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Poétique
de l'ordinaire
| Clara
Callan, neuvième roman de l'auteur canadien Richard
B. Wright, a déjà remporté deux prix prestigieux,
le Giller Prize et le Governor General's award for fiction ;
une double récompense qui peut surprendre tant ce roman
est "classique" ; rien que de très banal dans
ce récit épistolaire sans intrigue complexe, où
le personnage central est une jeune femme ordinaire (et déjà
"vieille fille"), qui mène une vie simple et
tranquille : Clara Callan, institutrice, vit seule dans la maison
familiale de Whitfield, petit village de l'Ontario, depuis la
mort de son père, qui était le directeur de l'école
locale. Sa soeur Nora, en ce début d'hiver 1934, est
partie pour New-York, où elle tente sa chance dans les
soap operas radiophoniques. Clara se retrouve ainsi isolée,
avec pour seule compagnie quelques voisins, des dames paroissiales
un peu trop curieuses, son piano et les poèmes qu'elle
compose. |
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Elle et sa soeur
échangent de longues lettres (Clara refuse de faire installer
le téléphone...) et Clara écrit son journal.
Hormis quelques autres protagonistes dont les missives parsèment
le roman, les lettres des deux soeurs et les pensées intimes
de Clara sont les témoins uniques de quatre années
d'une vie calme et solitaire, entrecoupée de quelques événements
majeurs (un viol, un voyage en Italie, et une histoire d'amour bancale)
qui transforment peu à peu la vie de cette jeune femme. Et
pourtant, ce roman recèle un charme indéfinissable,
et l'on est frappé par la pudeur de ce personnage, lucide
et naïve tout à la fois et au fur et à mesure
que l'on pénètre dans son jardin secret, on se sent
proche de ce personnage imprévisible dont on conserve une
image un peu floue, sans contours précis. Car derrière
l'aspect ordinaire de sa vie, se dégagent quelques traits
frappants, qui choquent bien entendu la petite communauté
villageoise : quand Clara comprend un beau matin qu'elle ne croit
plus en Dieu (même si elle sait qu'aller à l'église,
comme de coutume, lui faciliterait la vie...), le voisinage est
en émoi. Ainsi, recluse dans ses pensées, se refusant
l'unique sortie hebdomadaire d'habitude prisée par les âmes
isolées, Clara incarne tout ce que la solitude (presque choisie)
peut avoir de pesant et de grisant tout à la fois : elle
ne fondera peut-être pas de famille, mais elle peut aussi
choisir de faire ce qu'elle veut quand elle veut ; elle sait que
cet isolement peut être fatal, mais elle accepte cette vie
dans la quiétude, sans rancune contre le monde en général
; un choix que d'autres, comme sa soeur Nora (dont la vie new-yorkaise
est trépidante), acceptent mal.
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Le talent
de l'auteur, qui fait un portrait vivant et réaliste
des femmes d'avant-guerre, consiste à transmettre brillamment
les émotions et les sentiments de cette jeune femme
que les autres semblent regarder d'un oeil incertain, incapables
de cerner ce tempérament hors du commun qui défie
lentement mais obstinément les conventions, et pourtant
extérieurement terriblement quelconque. Une poétique
de l'ordinaire se dégage ici, à contre-courant
de toute mode littéraire actuelle, mais qui fascinera
le lecteur.
Blandine
Longre
(septembre 2002)
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http://www.globebooks.com/interviews/wrightrichard.html
http://www.dfait-maeci.gc.ca/australia/richard_wright-f.asp
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