouclier : « Depuis le temps, j’ai
appris à écouter la Tour de Verre. (…)
Il semblerait que les matériaux qui la composent soient
d’excellents conducteurs de l’énergie humaine,
ses réussites, ses échecs, ses rêves,
et ses rancoeurs. » |
«
Où le cours des évènements nous conduit-il
? » s’interroge-t-elle, « Il se pourrait
qu’il n’y ait pas de destination au terme de tout cela,
aucun but, que ça change de forme juste pour pouvoir changer
de forme, et ainsi de suite. ». Pourtant, une fois les
secrets éventés, les dominos retournés les
uns après les autres, l’écrivain sera forcée
de reformuler sa question aux vues de la réponse ; car ce
qui meut les gens, les consume, les jette dans des situations inextricables,
ce qui fait et défait une entreprise, régit la société
elle-même, pourrait bien être simplement… L’amour.
Et le désir qui l’accompagne.
Clara Sanchez,
en nouvelliste accomplie — Lauréate du Prix Alfaguara
— construit chacun de ses chapitres comme autant de récits
qui sortent l’histoire d’une trame linéaire et
permettent d’entrer dans les personnages — du chauffeur
au patron — afin de révéler la vérité
derrière leurs vérités, de reconstituer le
puzzle formé par cette mosaïque de vies… Ce million
de lumières.
Maïa
Brami
(mai 2006)
Née
en 1976, Maïa Brami
est écrivain — pour petits, moyens et grands! —
et journaliste. En parallèle aux ateliers d'écriture
dans les écoles et lycées, elle anime une chronique
hebdomadaire sur la littérature Jeunesse dans l'émission
Au fil des pages, diffusée sur les ondes de RCF.
Après un premier roman, Vis ta vie Nina (Grasset
Jeunesse, Prix Chronos 2002) elle a reçu en juin 2005 le
Prix Matti Chiva de l'Institut Danone pour un album, Goûte
au moins! (éditions Circonflexe).
Derniers titres paru : Mon arbre ami illustré par
Ingrid Monchy (Les albums Duculot, Casterman, 2005) et un roman,
Norma (Folies d'Encre, 2006)

http://www.barcelonareview.com/42/s_cs_int.htm
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