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Hélène
Cixous, femme de lettres atypique et prolifique, à l'écart
des modes et des normes sait assurément captiver son auditoire.
Accompagnée de Mireille Calle-Gruber elle nous raconte
la violence d'écrire, acte de jouissance et de souffrance
mêlées, et du livre-personnage, parabole de l'être
humain, "voué comme lui à la poussière"
; de la tyrannie du livre objet-sujet-actant qui "mène
la danse, qui écrit l'auteur", un livre libre qui vibre,
pas encore cloisonné dans la "tombe du volume"
et qui refuse de se soumettre à l'auteur-scribe, le transcripteur
impuissant face à tant de violence. Car le livre est le fruit
d'une succession de bombardements qui forgent des "cratères
symboliques" dans la conscience de l'auteur ; une longue gestation
précède alors sa naissance, jamais souhaitée
: les livres d'Hélène Cixous n'ont en effet écrit
que des livres qu'elle ne voulait pas écrire ; ils se sont
imposés à elle, elle a tenté de les fuir, tout
en étant incapable d'écrire "le livre rêvé",
celui qu'elle pressent mais qu'elle ne peut mettre en mots ; car
le moteur de l'écrire demeure l'énigme ("Qu'est-ce
que je ne veux pas dire?"). Ainsi, elle ajoute : "Entre
l'auteur et le livre, tout ne va pas de soi. Au moment où
l'auteur croit pouvoir fermer la porte d'un chapitre, le livre met
son pied dans la porte. Si je veux m'expliquer, le livre me coupe
la parole et prend la sienne à ma place."
La sérénité de la voix dissimule mal la ferveur
poignante qui habite l'écrivaine, issue, semble-t-il, d'une
accumulation de cataclysmes et d'un vivre indissociable de l'écrire
: une enfance à Oran, une identité culturelle multiforme,
la fuite du père lorsqu'elle a onze ans... Ses oeuvres de
fiction sont nécessairement inclassables, mixtes indescriptibles
d'autobiographie, d'analyse et de poétique. L'écrire
est ainsi "la saisie instantanée des inoubliables",
des événements triviaux et de ceux qui disloquent,
qui délogent l'humain de l'ordinaire et qui retomberaient
dans l'oubli sans l'écrire : "Les mots n'existent
pas s'ils ne sont pas événements", ajoute
Hélène Cixous.
Sa fascination pour le verbe l'amène à poser l'écrivain
éveillé comme archéologue du langage : il se
doit de réveiller les mots morts, rappeler leur signification
originelle, les extraire peu à peu des strates de sens et
de connotations qui, année après siècle, se
sont déposés sur le sens aujourd'hui perdu, et ce,
afin que la vérité "intense" du mot soit
re-dévoilée. Elle illustre son propos en expliquant
que l'enfant "inexact" (l'enfant mongolien dont elle fait
le sujet de Le jour où je n'étais pas là)
est aussi le "niais" : un terme loin d'être dégradant
et qui, étymologiquement, désigne le jeune faucon
qui n'a pas encore pris son envol. Loin de tout académisme
rétrograde, sa démarche de "défouissement"
parvient à délivrer le mot du carcan du cliché
et à nous le livrer poétiquement, nu et transfiguré.
Chacune des
interventions de Mireille Calle-Gruber, professeur de littérature
française à Paris VIII, prolonge les propos d'Hélène
Cixous et apporte un éclairage nouveau et quasi-simultané,
une sorte de commentaire poétisé sur une autre poétique
et une écriture, explicitant le rôle de la syntaxe
; ajoutant, avec justesse, que l'art poétique naît
d'un glissement, d'une entorse syntaxique ou grammaticale parfois
à peine perceptible, ou encore d'un mot qui se décompose,
se disloque, faisant ainsi apparaître d'autres mots, des réseaux
de mots et d'interprétations, des "liaisonnements"
qui cimentent le texte et la pensée.
"Etre lettré"
complet, Hélène Cixous, avec modestie et conviction,
paraît s'être forgé un vaste système qui
englobe tout à la fois linguistique, psychanalyse, politique,
féminisme, poétique ... d'une universalité
et d'une intertextualité telle, nous semble-t-il, que chacun
de ses mots, chacune de ses pensées paraît faire écho
à l'une de nos expériences de lecteur.
B.
Longre
Villa
Gillet
25 rue Chazière
(Parc de la Cerisaie)
69004 Lyon
04 78 27 02 48

Le jour où
je n'étais pas là (2000)
http://www.liberation.fr/livres/2000sept/1409cixous.html
Le
rêveries de la femme sauvage (2000)
http://www.lematin-dz.com/les_gens/helene_cixous.htm
http://www.ombres-blanches.fr/pages/bulletin/janv_fev00/12hc1002.htm
Tambours
sur la digue (Le théâtre du soleil)
http://www.theatre-du-soleil.fr/tambour/presentation.html
Bibliographie
http://margaux.ipt.univ-paris8.fr/~etudfem/notice_helene_cixous.html
Site
complet (en anglais, principalement)
http://prelectur.stanford.edu/lecturers/cixous/index.html
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